Gel : jusqu'à 60 % de pertes dans les vignobles corses

Début avril, la Corse a fait partie des 10 régions françaises traversées par une vague de gel. Un coup dur pour certains viticulteurs insulaires déjà fortement impactés par la crise du Covid19.

Début avril, la Corse a fait partie des 10 régions françaises traversées par une vague de gel.
Début avril, la Corse a fait partie des 10 régions françaises traversées par une vague de gel. © François-Albert Bernardi / FTV

Il est minuit passé, vendredi 9 avril, lorsque l'alarme météo du Domaine Canarelli retentit. La température vient de tomber à moins d'un degré.

Après deux heures de surveillance, Yves Canarelli, accompagné de son fils et de ses employés, se dirige vers les vignes. L'atmosphère ne se réchauffe pas, il faut mettre le feu aux nombreux ballots de foin répartis quelques jours plus tôt sur l'exploitation. "On les a inondés jusqu'à 8 heures du matin, pour faire de plus de fumée possible afin de contrer les effets dévastateurs du gel. Mais, même si on a réussi à sauver quelques bourgeons, les dégâts sont importants", livre le viticulteur. Il estime ses pertes à 50 %.

Vendredi 9 avril, pour sauver sa vigne, Yves Canarelli a fait brûler des ballots de foin sur son exploitation.
Vendredi 9 avril, pour sauver sa vigne, Yves Canarelli a fait brûler des ballots de foin sur son exploitation. © Vins de Corse

"Il ne va pas rester grand-chose"

Comme pour de nombreux vignobles du continent, la baisse subite des températures a fait des ravages sur la récolte insulaire 2021. Les AOP du Sud de la Corse, Figari et Porto-Vecchio, ainsi que l'AOP de Patrimonio sont particulièrement impactés. Entre 25 % et 60 % de pertes. "Pour l'heure, c'est une estimation, car les viticulteurs sont encore en train de faire le tour de leur exploitation. Pour certains, il ne va pas rester grand-chose", déplore Éric Poli, président du conseil interprofessionnel des vins de Corse.

Il craint un fort impact économique dans le Sud. "Ce sont de toutes petites appellations, elles comptent à elle deux un peu moins de 300 hectares. Les domaines qui en font partie travaillent principalement avec les hôtels et les restaurants qui sont déjà fermés à cause de la crise sanitaires. Ça va être compliqué pour eux", analyse Éric Poli. D'autant qu'un surplus de travail, et donc d'investissements, est à prévoir. Car avec le gel, une seconde taille doit être pratiquée avec un ébourgeonnage plus technique.

Réfléchir aux moyens de lutte 

Une réunion avec l'office de développement agricole et rural de la Corse (Odarc) est attendue la semaine prochaine avec l'ensemble des acteurs de la filière. "La première étape, c'est de faire un diagnostic des dégâts et de mettre en place des mesures d'aide d'urgence financières pour les domaines qui ont été les plus fortement impactés", indique Mathieu Marfisi, président de l'AOP Patrimonio.

Les éoliennes qui sont moins polluantes et qui fonctionnent mieux techniquement. 

Mathieu Marfisi, président de l'AOP Patrimonio

Puis il faudra réfléchir aux moyens de lutte collectifs à mettre en place. "À la place des bougies ou des brûleurs, on partirait plus sur des éoliennes qui sont moins polluantes et qui fonctionnent mieux techniquement. Mais le coût est plus important et on compte sur le collectif, pour mutualiser les coûts, et sur l'aide de la collectivité via l'Odarc voire des services publics", continue Mathieu Marfisi.

Enveloppes exceptionnelles et fonds de calamités agricoles

Samedi, en visite à Colombier-le-Cardinal, le Premier ministre a promis samedi "des enveloppes exceptionnelles" pour aider les agriculteurs à faire face à l'épisode de gel qui a touché, la semaine dernière, 10 des 13 régions françaises, annonçant dans l'immédiat le déplafonnement du régime d'indemnisation des calamités agricoles.

Ce régime indemnise les pertes de récolte et les pertes de fonds causées par des variations anormales d'intensité d'un agent naturel climatique, comme la sécheresse ou le gel. Le Fonds des calamités agricoles est alimenté par une taxe de 5,5 % sur les assurances obligatoires. Cette cotisation est plafonnée à 60 millions d'euros par an et l'Etat complète avec des subventions à hauteur des besoins en cas de sinistres climatiques importants.

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