Municipales de Bastia : un courrier qui met Pierre Savelli dans l'embarras

Une lettre de l'Office Public de l'Habitat de Corse fait polémique. Adressée aux locataires des 28 communes concernées, elle met en avant les projets prévus dans les quartiers Sud de Bastia, et souligne le rôle de Gilles Simeoni, 7ème sur la liste de la majorité sortante, dans le dossier...  
L'en-tête du courrier qui fait polémique
L'en-tête du courrier qui fait polémique © DR

Les quartiers Sud de Bastia sont, depuis des décennies, l'un des endroits où se font et se défont les élections municipales. 
Et durant la campagne, les candidats refont leur apparition dans ces quartiers populaires.

La cité des Monts, l'un des grands ensembles des quartiers Sud, dont la réhabilitation avait été au coeur des premiers mois de la campagne
La cité des Monts, l'un des grands ensembles des quartiers Sud, dont la réhabilitation avait été au coeur des premiers mois de la campagne © Kael Serreri

Pour rallier les électrices et les électeurs à leur cause. 
Par des moyens qui, parfois, peuvent sembler contestables. 
 

Lupinu, au centre de toutes les attentions

A en croire un article du quotidien Le Monde daté du 23 juin, les procédés de la majorité sortante posent question.

Le 15 juin dernier, alors que la campagne bastiaise bat son plein, un courrier est envoyé aux locataires de logements sociaux de Lupinu et de Montesoro. 
Un courrier signé de l'Office Public de l'Habitat de la Collectivité de Corse, qui rappelle les réalisations effectuées dans les quartiers au cours des deux dernières années, et les projets qui ont été initiés.

Courrier envoyé par l'OPH2C aux locataires

Le courrier annonce surtout, en préambule, que la Collectivité de Corse vient d'octroyer de nouveaux moyens pour y investir plus encore.
Des moyens votés le 15 mai dernier. 
Ce qui fait grincer quelques dents, c'est que le courrier est signé de la présidente de l'Office, Fabienne Giovannini.

Une proche de Gilles Simeoni, président de l'exécutif de la CDC, et colisitier de Pierre Savelli à Bastia...

Fabienne Giovannini, membre du Conseil exécutif présidé par Gilles Simeoni en décembre 2015 (au centre, au premier rang)
Fabienne Giovannini, membre du Conseil exécutif présidé par Gilles Simeoni en décembre 2015 (au centre, au premier rang) © PHOTOPQR/CORSE MATIN


Maladresse ou calcul électoraliste ?

Sans surprise, certains y voient donc une manoeuvre destinée à faire pencher la balance du côté du maire sortant.
Souligner l'implication de Gilles Simeoni s'apparente pour eux à une tactique électoraliste répréhensible. 

Extrait du courrier envoyé aux locataires le 15 juin dernier
Extrait du courrier envoyé aux locataires le 15 juin dernier © DR


Fabienne Giovannini, mise personnellement en cause, est injoignable.
Du côté de la mairie de Bastia on se garde bien de commenter l'affaire, tout comme du côté de l'Exécutif. 
On y déclare juste ne pas avoir avisé de ce courrier, et en avoir appris l'existence dans la presse.
Mais en coulisse, dans le camp nationaliste, certains ne font pas mystère de leur irritation envers la présidente de l'Office...
 

Chacun son tour

Une absence d'explications qui ne satisfait pas vraiment les concurrents de Pierre Savelli, au premier rang desquels Jean-Sébastien de Casalta.
Il y a quelques jours, une affaire était venue compliquer sa campagne. 
L'affaire de l'association Victoria...
Elle concernait ces mêmes quartiers Sud, très disputés. 

Alors, cette lettre de l'OPH2C, c'est une belle occasion de rendre la monnaie de sa pièce au camp d'en face. 
Même si les leaders de la liste Unione per Bastia, Jean-Sébastien de Casalta, Jean Zuccarelli et Jean-Martin Mondoloni, n'ont pas commenté cette nouvelle affaire, leurs équipes ne s'en privent pas.
C'est de bonne guerre.

Sur les réseaux sociaux, François Tatti, colistier et soutien de poids de l'avocat bastiais, s'interroge ainsi sur le bien-fondé de telles pratiques.
Et invoque le nom de François Alfonsi, député européen nationaliste, très proche de Fabienne Giovannini... 

Tweet de François Tatti le 23 juin 2020
Tweet de François Tatti le 23 juin 2020 © DR

Un tweet qui met en relief le vrai problème posé par cette affaire.
Plus qu'un problème juridique, ce courrier adressé par l'OPH2C aux locataires des quartiers populaires soulève une question éthique. 

En effet, s'il n'est pas rare que, par le passé, et aujourd'hui encore, les majorités sortantes de tous bords fassent valoir leur bilan par tous les moyens possibles, ce courrier est une épine dans le pied des nationalistes, qui ne se sont pas privés de dénoncer ces manières de faire.
Promettant qu'eux, on ne les y prendrait pas...

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