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Agriculture : un jardin conservatoire pour redécouvrir le goût des fruits endémiques insulaires

Conserver le goût des fruits oubliés, c'est le but poursuivi par un jardin conservatoire d'arbres fruitiers. L'idée lancée il y a quelques années par Pierre-Jean Luccioni, passionné par les savoir-faire et produits anciens, se concrétise. L'enjeu de lutter contre la standardisation des fruits.

Par France 3 Corse ViaStella

Joseph Lepidi enseigne les différentes techniques de greffe. Le support est un cognassier. Plus tard cela deviendra une variété endémique de poirier. Deux encoches inversées vont permettre d'encastrer les deux branches. Il restera ensuite à attacher les morceaux avec un ruban. Dans un mois, on saura si la greffe a pris.

Cette démonstration, dans une pépinière à Bravone, en pleine orientale, est la première étape de ce qui va devenir un jardin conservatoire. Ces greffons ont été collectés dans tous les villages de l'île par Pierre-Jean Luccioni.

Le journaliste a délaissé le traitement de l'actualité pour entreprendre une œuvre de sauvegarde d'un mode de vie malmené par la standardisation de masse. « On verra dans quelques années quand on aura les pommes et les poires. Moi ce qui m’a passionné, ce sont les noms, les noms corses. Là, il y a une richesse de vocabulaire qui est incroyable. On a collecté 307 noms », explique-t-il.

Le nom des fruits témoigne de leurs caractéristiques. Ainsi d' « a parsica sanguigna » récoltée à Moltifao, « a pera urzaghjola » de Tallone qui mûrit en même temps que l'orge ou encore « a mela negraghja » de Cambia.


160 variétés greffées


« Nous, on parle de l’enfance parce qu’on a connu, on vivait dans les villages, on a le souvenir de ces fruits qui sont goûteux, qui sont savoureux. Et puis il y avait une grande connaissance des fruits dans les villages. Les vieux savaient où se trouvaient les arbres, et puis les odeurs, les saveurs. Aujourd’hui, les fruits sont standardisés. On voudrait revenir justement à ces saveurs anciennes qu’on a plus ou moins perdues aujourd’hui », continue Pierre-Jean Luccioni.

160 variétés seront greffées dans l'immédiat. L'idée de Pierre-Jean Luccioni est mise en pratique par la communauté des communes de l'Oriente. Le ministère de l'Écologie finance en partie ce qui sera un jardin conservatoire via le programme territoire à énergie positive.

« Le conservatoire ce n’est ni plus ni moins qu’une plantation, un jardin, de deux hectares environ qu’une association va gérer. C’est un lieu sur lequel nous allons planter ces arbres de façon à les voir grandir et dans quelques années, cinq ou six ans, pouvoir ensuite les donner à ceux qui en voudront. Il y en aura un en plaine, commune d’Aghione et un en montagne, certainement sur la commune de Pietraserena. Parce qu’il y a des fruitiers qui viendront mieux en montagne qu’en plaine », précise Jean-Claude Franceschi, président de la communauté des communes de l'Oriente.

Le but est de fournir des greffons à ceux qui souhaitent enrichir leur verger avec des variétés qu'on ne trouve pas dans les pépinières. Les personnes ayant connaissance d'un fruit spécifique à leur village sont conviées à le faire découvrir au conservatoire.


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Question/Réponse : Eric Leoni, professeur à l'université de Corse

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