Cinq personnes condamnées à trois ans de prison pour trafic de stupéfiants dans la région de Vescovato

Le ministère public, qui dénonçait "un trafic d'envergure", avait requis des peines de cinq et quatre ans.

"Y a que des cloches, là, devant vous", lance Sébastien Sarteur au président, en se pointant du doigt, avant de désigner d'un geste large les quatre autres prévenus, assis derrière lui."Moi, la drogue, ça m'a coûté plus d'argent que je m'en suis mis dans la poche", ajoute le quadragénaire, qui reconnaît "une consommation très importante de cocaïne".

Jean-Charles Angelini, à la barre, ne dit pas autre chose : "Je me faisais 500, 600 euros par mois, pas plus. Ça me servait pour payer ma consommation personnelle. Je ne me suis pas enrichi avec la drogue".

Si le président du tribunal correctionnel de Bastia est conscient que "l'on n'est pas dans les quartiers Nord de Marseille", il rappelle aux prévenus que "dès qu'il y a transport, dès qu'il y a transaction, il y a trafic"

Ils sont trois, parmi les prévenus, à reconnaître avoir vendu de la drogue : Sébastien Sarteur, Jean-Charles Angelini, ainsi que Christophe Prato, qui fournissait "deux retraités et une mère de famille" des environs. Mais les cinq reconnaissent sans peine consommer des stupéfiants.

"Organisation pyramidale"

Lors de son réquisitoire, Louise Bolufer va tenter de démontrer que, malgré les tentatives de minimiser les faits, c'est "un trafic de stupéfiants d'envergure", qui a été démantelé par les enquêteurs, dans la région de Vescovato, à la suite d'une dénonciation anonyme.

Elle décrit une organisation "pyramidale" : "Monsieur Sarteur, qui produisait du cannabis, était le fournisseur. Il était entouré de deux personnes de confiance, Farid Labrèche et Antoine Zattara, et de deux revendeurs, Christophe Prato et Jean-Charles Angelini. Aziz Ouardi, lui aussi producteur, fournissait également Messieurs Prato et Angelini". (Antoine Zattara, le seul prévenu qui comparaissait libre, a vu son cas disjoint). 

Ce sont les pieds nickelés que vous jugez, et on veut nous les présenter comme un trafic de stupéfiants !

Maître Antomarchi

Pour le ministère public, c'est "un univers de pression, de violence, de menaces et de dettes qui apparaît en filigrane dans ce dossier".

Il requiert de quatre à cinq ans de prison ferme, assortis, hormis pour Sébastien Sarteur, d'un an de sursis.

"Misère humaine"

C'est également un univers de précarité et de "misère humaine", selon Maître Antomarchi, avocat de Sébastien Sarteur, qui s'est dessiné au fil des témoignages. 

Certains peinent à avoir un endroit où dormir chaque soir, d'autres "vont de bar en bar pour oublier un peu les soucis", on se noie dans la coke pour oublier un quotidien cruel, les sommes échangées ne dépassent pas quelques centaines d'euros, et les quantités de drogue quelques centaines de gramme...

Maître Rivolet, avocat de Jean-Charles Angelini, brandit devant le tribunal un article faisant état d'une décision du tribunal judiciaire de Draguignan, ayant condamné à 5 ans de prisons des trafiquants de drogue arrêtés avec une demi-tonne de Cannabis. "Les justiciables ne comprendraient pas que pour les faits qui lui sont reprochés, mon client soit condamné à une peine similaire !"

Maître Antomarchi enchérit : "il faut deux secondes pour se rendre compte si l'on est face à un dossier d'importance, ou pas. Et quand il y a pas, y a pas ! Ce sont les pieds nickelés que vous jugez, et on veut nous les présenter comme un trafic de stupéfiants !"

Si Maître Bernardi, conseil de Christophe Prato, et Maître Mousset-Campana, avocate de Farid Labreche, se concentrent sur la personnalité de leur client, afin de démontrer à quel point il est loin du portrait dressé par le ministère public, Maître Ortal-Cipriani, avocat d'Aziz Ouardi s'attache à pointer du doigt "un dossier artificialisé, bancal", "une construction intellectuelle".

Après deux heures de délibération, le tribunal judiciaire de Bastia a condamné les cinq prévenus à trois ans de prison, dont une année avec sursis, et une amende de 2.000 euros chacun. Concernant les faits d'association de malfaiteurs, ils ont été relaxés. Ils sont maintenus en détention.

Sébastien Sarteur, Christophe Prato, Farid Labreche et Jean-Charles Angelini sont incarcérés depuis décembre 2022. 

Aziz Ouardi, lui, est détenu depuis le 22 février 2022.