Covid19 : la venue des saisonniers marocains a "sauvé" la récolte de clémentines de Corse

Le préfet de Haute-Corse et les acteurs de la filière de la clémentine ont fait le point sur le protocole activé en octobre afin de faire venir 829 travailleurs saisonniers marocains pour récolter les clémentines, dans un contexte de crise sanitaire.
La venue de travailleurs saisonniers marocains a "sauvé la récolte de clémentine", assurent les producteurs.
La venue de travailleurs saisonniers marocains a "sauvé la récolte de clémentine", assurent les producteurs. © Axelle Bouschon / FTV
L'annonce avait fait grand bruit. En pleine crise sanitaire, et alors que les frontières entre la France et le Maghreb étaient fermées sur décisions des autorités respectives des deux pays, un protocole permettant l’acheminement en Corse par voie aérienne de près de 900 travailleurs agricoles marocains avait été validé, le 23 septembre dernier, par le centre interministériel de crise.

Presque deux mois plus tard, le préfet de Haute-Corse et les acteurs de la filière clémentine ont tenu à faire un point sur cette opération, en préfecture de Bastia, mardi 24 novembre. Et pour les producteurs, le bilan est clair : la venue de ces travailleurs marocains a "sauvé la récolte de clémentines".
La filière de clémentine est la deuxième puissance économique agricole de Corse.
La filière de clémentine est la deuxième puissance économique agricole de Corse. © Emilie Arraudeau / FTV

Plus de 600.000 euros déboursés

Arrivés dans cinq vols charters échelonnés sur trois semaines et affrétés pour l'occasion, tous ces saisonniers ont ensuite été répartis entre 90 exploitations, en fonction des besoins.

Au total, plus de 600.000 euros ont été déboursés pour assurer l'acheminement de 829 personnes (contre jusqu'à 1.200 dans les années chargées). Dont 500.000 euros uniquement pour les billets d'avion.

Ce sont des gens auxquels nous faisons appel pour certains depuis 15 ans sur nos exploitations.

Un coût important, certes, mais pas si inhabituel : "Ce sont des gens auxquels nous faisons appel pour certains depuis 15 ans sur nos exploitations", faute de trouver des personnes disponibles – et intéressées – en Corse, expliquent les producteurs.

"On peut parler de saisonniers permanents. Tous viennent pour des campagnes allant de trois à six mois.

Leur présence sur le territoire française dans le cadre de tel protocole fait d’ailleurs l’objet de contrôles fréquents de la part de l’inspection du travail.

Pas de clusters et seuls douze cas positifs identifiés

Certains insulaires s'étaient inquiétés de voir arriver, avec ces travailleurs étrangers, un nouveau cluster de contamination à la Covid-19 sur l'île. Mais François Ravier, préfet de Haute-Corse, l'assure : "tout a été organisé en parfaite sécurité".

"Nous avons mis en place un protocole strict, avec un test avant le départ, à l'arrivée, et, à nouveau de façon aléatoire à J+7 sur un bon tiers des personnes", relate-t-il. En tout, un peu plus de 70 personnes n'ont dans ces conditions pas été autorisées à partir vers la Corse. Et une fois sur place, seuls douze tests sont revenus positifs au coronavirus.

"Les personnes concernées ont été immédiatement isolées et suivies médicalement. Dès lors qu'elles ont été validées comme n'étant plus contagieuses, et seulement à partir de ce moment-là elles ont été autorisée à travailler sur les récoltes."

Si quelques cas ont donc bien été répertoriés, François Ravier se félicite de n'avoir aucun cluster constaté au sein des exploitations. "À l'arrivée, mais aussi dans les exploitations, au moment des repas, le protocole sanitaire a été parfaitement respecté. Il est important de souligner la qualité du travail des producteurs sur ce point."
ILLUSTRATION / La main-d'oeuvre manque aux agriculteurs insulaires, qui cherchent des solutions
ILLUSTRATION / La main-d'oeuvre manque aux agriculteurs insulaires, qui cherchent des solutions © Christian Giugliano

Une campagne "qui n'a pas été facile"

La récolte de clémentine n'est pas encore terminée. Les saisonniers marocains sont donc pour l'heure toujours à pied d'œuvre. Leurs conditions de départ n'ont pas encore été formellement fixées.

Un point sera à nouveau tenu au moment venu avec les producteurs, indique le préfet de Haute-Corse.

"L'arrivée en Corse était plus facile à mettre en œuvre que le départ, car il était possible de l'échelonner. C'est encore un sujet en discussion, mais nous regardons les options possibles, en fonction aussi de l'évolution de la situation sanitaire. Si les frontières rouvrent, ce que nous espérons, il sera peut-être possible de faire rentrer ces travailleurs en vols commerciaux, comme nous le faisons habituellement les autres années, plutôt qu'en charters".

Si les frontières rouvrent, ce que nous espérons, il sera peut-être possible de faire rentrer ces travailleurs en vols commerciaux.

François Ravier, préfet de Haute-Corse

En attendant, "il reste encore 4, 5 semaines devant nous", souffle Simon-Pierre Fazi, président de l'AOP fruits de Corse. La campagne, cette année, "n'a pas été facile", reconnaissent les producteurs.

Mais grâce à ce protocole sanitaire, préparé par la filière depuis avril, alors à titre préventif, elle n'a pas été "catastrophique". "À ce jour, on estime une perte de 20 à 25% en terme de commercialisation."

Les producteurs espèrent désormais un regain des ventes à l'approche des fêtes de fin d'années, afin de rattraper, ou tout moins atténuer, ce manque à gagner.
 
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