La Corse signe un partenariat de cinq ans avec l'Euskadi

L'exécutif de Corse a signé un mémorandum de collaboration avec l'Euskadi, la communauté autonome du Pays Basque. Un allié de poids pour faire entendre la voix de l'île auprès des institutions européennes, selon Gilles Simeoni. 

Le memorandum signé entre l'Euskadi et la Corse, rédigé en Corse et en Euskara
Le memorandum signé entre l'Euskadi et la Corse, rédigé en Corse et en Euskara © Sébastien Bonifay FTV

"Pour nous c'est un grand moment, vraiment !" Gilles Simeoni et Marie-Antoinette Maupertuis, tout sourire, ne cherchent pas à dissimuler leur satisfaction. Après plusieurs mois de discussions, le partenariat entre la Corse et l'Euskadi, la communauté autonome du Pays Basque, est désormais officiel.

En visioconférence, le président du Conseil exécutif de Corse et Iñigo Urkullu, le président d'Euskadi, ont signé un mémorandum de coopération, ce mardi 13 avril. 

La signature s'est faite par videoconférence, Covid oblige.
La signature s'est faite par videoconférence, Covid oblige. © Sébastien Bonifay TFV

Entretien avec Gilles Simeoni

Au-delà de la symbolique, que signifie ce mémorandum pour la Corse et les Corses ?
C'est un premier jalon, c'est vrai, mais il est extrêmement important. Il pose un cadre clair, sur cinq ans, avec trois axes principaux. Le premier, c'est une coopération en matière d'affaires européennes. Chaque fois que nous aurons des intérêts communs en jeu, nous les défendrons ensemble, à Bruxelles. 

Et l'appui d'une communauté aussi importante que celle du Pays Basque est un avantage indéniable pour se faire entendre...
C'est le but. Parler d'une même voix, cela nous rend plus audibles, évidemment. La Corse se fera mieux entendre au plan européen, alors que son poids économique, son poids démographique ne le permettraient pas forcément, si elle restait seule. On a besoin de cette convergence. L'Union européenne, aujourd'hui, reste plus celle des Etats que celle des peuples.

Cet accord est le résultat d'une maturation profonde, sur la durée.

On imagine que la question linguistique fait également partie de ces axes ? 
Nous avons beaucoup à apprendre du Pays Basque, de ce point de vue. En Euskadi, l'Euskara est la langue officielle. C'est l'occasion de s'inspirer de leur cheminement pour en arriver là, non seulement sur le plan éducatif, mais également dans la société en général, dans les entreprises, dans le sport. Ils sont su réhabiliter la langue à travers le corps social. Nous allons mettre en place des groupes de travail, avec les forces vives, les acteurs de terrain, pour échanger nos expériences. 

Gilles Simeoni, entouré de l'arbre de Gernika, symbole des libertés traditionnelles des Basques, et du buste de Pascal Paoli.
Gilles Simeoni, entouré de l'arbre de Gernika, symbole des libertés traditionnelles des Basques, et du buste de Pascal Paoli. © Sébastien Bonifay FTV

Le troisième axe ?
C'est la diaspora. On compte plus de 4 millions de Basques en dehors du Pays Basque ! Là encore, ils ont beaucoup d'avance sur nous. Depuis 25 ans ils ont une loi consacrée à la diaspora, qui permet aux Basques de l'extérieur de s'impliquer dans la vie politique, économique, sociale et culturelle de leur pays. Mais également au Pays Basque de rayonner à l'extérieur à travers la présence de cette communauté basque exilée. Il y a 90 centres associatifs en Argentine, 193 dans le monde, financés par le gouvernement basque, qui diffusent la langue et la culture basque. 

En Corse on est loin des 4 millions...
Oui mais même si ce ne sera pas à la même échelle, il faut s'inspirer de leur manière de faire, essayer de le transposer à la Corse pour mieux impliquer les Corses de l'extérieur. Je suis persuadé que c'est un enjeu fondamental pour la Corse d'aujourd'hui et de demain. Ca l'est pour tous les peuples qui ont des diasporas importantes, il faut parvenir à les mobiliser. Le rapport humain est un facteur essentiel. 

S'inspirer de leur manière de faire.

Il semble y avoir une évidence dans ce rapprochement entre la Corse et le Pays Basque. Pourtant, il a mis du temps à se faire. 
Ca semble être une évidence, mais c'est aussi la traduction d'une évolution et d'une maturation profonde, sur la durée. Les Basques sont autonomes depuis 1978. Ils sont très avancés sur le chemin de l'autonomie. La Corse, depuis 1982, a connu une évolution institutionnelle, et même si l'on est encore loin d'une réelle autonomie, il y a eu l'accès aux responsabilités des nationalistes en 2015. L'ensemble de tous ces facteurs, avec le temps, a conduit à ce rapprochement. 

L'arbre de Gernika, ou Gernikako Zuhaitza, est un chêne qui trouve dans la ville de Gernika. De nos jours, les lehendakariak (présidents) de la Communauté autonome du Pays basque continuent à prêter serment sous cet arbre lors de leur prise de fonction.
L'arbre de Gernika, ou Gernikako Zuhaitza, est un chêne qui trouve dans la ville de Gernika. De nos jours, les lehendakariak (présidents) de la Communauté autonome du Pays basque continuent à prêter serment sous cet arbre lors de leur prise de fonction. © Sébastien Bonifay FTV

L'Euskadi, qu'est-ce que c'est ?

 

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