Les élections territoriales reportées à la mi-juin : "une élection reine en Corse, que l'on ne peut pas mettre à mal"

L'Assemblée nationale a voté en première lecture, ce mercredi 10 février, le report des élections territoriales aux 13 et 20 juin prochains. Le projet de loi sur ce scrutin, initialement prévu en mars, semble créer le consensus sur l'île.

Illustration. Les élections territoriales étaient initialement prévues en mars et ont dû être repoussées à cause de la crise sanitaire.
Illustration. Les élections territoriales étaient initialement prévues en mars et ont dû être repoussées à cause de la crise sanitaire. © Pierrick Delobelle/MaxPPP

Tard dans la nuit du mardi au mercredi 10 février, l'Assemblée nationale a entériné le sort des élections régionales, départementales et territoriales. Les scrutins se tiendront très probablement les 13 et 20 juin prochains. Députés et sénateurs se réunissent ce jeudi tenter de parvenir à un accord sur ce texte, qui doit être rapidement adopté définitivement. 

"Le décret de convocation des électeurs sera pris dès la promulgation de la loi" et "ce décret proposera d’organiser les scrutins les 13 et 20 juin prochains", a déclaré la ministre déléguée chargée de la Citoyenneté, Marlène Schiappa.

En janvier dernier, le Sénat avait déjà donné son accord pour un report des élections "au plus tard le 20 juin".  Mercredi 10 février, le vote a été acquis par 139 voix pour et 7 abstentions, dont celles des "Insoumis", "dubitatifs" quant à la possibilité de faire campagne sous état d’urgence sanitaire.

La santé publique avant le vote démocratique

La méfiance est de mise également en Corse. "Nos sentiments sont partagés. D'un côté, il faut privilégier la santé publique", explique Jean-Christophe Angelini (PNC) avant de nuancer : "De l'autre côté, il y a la nécessité d'un débat citoyen dans des délais pertinents."

Le conseiller exécutif de Corse et maire de Porto-Vecchio se dit peu optimiste sur une amélioration de la situation : "Tenir ces élections au mois de mars était inenvisageable. S'il n'est toujours pas possible d'organiser ces élections au mois de juin, un report de quelques semaines pour une date à la rentrée me paraît idéal."

Ce n'est pas la peine de faire une campagne en catimini, dans des conditions qui ne permettent pas d'avoir un vrai débat. C'est une élection reine en Corse, une date majeure. On ne peut pas mettre à mal ces élections.

Jean-Christophe Angelini

Même son de cloche pour le député Jean-Félix Acquaviva (Femu a Corsica) : "Des élections au mois de juin seraient une bonne chose. Mais, si on refait une saison 2021, comme celle de 2020, je ne vois pas comment ces échéances vont pouvoir tenir. Même des élections en septembre ou octobre ne seraient pas réalistes."

Pour le secrétaire national du parti autonomiste, il faudrait "adapter les consignes de sécurité ou encore revoir l'idée du 'green pass'" pour permettre la tenue de ce scrutin en juin.

Le problème que nous avons est que cette crise est gérée par l'Elysée de manière centralisée. De plus, cette gestion est mêlée avec d'autres échéances électorales, à savoir les présidentielles. La situation de la Corse ne rentre pas dans ce schéma.

Jean-Félix Acquaviva, secrétaire national Femu a Corsica

L'opposition en accord

Le report des élections fait consensus. L'opposition privilégie, elle aussi, l'amélioration de la situation à la tenue du scrutin. "Depuis le début, je suis favorable à maintenir les échéances démocratiques, sous réserve de garantir la sécurité sanitaire", précise Jean-Charles Orsucci, président du groupe d'opposition Andà Per Dumane dans l'hémicycle.

En octobre dernier, Jean-Charles Orsucci avait adopté la même position : favorable à un maintien mais que si les conditions le permettent.

"Ce n'est pas la peine si l'on ne peut pas faire campagne, tenir des réunions ou distribuer des tracts... On pourrait envisager de repousser à septembre, mais pas au-delà. A une date ultérieure, ces élections locales seraient trop proches des présidentielles prévues en mai. On ne doit pas assister à un mélange des genres. Ce n'est pas souhaitable. Ce ne sont pas les mêmes candidats, ni les mêmes problématiques et encore moins les mêmes débats", explique-t-il.

De son côté, Jean-Martin Mondoloni, tête d'affiche des Républicains à Bastia, va encore plus loin : "Il faut qu'il n'y ait aucun risque pour les électeurs. Je suis donc pour un report sine die de ces élections jusqu'à ce que le contexte le permette. Si elles sont maintenues à cette date, je doute que les électeurs se rassemblent autour du scrutin."

Je ne suis pas guidé par le calendrier électoral. Je suis en faveur de toutes les options qui garantissent la légitimité du vainqueur, et donc une bonne participation aux votes.

Jean-Martin Mondoloni

Vers une bonne participation ?

Pour le politologue André Fazi, le taux de participation pourrait être important au mois de juin. Et, ce malgré le contexte sanitaire : "Un des facteurs essentiels est le niveau de compétition. Aux dernières élections de 2017, peu de gens ont voté parce que le résultat était prévisible. Cette année, il pourrait y avoir plus d'enjeu avec Laurent Marcangeli, qui a été élu à Ajaccio au premier tour des municipales", explique-t-il avant d'ajouter : "Sur les plus petites communes, où il y avait de la rivalité lors de ces dernières élections municipales, on a pu observer une forte participation, malgré le Covid-19 qui était bien présent en mars."

Pour André Fazi, ces élections territoriales perdraient en pertinence si elles étaient de nouveau repousser à la rentrée : "Organiser ces élections territoriales à six mois des présidentielles ne serait pas positif. Si on veut valoriser ces élections, il faut qu'elles soient autonomes. Plus on décale, plus la fatigue électorale risque de dominer", conclut-il.

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