"Ni soutien inconditionnel, ni caution, ni blanc-seing": 7 nationalistes historiques demandent des comptes à la majorité

À l'approche des élections territoriales de juin prochain, sept militants nationalistes historiques dressent un bilan sévère de l'action de la majorité territoriale au cours des dernières années et l'invitent à clarifier sa feuille de route pour la suite.

Gilles Simeoni (gauche) et Jean-Christophe Angelini (droite) en séance à l'Assemblée de Corse en 2017.
Gilles Simeoni (gauche) et Jean-Christophe Angelini (droite) en séance à l'Assemblée de Corse en 2017. © LUCCIONI Michel / MaxPPP

Six pages de remontrances et de questionnements appuyés dont se seraient sans doute volontiers passés Gilles Simeoni, Jean-Christophe Angelini et autres représentants des partis nationalistes à l'Assemblée de Corse. 

Dans un communiqué paru ce dimanche 2 mai et que France 3 Corse ViaStella a pu se procurer, sept nationalistes historiques, dont cinq membres du commando d'Aléria 1975, appellent la majorité territoriale sortante à "éclairer sur [ses] intentions, [sa] feuille de route, [ses] propositions et [ses] ambitions". Et indiquent qu'ils ne lui apporteront "ni soutien inconditionnel, ni caution, ni blanc-seing".

Cinquante années de combats

Le courrier se divise en plusieurs parties, dont la première est consacrée à rappeler l'action et les combats menés sur les cinquante dernières années par les sept signataires, et les lourdes répercussions engendrées sur leur vie professionnelle comme familiale.

"Depuis les années 70, nous avons été, avec d'autres, de toutes les luttes, de tous les combats, sur tous les terrains pour défendre le peuple corse et revendiquer la reconnaissance de ses droits collectifs sur sa terre et de son droit à la maîtrise de son destin. [...] Nous avons connu la répression, les barbouzes, le harcèlement judiciaire et policier, la prison, (près de 3000 ans cumulés..), le maquis, les assignations à résidence, les exils, les provocations, les pressions, les menaces de toutes sortes…", soulignent-ils.

"Beaucoup des nôtres ont laissé la vie, ont tout sacrifié, se sont sacrifiés, ont délaissé ou perdu leur travail", poursuivent-ils encore, précisant que certains d'entre eux "sont encore, hélas, toujours en prison, d'autres toujours recherchés, et une vingtaine d'autres condamnés à des parties civiles à des sommes allant du million d’euros voire à plus d’un million sept cent mille euros, et leurs maisons placées sous hypothèque conservatoire."

Dans toutes ces "dures périodes d'affrontements, de tensions et de drame", les sept hommes assurent n'avoir pour autant jamais perdu espoir, ni abandonné leurs idées. 

Joie et désillusion

C'est donc avec une joie et une allégresse évidente, racontent-ils, qu'ils ont applaudi la victoire de l'union Pè a Corsica, menée par Gilles Simeoni, en 2015 puis en 2017.

Une victoire qu'ils estiment aussi la leur. "Nous nous sommes laissé porter par l'espoir de voir enfin, après tant d’années, un début de concrétisation de nos rêves, de notre rêve commun à toutes et à tous, poursuivent-ils, nous vous avons épaulés, soutenus du mieux possible, conscients de l’immensité de votre tâche et des difficultés qui vous attendaient avec les embûches et obstacles que l’Etat et les revanchards de tous bords multipliaient sous vos pas pour vous empêcher d’avancer".

"Le pouvoir que nous avons contribué à vous donner avec le peuple [...] ne signifiait nullement la fin du chemin et des luttes vers l'émancipation", tranchent-ils, rappelant qu'avec près de 57% des suffrages obtenus, "vous aviez une force politique incontestable face à l'Etat et aux oppositions à nos idées pour imposer le dialogue".

La coalition nationaliste sortante de Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni célébrant leur large victoire au sortir du premier tour des élections territoriales de 2017.
La coalition nationaliste sortante de Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni célébrant leur large victoire au sortir du premier tour des élections territoriales de 2017. © PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP

Sept ans ont passé, et les signataires expriment aujourd'hui leur désenchantement : "au fil des mois et des années, nous n'avons rien senti venir ou avancer, nous n'avons rien vu, ou pas grand chose, changer, et nous avons commencé à nous interroger, à nous demander si ne nous étions pas tous laissé bercer d'illusions et endormir."

Les sept nationalistes racontent avoir alors commencé à douter des succès et résultats dont se glorifiait la majorité, et à l'inverse des raisons de ses échecs, "que [la majorité territoriale imputait] toujours in fine à la politique de l'Etat, sans songer un seul instant à [se] remettre en question quant à [sa] politique et à [ses] pratiques."

"Le temps passant,  nous sommes allés de déception en déception, de désillusions en désillusions quand nous avons vu et nous voyons ce qu’est devenue notre Corse, déjà si malmenée avant, depuis 2015", déplorent-ils.

Ils précisent : "Les dangers courus et les attaques subies par la Corse et les Corses, que nous dénonçions et combattions avant 2015, non seulement n’ont pas été contrecarrés, mais elles se sont amplifiés et nos ennemis, nos adversaires de toujours, les opposants à nos idées, avec lesquels vous avez cru innocemment pouvoir composer, ont peu à peu repris du poil de la bête, assurés qu’ils sont du soutien des autorités et de l’adminitration françaises dans l’île."

Ni soutien inconditionnel, ni caution

Pire encore, c'est dorénavant "en ordre dispersé aux suffrages" que les partis nationalistes entendent se présenter aux prochaines élections territoriales, soufflent les signataires. Une référence directe à la fin récente de la coalition Pè a Corsica, qui réunissait le PNC, Corsica Libera et Femu a Corsica et devait se prolonger selon les accords jusqu'en 2025. "Serait-ce une preuve de plus que vos intérêts partisans ont pris le dessus sur les intérêts collectifs et supérieurs de la Corse ?", s'interrogent-ils.

"Qu’avez-vous fait du Ghjuramentu de 2015, quand, renouant avec les “Cunsulte” historiques paolistes, vous avez prêté serment, de “servir l’intérêt collectif du peuple corse” ?", accusent-ils, avant de trancher : "Non seulement nous ne serons pas, ou plus, vos soutiens inconditionnels, mais nous ne voulons pas, ou plus, en aucun cas, vous servir de caution face à l’histoire, lorsque vous invoquez votre continuité du nationalisme des dernières décennies. [...] Nous ne vous donnerons pas un blanc-seing d'office pour les élections".

De trop nombreux dossiers en souffrance

La liste des torts reprochés terminée, le courrier s'adresse directement à Gilles Simeoni et Jean-Christophe Angelini, que les signataires imaginent se retrouver "majoritairement ensemble au second tour". Et les interrogent publiquement sur plusieurs dossiers mal ou insuffisamment traités au cours des dernières années.

Parmi ceux-ci, notamment, la gestion des déchets en Corse, les transports et la défense du patrimoine naturel et environnemental, mais également le projet de mise en place d'une alternative au "tout-tourisme et au tout libéralisme", la question de la spéculation immobilière et foncière sur l'île ou encore les problèmes de dépendances aux importations.

"Qu’allez-vous, qu’allons-nous, - au-delà du progrès, de la modernité, et de certaines nécessaires évolutions qui ne sont pas propres à notre île-, laisser en héritage aux futures générations ?", réitèrent les signataires.

Les sept hommes concluent par une demande : que la majorité territoriale donne une réponse publique à leurs questionnements et inquiétudes. À la suite de laquelle ils décideront quelle sera leur position, en vu de la prochaine échéance territoriale.

Pour lire le communiqué dans son intégralité

La liste des sept signataires du communiqué :

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