Procès en appel des surriradiés d'Epinal : les errements des médecins

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La  justice est entrée dans le vif du sujet dans le dossier du procès en appel de l’affaire des surriradiés d’Epinal. Avec notamment l’audition de ceux qui ont donné l’alerte etceux qui ont permis de découvrir l’erreur qui a entraîné le surdosage de radiations.

Erreurs, dossiers "nettoyés", "sous-estimations notables", "absence d'information et même désinformation" sur fond "d'usage déviant du secteur privé" à l'hôpital: une enquêtrice a dressé jeudi 13 novembre 2014 un tableau accablant du pire accident de radiothérapie enregistré en France au procès des surirradiés d'Epinal.
Françoise Lalande, de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas), a enquêté sur le premier accident enregistré, qui a affecté 24 patients, les plus gravement touchés. Avec un deuxième dysfonctionnement séparé découvert ensuite, le nombre de victimes approche les 450. Douze sont mortes.

Devant la cour d'appel qui rejuge Joshua Anah, 57 ans, radiophysicien, et deux médecins radiothérapeutes, Jean-François Sztermer, 66 ans, et Michel Aubertel, 64 ans, condamnés en première instance à 18 mois de prison, le docteur Lalande retrace ses découvertes après que des patients traités pour des cancers de la prostate eurent développé de graves séquelles liées à des surdosages de radiothérapie.

Tout d'abord, il y a ces "dossiers qui semblaient avoir été nettoyés" et l'ont obligée à "tirer la pelote" en contactant elle-même les patients. Puis la découverte qu'une procédure de soins avait été modifiée par M. Anah, en l'absence des chefs du service. Et que sur sept manipulateurs, qui administrent les traitements, quatre avaient été mal formés et reproduisaient une même erreur conduisant à des surdosages massifs (20% au dessus du maximum), de mai 2004 à août 2005.

Le reportage de nos envoyés spéciaux à Paris Antoine Delcourt et Eric Bertrand :
durée de la vidéo: 01 min 39
Surrirédiés : l'inspectrice de l'IGAS accuse


A ces erreurs techniques, s'ajoute un suivi de l'accident "déficient". Alors que "les symptômes sont apparus assez vite" chez plusieurs patients, on ne les rappelle pas tous, les médecins traitants ne sont pas alertés.

Des comportements fautifs

"Une absence d'information, ou même une désinformation, qui a empêché la prise en charge", pire, qui a parfois conduit à des erreurs de diagnostic aux conséquences dramatiques. Plusieurs médecins traitants ont ainsi prescrit des biopsies à des surirradiés, examen alors totalement contre-indiqué car pouvant causer des fistules.

"Des comportements fautifs qui ont entraîné retards et errements", résume sèchement l'enquêtrice. Et pourquoi? "La peur pour leur réputation et surtout la crainte d'une perte de revenus".

Et de décrire un "usage déviant du secteur privé" au sein d'un hôpital public où les praticiens peuvent exercer en libéral, mais "pas plus de 20% de leur temps de travail" et sans sélectionner les malades.

Une défense divisée

Face à la charge, la défense joue chacun pour soi. Pour le radiophysicien, son avocat invoque des problèmes d'"assurance qualité", comme dans 75% des services de radiothérapie en France. La défense d'Aubertel charge au contraire le radiophysicien.
Celle de son collègue, qui a moins de patients dans ce groupe, juge que "la gravité des faits n'est pas la même" pour les deux médecins.