Cimetière juif profané : le parquet y voit "clairement" un mobile antisémite

A l'issue de leur présentation au juge d'instruction de Saverne, cinq mineurs ont été mis en examen pour "profanation ou violation de sépultures et de monument édifié à la mémoire des morts en raison de l'appartenance des défunts à une religion". 

Tous ont été placés sous contrôle judiciaire avec interdiction de se rendre à Sarre-Union, interdiction d'entrer en contact les uns avec les autres, obligation de suivre une scolarité ou une formation professionnelle. Quatre des mis en examen ont été astreints à une obligation de se soumettre à une mesure de placement en centre éducatif (dont un placement en centre éducatif fermé). Le cinquième a été confié à un tiers digne de confiance.

"Malgré les dénégations des intéressés, la connotation et le mobile antisémites de leur comportement apparaissent désormais clairement" au vu des éléments recueillis par l'enquête, a précisé le procureur Philippe Vannier, lors d'un point de presse. Interpellés lundi après que l'un d'eux se soit rendu de lui-même à la gendarmerie, effrayé par le retentissement médiatique de l'affaire, les cinq garçons, âgés de 15 à 17 ans, ont "tous reconnu leur participation aux dégradations", a indiqué le procureur.

Le reportage de G. Fraize - V. Arnould - I. Hassid-Guimier. Interviews : Philippe Vannier, procureur de la République de Saverne - Général Thierry Thomas, chef du groupement de gendarmerie d'Alsace et du Bas-Rhin - Grégory Fraize
"Ils continuent d'affirmer qu'ils ne se sont pas sentis antisémites", mais leur comportement a montré qu'un "fond d'antisémitisme était à l'oeuvre", selon Philippe Vannier : les adolescents ont ainsi décrit des "gestes et paroles révélatrices", comme des "saluts nazis", des crachats sur des symboles juifs, ou encore "sales juifs", "sale race", "Heil Hitler" et "Sieg Heil".

Il a précisé avoir requis une information judiciaire pour "profanation et violation de sépultures en raison de la religion des défunts" et "dégradations de biens" en réunion. 

Le saccage, qui remonte à jeudi et n'a été découvert que dimanche, semble être "parti d'un jeu, jeu qui a dérapé", a raconté le procureur: un premier acte a déclenché une "sorte de frénésie collective", qui a conduit les adolescents à renverser les stèles, briser les plaques de quelque 250 sépultures ainsi que d'un monument aux victimes de la Shoah.

Plusieurs dizaines de prélèvements ont été saisis et mis sous scellés par les gendarmes. Escortés par des gendarmes, les cinq adolescents étaient arrivés ensemble en milieu de matinée au tribunal de grande instance de Saverne, leurs visages cachés par des couvertures.

Sept ans de prison encourus

 Les prévenus encourent sept ans de prison, a rappelé le procureur, ajoutant que la loi prévoit pour eux une excuse atténuante, qui peut réduire cette peine par deux, mais que cette excuse pouvait être écartée par le tribunal. 

"Nous ne sommes pas encore en train de discuter de la sanction", a-t-il toutefois précisé, expliquant que l'enquête se poursuivait pour déterminer les responsabilités de chacun. Cette profanation de très grande ampleur -quelque 250 tombes ont été vandalisées dans ce bourg alsacien de 3.000 habitants- a suscité depuis sa découverte dimanche une vive indignation.

"Profaner, c'est insulter toutes les religions", avait déclaré mardi François Hollande, lors d'une cérémonie de recueillement organisée sur place en présence de nombreux responsables politique et religieux. Le chef de l'Etat, qui avait lui-même parcouru les allées de la nécropole, a également promis aux juifs de France que la République les défendrait "de toutes ses forces". L'incompréhension est d'autant plus grande à Sarre-Union que plusieurs des jeunes interpellés étaient scolarisés dans le lycée de la ville. Selon le maire, Marc Séné, ils n'étaient pas issus de "familles qui posaient des problèmes particuliers".

"Certains parents ont manifesté en présence des gendarmes une réprobation très forte à l'égard" de l'acte de leurs enfants, a reconnu le procureur. L'affaire a été suivie par la découverte de dégradations dans deux cimetières, mardi et mercredi dans des villages du Calvados et de Haute-Garonne: des actes qualifiés "d'indignes" par le président de la République, qui a promis que "tout sera mis en oeuvre pour que leurs auteurs soient rapidement identifiés et punis".

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