Affaire Mia : ce que l'on sait de l'enquête après l'expulsion de Rémy Daillet de Malaisie et son escale à Singapour

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Alors que le complotiste Rémy Daillet, expulsé de Malaisie et attendu en France lundi 14 juin, est resté à Singapour suite à l'hospitalisation de sa compagne, une dixième personne, un ancien militaire, a été mise en examen ce week-end. Nous faisons un point de situation sur ce dossier.

L’instruction progresse dans l'affaire de l'enlèvement de la petite Mia, pas sa mère et plusieurs complices. Une neuvième personne, un ancien militaire, a été mis en examen dans ce dossier. Un dixième protagoniste, Rémy Daillet, soupçonné d'être l'animateur présumé de la mouvance anti-système des ravisseurs de la fillette, était attendu lundi 14 juin 2021 à Paris. Mais il n'a pas décollé de Singapour où il est resté avec sa compagne enceinte et hospitalisée.

Sur les neuf personnes mises en examen, huit ont été placées en détention préventive.

Voici, en l'état actuel, ce que l'on sait de ce dossier

Un enlèvement organisé

Mia, 8 ans, vivait depuis plusieurs semaines avec sa grand-mère maternelle, tiers de confiance, dans le village de Les Poulières dans les Vosges, à une trentaine de kilomètres d'Epinal. La garde de la fillette avait été retirée à sa mère, Lola Montemaggi, âgée de 28 ans. Celle-ci n'avait alors plus le droit de voir sa fille seule, ni de lui parler au téléphone.

Selon un schéma que l'instruction va tenter de préciser avec minutie, plusieurs personnes ont participé à cet enlèvement. Mardi 13 avril 2021, trois hommes s'y présentent avec des papiers falsifiés à en-tête du ministère de la Justice, se faisant passer pour des représentants de la protection de l'enfance. Ils emmènent la fillette avant que la grand-mère se rendent compte de la supercherie et préviennent les autorités. Une alerte enlèvement est rapidement été diffusée et d'importants moyens policiers sont mobilisés, en France puis également en Suisse où la jeune mère emmène l'enfant. Toutes deux sont retrouvées le dimanche 18 avril, dans un squat de la commune de Sainte-Croix, dans le canton de Vaud.

"Les investigations ont permis de déterminer que Lola Montemaggi avait passé une première nuit en Suisse dans un hôtel à Estavyer-le-Lac (canton de Fribourg) avant d'être hébergée par une femme à Neufchatel. Cette découverte est l’aboutissement des investigations menées à la demande du parquet de la JIRS (juridiction interrégionale spécialisée) de Nancy par la police fédérale helvétique et la police cantonale de Vaud", explique François Perain, procureur de la République. 

Vendredi 23 avril, Lola Montemaggi est extradée par la Suisse vers la France.

Dix personnes mises en examen

L'enlèvement de Mia, baptisée "opération Lima" par ses protagonistes, a été conçu "comme une opération militaire", explique le procureur de la République de Nancy dont le parquet a pris l'affaire à la suite de celui d'Epinal. Ce transfert s'explique par la qualification d'"enlèvement d'une mineure de 15 ans en bande organisée", une compétence spécifique dont ne dispose pas la juridiction vosgienne.

Plusieurs interpellations ont été réalisées, les premières avant même que l'enfant et sa mère ne soient retrouvées. Afin de préciser le rôle de chacun, la justice a présenté les protagonistes avec des pseudonymes qu'ils s'étaient eux-mêmes attribués.

Mercredi 14 avril

  • Sylvain P. dit Pitchoun, 58 ans, interpellé dans le 19e arrondissement de Paris, boulevard Jean-Jaurès. Il est intermittent du spectacle.
  • Clément R., Le corbeau, 23 ans, interpellé à Varennes (Seine-et-Marne)

Jeudi 15 avril

  • Jean-Luc W., Jeannot, 60 ans, interpellé aux Lilas (Seine-Saint-Denis)
  • Bruno, 60 ans, domicilié à Cons-la-Grandville (Meurthe-et-Moselle), directeur technique dans une entreprise luxembourgeoise

Vendredi 16 avril

  • Adrien B., Bouga, 42 ans, demeurant à Amancey dans le Doubs, interpellé en Meurthe-et-Moselle 

Ces six hommes, sans antécédents judiciaires, ont été mis en examen pour "enlèvement en bande organisée d'une mineure de 15 ans" et "association de malfaiteurs", a annoncé le procureur de la République, dimanche 18 avril dans la soirée. A l'exception de Jeannot, ils ont été placés en détention provisoire.

Vendredi 23 avril

  • Lola Montemaggi. La mère de Mia, a été présentée à un juge d'instruction ce vendredi 23 avril avec deux autres personnes impliquées dans l'enlèvement de la fillette. La jeune femme, âgée de 28 ans, est mise en examen pour "enlèvement de mineure de 15 ans commis en bande organisée" et "soustraction d'enfant hors de France". Elle a été placée en détention provisoire.
  • Fabrice S, 41 ans, Romeo. Ce Français, installé à Fribourg, a pris en charge la mère et la fille dans son Porsche Cayenne à leur arrivée en Suisse. Extradé par la Suisse, il est mis en examen pour "enlèvement de mineure de 15 ans commis en bande organisée" et "association de malfaiteurs en lien avec un crime (enlèvement aggravé)". Il déclare avoir "fait ça pour rendre service", ne sachant "pas que l’enfant avait été enlevée". Ce que contredisent d’autres témoignages. Il a été placé en détention provisoire.
  • Ginette, Harmonie, une retraitée d'une soixantaine d'années, originaire de l'Aude. Elle est mise en examen pour "association de malfaiteurs en lien avec un crime (enlèvement aggravé)" pour ses liens supposés avec le complotiste Rémy Daillet. "Elle n’a aucun lien avec les faits et n’a d’ailleurs pas été mise en examen pour l’enlèvement de Mia, explique Me Julien Marguet, son avocat. Elle n'a jamais vu Rémy Daillet. Elle le connaît juste de nom. Elle trie ses mails, elle les dispatche. Elle n’a pas d'antécédent judiciaire. Elle a travaillé toute sa vie". Elle a été placée sous contrôle judiciaire. 

Samedi 24 avril

  • Jérome S. Basile, 44 ans, interpellé à son domicile à Dieulouard (Meurthe-et-Moselle). Il a effectué avec un complice une reconnaissance dans les Vosges trois semaines avant les faits pour repérer les lieux, puis a participé à des visio-conférences préparatoires. Lors de l’enlèvement, il s'est fait passer pour un faux éducateur. Il a accompagné à pied la mère et l’enfant lors du franchissement de la frontière franco-suisse. Le juge d’instruction de la Jirs de Nancy l’a mis en examen pour "enlèvement de mineure de 15 ans en bande organisée" et "association de malfaiteurs en lien avec un enlèvement aggravé." Il a été placé en détention provisoire.

Vendredi 11 juin

  • Christophe M. Ce lieutenant-colonel de l'armée de terre à la retraite vit dans les Hautes-Pyrénées. Il a été mis en examen pour "association de malfaiteurs en vue de préparer des enlèvements d'enfant" et pour "non dénonciation de crime". Il a été placé sous contrôle judiciaire. Il a reconnu avoir adhéré en octobre 2020 à l'organisation dirigée par Rémy Daillet. Puis, à compter de janvier 2021, précise le procureur de Nancy, il s'est vu "confier des responsabilités visant à contribuer à structurer cette organisation. Il a reconnu avoir donné des conseils sur la manière d'organiser des enlèvements d'enfants" mais a nié "avoir participé aux réunions préparatoires à l'enlèvement de Mia". Il a expliqué avoir quitté l'organisation en mars pour plusieurs raisons dont un "désaccord avec Rémy Daillet sur l'organisation des enlèvements d'enfants".

Dix personnes sont donc mises en examen dans cette affaire et sept d'entre-elles ont été placées en détention, les trois autres (Jeannot, Harmonie et Christophe M.) sont sous contrôle judiciaire.

Le "onzième" mis en cause fait escale à Singapour

Depuis l'île touristique malaisienne de Langkawi (Malaisie) où, il vivait avec sa compagne et ses enfants, Rémy Daillet-Wiedemann est suspecté d'avoir contribué à l'organisation de l'enlèvement de Mia. Il fait depuis l'objet d'un mandat d'arrêt international émis par le juge d'instruction de la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Nancy. Figure du mouvement complotiste, il aurait "joué un rôle dans l'organisation de l'enlèvement et aurait ainsi fourni les coordonnées de l'accueillante de la mère et de l'enfant à Neuchâtel (Suisse)", en Suisse. Dans une vidéo mise en ligne après l'enlèvement de Mia, Rémy Daillet avait tenté de se justifier. Sans évoquer nommément Mia, il réfutait le terme d'enlèvement. Selon certains témoins et mis en cause, Rémy Daillet aurait eu un contact direct avec Lola Montemaggi, la mère de Mia et il aurait alloué 3.000 euros pour l’opération.

Il a été arrêté samedi 29 mai en raison de sa situation irrégulière. Son expulsion administrative a été initiée par les autorités locales qui l'ont expulsé vers la France avec sa famille. Mais à l'issue de leur escale à Singapour, Rémy Daillet et sa famille n'ont pas pris le vol Air France AF257 qui devait les ramener à Paris. Léonie Bardet, sa compagne, a été hospitalisée en raison d'une grossesse à risques. Rémy Daillet et ses trois enfants âgés de 17, 9 et 2 ans "sont sous la responsabilité des services de police de Singapour", a précisé à l'AFP Me Jean-Cristophe Basson-Larbi, l'avocat de M. Daillet

Et maintenant ?

Mia a retrouvé sa grand-mère. Leur lieu de résidence est actuellement gardé secret, sous ;la protection des gendarmes.

L'instruction par le magistrat de la Jirs de Nancy se poursuit.

Concernant Rémy Daillet, dès son arrivée à l'aéroport en France, le mandat d'arrêt du juge d'instruction de la Jirs lui sera notifié.

Le juge a alors deux possibilités :

  • Soit le faire présenter immédiatement à Nancy en vue de sa mise en examen
  • Soit le faire présenter devant le juge des libertés et de la détention de Bobigny, pour une incarcération provisoire.

L'une de ses présentations doit être faite dans les quatre jours après la notification.

 

 

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