Allemagne : des cantines mobiles à Bruchsal pendant la fermeture des écoles

En Allemagne, depuis le 17 décembre, les écoles, les crèches et les jardins d'enfants sont fermés pour tenter d'endiguer la pandémie. La ville de Bruchsal, située au nord de Karlsruhe, organise la livraison des repas de la cantine à tous les enfants inscrits qui le souhaitent. C'est la Mensamobil.

Toni reçoit chaque jour le repas de la cantine pour elle et ses deux frères
Toni reçoit chaque jour le repas de la cantine pour elle et ses deux frères © Florence Grandon. FranceTélévisions.

Depuis lundi 11 janvier, Vera Herberger se dirige chaque jour en fin de matinée vers l'un des deux fournisseurs de repas des cantines de la ville de Bruchsal. A l'arrêt depuis le 17 décembre, il a accepté de remettre en marche ses fourneaux et de fournir des plats en barquettes individuelles. Vera et les autres travailleurs sociaux de la ville de Bruchsal font la livraison avant midi. 

Patrik Hauns et Vera Herberger se dirigent d'abord vers le fournisseur de repas des cantines de la ville
Patrik Hauns et Vera Herberger se dirigent d'abord vers le fournisseur de repas des cantines de la ville © Florence Grandon. FranceTélévisions.

"Ce n'est pas qu'une livraison de repas", explique Patrik Hauns, responsable des affaires sociales et familiales de la ville de Bruchsal, "c'est aussi le moyen de garder un lien avec les familles, pour voir si tout va bien."

11h35, Hardtstrasse, Vera se gare devant un immeuble en chantier. C'est là que vit Toni, 6 ans, sa maman et ses cinq frères et soeurs. Vera lui donne trois repas, pour les trois enfants scolarisés. Deux sont adultes et la grande soeur de Toni est à l'école, dans le "groupe Elias", un groupe d'aide aux devoirs pour les enfants qui ont besoin d'un coup de main supplémentaire. 

Vera Herberger apporte à Toni son déjeuner à la maison
Vera Herberger apporte à Toni son déjeuner à la maison © Florence Grandon. FranceTélévisions.

"Bonjour Toni, c'est Vera. Je viens t'apporter ton repas, tu peux ouvrir ?", la jeune femme entre dans le couloir de l'immeuble. "Aujourd'hui, c'est escalope de poulet, riz et légumes. Je crois que tu aimes bien ça, non ?" La petite fille est un peu timide et fait "oui" avec la tête. "L'école me manque", dit-elle à Vera.

Toni reçoit chaque jour le repas de la cantine pour elle et ses deux frères
Toni reçoit chaque jour le repas de la cantine pour elle et ses deux frères © Florence Grandon. FranceTélévisions.

Alexandra, la maman de Toni explique que ce repas est très important pour sa fille. "Elle regrette vraiment ses amies et elle est triste de ne pas aller à l'école. Alors ce repas, c'est un peu comme si elle mangeait à la cantine, c'est vraiment une bonne idée. Elle se sent comme à l'école, ça la motive pour les devoirs aussi", explique-t-elle. La famille a de très faibles revenus, "ces repas, c'est une vraie richesse pour les enfants", explique la maman. 

Bruchsal fait partie des 35 villes du Bade-Wurtemberg à avoir le certificat "commune attentive aux familles", et elle tient à faire le maximum pour les enfants et leurs parents. "Lors du premier confinement [avril à juin 2020 en Allemagne, ndlr], beaucoup de parents qui ne paient pas la cantine se sont retrouvés à devoir débourser plus pour nourrir leurs enfants. Et comme nous avons une loi qui garantit un repas par jour en période scolaire à tous les enfants, j'ai eu l'idée de rendre cela de nouveau possible en janvier. Même si l'école n'a pas repris, les enfants étudient chez eux, font cours à la maison et reçoivent des devoirs par les professeurs. La cantine fait partie de leur quotidien, l'idée c'est aussi de rétablir le plus de normalité possible."

Patrik Hauns a eu l'idée le 6 janvier. Deux jours plus tard, il avait déjà l'accord du Landratsamt de prendre en charge, comme d'habitude, le prix du repas pour les familles dans le besoin.

Lundi 11 janvier, les 13 premiers repas ont été livrés à domicile, un chiffre qui a grossi de jour en jour pour atteindre 89 repas le 19 janvier. La nouvelle s'est transmise rapidement, par bouche à oreille, de famille en famille. Les parents qui travaillent et n'ont pas le temps de cuisiner, les parents absents, les familles avec des ressources limitées... tout le monde peut demander le service de livraison à domicile.

3,90 euros le repas

Le repas coûte 3,90 euros, le même prix que d'habitude. Les listes sont les mêmes aussi : 500 écoliers et 100 enfants de crèches reçoivent un repas en temps normal chaque jour. Tous ces enfants peuvent demander la livraison chez eux quand l'école se fait à domicile. Ceux qui paient, continuent de débourser le même montant, ceux qui en sont exhonérés continuent de l'être. Un système très simple, une inscription par téléphone ou par mail, et la consultation des menus en ligne, tout est fait pour faciliter la vie des familles.

Vera Herberger est employée par la ville comme éducatrice spécialisée
Vera Herberger est employée par la ville comme éducatrice spécialisée © Florence Grandon. FranceTélévisions.

Pour l'instant, un seul menu est proposé contre deux en temps normal, mais plus il y aura de demandes, plus cela sera possible de proposer deux menus. Le deuxième est souvent végétarien (un menu souvent choisi par les familles qui ne mangent pas de viande)

Certains enfants continuent d'aller à l'école, soit parce qu'ils ont des problèmes d'apprentissage, comme la grande soeur de Toni, soit parce que leurs deux parents travaillent et qu'ils n'ont pas d'autre mode de garde, ça s'appelle la Notbetreuung ou "accueil d'urgence". Ces enfants-là aussi peuvent choisir d'être livrés par la Mensamobil.

Jeudi 14 janvier, la ministre de l'éducation du Bade-Wurtemberg, Susanne Eisenmann a annoncé la prolongation de la fermeture des crèches et des écoles jusqu'au 31 janvier au moins. Pour Bruchsal, c'est le moyen de continuer son action, sans interruption. Maintenant Patrik Hauns a aussi commencé à répondre aux questions des autres villes qui s'intéressent à cette initiative et voudraient mettre en place un service similaire.

 

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