Alsace : ce que va changer la loi sur la protection des langues régionales

Le Parlement a définitivement adopté jeudi 8 avril une proposition de loi de l'opposition pour protéger et promouvoir les langues régionales, après le vote favorable de l'Assemblée nationale en deuxième lecture malgré les réticences, du gouvernement et des députés LREM.

 

Une plaque de nom de rue traduite en alsacien à Kientzheim.
Une plaque de nom de rue traduite en alsacien à Kientzheim. © Thierry Gachon/MaxPPP

C'est un moment qualifié "d'historique" et de "victoire" par de nombreux partisans des langues régionales. Le projet de loi relatif à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion a été adopté par 247 voix pour, 76 votes contre et 19 abstentions ce jeudi 8 avril lors de son examen en deuxième lecture à l'Assemblée nationale. Les députés ont voté une version du texte votée conforme à celle validée par les sénateurs en décembre 2020.

Présenté par le député breton Paul Molac, le texte définit trois domaines dans lesquels "des mesures de protection et de promotion des langues régionales peuvent être apportées" : le patrimoine, l’enseignement, les services publics. La France compte plusieurs dizaines de langues régionales, dont l'alsacien. Lors du dernier recensement, près de 600.000 personnes indiquaient le comprendre et le parler. Les défenseurs de cette langue nous avaient fait part de leurs attentes à la veille du vote. 

Enseignement immersif

La loi permettra deux nouveautés majeures dont l'instauration de l'enseignement immersif (effectué pour une grande partie du temps scolaire dans une langue autre que la langue dominante). Il s’agit comme l'explicite le rapport de Paul Molac "d’assurer l’acquisition d’une seconde langue – celle-ci servant de support à l’enseignement d’un certain nombre de matières – sans remettre en cause l’acquisition et l’enseignement de la langue française. Les langues utilisées sont ainsi « acquises » et non simplement « apprises », et se renforcent mutuellement".

"Cela va nous permettre de voir l’avenir avec des projets plus ambitieux que ce qui est fait actuellement", se félicite Claude Froehlicher, président de l'association Eltern Alsace. La loi pose des principes, ensuite il faut les mettre en œuvre. On va pouvoir discuter avec les différentes communautés éducatives, collectivités, parents, enseignants et là où il y aura une demande, on aura une loi sur laquelle s’appuyer pour essayer de mettre en oeuvre de nouvelles expérimentations comme par exemple l’immersion."

Forfait scolaire pour les écoles privées

Autre avancée : la création d'un forfait scolaire pour les écoles privées dispensant une scolarisation en langues régionales a également été validée. L'amendement propose de rendre obligatoire la contribution "des communes de résidence aux frais de scolarité des écoles sous contrat du premier degré, à condition qu'elles dispensent un enseignement bilingue en français et langue régionale et que la commune de résidence ne dispose pas d'une école dispensant un enseignement en langue régionale."

Le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer s'était opposé par deux fois à l'inscription dans la loi de ces deux mesures dont il prévoit "des conséquences en chaîne". "Nous sommes favorables au développement des langues régionales (...) mais nous avons le droit d'être attentifs aux modalités", a souligné le ministre, dont les échanges furent parfois tendus avec certains députés de droite.  

"Nous mettons en cause certains principes fondamentaux de notre école publique", a également mis en garde Christophe Castaner, le chef de file des députés LREM. Son groupe avait appelé à voter contre cette proposition de loi. Tous les députés alsaciens, quels que soient leurs groupes politiques, ont voté pour, à l'exception de Thierry Michels qui n'a pas pu participé au vote. Le député LREM de la première circonscription, qui soutenait le texte, a salué le résultat.

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