L'association Solagro vient de publier une carte mesurant l'exposition aux pesticides des communes françaises. En Alsace, c'est la vigne et le maïs qui sont les plus gros consommateurs de pesticides, les communes les plus rouges sont sur la route des vins. Décryptage.

A Riquewihr, la culture principale est la vigne. La carte de Solagro donne plusieurs renseignements mais elle se base surtout sur l'indice de fréquence de traitement (IFT) total, il est de 9,37 pour cette commune du Haut-Rhin. "La vigne [est l'une] des cultures les plus traitées en France avec les pommes de terre, après les pommes", précise l'association toulousaine Solagro.

L'IFT est indicateur qui équivaut au nombre de doses de pesticides utilisées par tous les agriculteurs d'une commune. En rouge très foncé, les communes qui ont eu recours de 10 à 18 doses de pesticides, aucune commune alsacienne n'est concernée. Riquewihr est en rouge moins foncé, un IFT compris entre 5,38 et 10. Sur les 280 hectares de cultures (vignes et verger, principalement), 10% sont des cultures bio.

A l'opposé, Fréland, commune limitrophe de Riquewihr a un IFT égal à zéro, aucune utilisation de pesticide : les 443 hectares de terres agricoles ne sont pas traités, il s'agit de prairies permanentes.

Pour connaître l'exposition aux pesticides de votre commune, il suffit de taper son nom dans le moteur de recherche intégré à la carte disponible en ligne.

"Il ressort clairement de cette première carte, la présence de territoires très protégés par rapport à l’usage des pesticides et situés principalement dans les zones de montagne, et les marais côtiers, où les systèmes de polyculture élevage de ruminants dominent avec une forte présence de surfaces en herbe qui ne sont généralement pas traitées", explique Solagro dans la présentation de sa carte.

"À l’inverse dans les zones agricoles spécialisées, grand bassin parisien, vallée de la Garonne, couloir rhôdanien, Limagne, territoires viticoles et arboricoles, que ce soit en viticulture, en arboriculture fruitière ou en grandes cultures, on observe une pression phytosanitaire élevée du fait d’un assolement peu diversifié et de pratiques agricoles plus intensives."

Les gros efforts des viticulteurs

Les trois cartes superposées sont intéressantes et laissent apparaître aussi une autre réalité. En rouge sur la carte de l'IFT total, les communes viticoles alsaciennes deviennent vertes sur la carte répertoriant l'usage d'herbicides. "Quand j'étais petit, les vignes poussaient sur un sol désertique, sans aucune herbe ou plante au sol", raconte Maurice Meyer, président de Biobernai et agriculteur bio lui-même.

"On utilisait des herbicides, et ça posait même des problèmes d'érosion du sol : avec la pluie, la bonne terre du vignoble glissait. Heureusement ça a changé, et aujourd'hui presqu'aucun viticulteur n'utilise plus d'herbicides, le sol est préservé, tout le monde l'a compris. Le vignoble alsacien veut aller vers une solution avec de moins en moins de pesticides. L'usage d'insecticides naturels et d'insectes en biocontrôle va dans ce sens." Une analyse que partage Aurélien Chayre, ingénieur agronome de Solagro.

Solagro ne veut ni stigmatiser, ni condamner les pratiques. "Avec cette carte, on voudrait faire avancer les choses", explique Aurélien Chayre. 

Présentation des résultats de l'enquête de Solagro sur les pesticides by Florence Grandon on Scribd

Adonis et coquelicots

L'association toulousaine Solagro est spécialisée dans le conseil et l'ingénierie des transitions environnementales. Elle a appelé sa carte Adonis, une plante messicole (habitant dans les moissons, donc les champs de blé ou de céréales) qui a disparu des champs.

"La disparition quasi-totale des plantes messicoles est l'une des conséquence de l'intensification des pratiques agricoles et notamment d'une utilisation généralisée des herbicides. Un plan national d'action (PNA) a été mis en place en 2012 pour les sauvegarder. Parmi ces plantes, l'adonis est l'une des plus emblématiques", précise Solagro sur son site internet.

Pesticides et herbicides sont montrés du doigt sur cette carte. Mais une troisième carte met en valeur les communes qui ont des parcelles bio, parce que l'objectif c'est d'améliorer la situation partout, de diminuer l'exposition aux pesticides de tous. "Nous constatons que le nombre de surfaces agricoles bio est en croissance, même si la consommation de produits bio stagne depuis quelques années", explique Aurélien Chayre. "Et c'est d'ailleurs le principal levier pour diminuer l'IFT des communes. Ce que nous voulons, c'est aider les communes en rouge à passer dans le vert."

Depuis sa mise en ligne, le 22 juin 2022, la carte de Solagro a été consultée plus de 40.000 fois. Les données sont mises à la disposition de tous, agriculteurs, chercheurs et élus locaux, pour qu'ils s'emparent du problème chez eux, pour petit à petit changer la qualité de l'eau et augmenter la biodiversité partout.