Bébés morts de Galfingue : un couple interpellé, 14 ans après les faits

Le 29 octobre 2003 Philippe Gava indique le lieu de sa découverte, en forêt de Galfingue / © THOMAS WIRTH / AFP
Le 29 octobre 2003 Philippe Gava indique le lieu de sa découverte, en forêt de Galfingue / © THOMAS WIRTH / AFP

Un couple a été interpellé le 28 novembre à Petit-Landau et placé en garde à vue. Des prélèvements ADN effectués dans le cadre d'une affaire de querelle de voisinage correspondent aux empreintes génétiques relevées, il y a 14 ans, sur la scène du quadruple infanticide dans la forêt de Galfingue.

Par Grégory Fraize et Florence Grandon

Un couple de quinquagénaires, parents de trois enfants aujourd'hui âgés de 18 à 32 ans, a été interpellé à son domicile de Petit-Landau. A l'époque des faits, la famille résidait à Wittelsheim. La garde à vue a duré 48 heures et a été levée ce matin. La mère a été mise en examen pour "homicide volontaire sur mineur de 15 ans, commis sur descendant". 


Résolution d'un "cold case"

C’est sans doute la résolution d’un « cold case », une affaire jusque-là non élucidée. Après plus de 14 années d’une enquête restée vaine, la vérité devrait éclater.

Les faits remontent au 21 octobre 2003. Ce jour-là, Philippe Gava, un propriétaire terrien domicilié à Mulhouse, fait une terrible découverte. En bordure d’un bois situé entre  Galfingue et Bernwiller, sur une parcelle familiale qu’il vient débroussailler, il tombe sur 3 sacs plastiques, dissimulés sous des ronces. A l’intérieur, les restes de 4 nouveaux-nés.

Des corps décomposés, des ossements, un placenta, du linge tâché de sang. Alertés, les gendarmes procèdent immédiatement à des relevés et prélèvements de l’ADN des petites victimes.

Conférence de presse du procureur Régis Delorme le 19.12.2003 / © MaxPPP
Conférence de presse du procureur Régis Delorme le 19.12.2003 / © MaxPPP

L’ADN au cœur de l’enquête

3 filles, et 1 garçon. Au moins 3 d’entre eux sont issus de la même mère et du même père. Les analyses révèlent qu’ils étaient viables à la naissance, tués par strangulation pour certains.

Immédiatement, une cellule d’enquête spéciale est créée : Infanticide 68. L’affaire connait un retentissement très important. Les habitants des villages avoisinants sont sous le choc, horrifiés. Personne ne s’explique ces crimes. Toutes les pistes sont explorées, mouvement sectaire, réseau de prostitution allemand, demandes d’IVG hors délai… avant d’être écartées.

Les auditions et les enquêtes de voisinage se multiplient. L’ADN de plus de 300 personnes de la région est relevé. Il est même envisagé de mener une opération de prélèvement auprès de 6000 habitants de la région, mais l’idée est abandonnée, dans la crainte d’une réaction trop négative de la population. L’enquête est au point mort.

Le 14 janvier 2004, enquête de voisinage / © MaxPPP
Le 14 janvier 2004, enquête de voisinage / © MaxPPP

Instruction clôturée.. puis relancée

En 2005, la cellule d’enquête est démantelée. Quatre ans plus tard, début 2009, la juge d’instruction en charge de l’affaire signe une ordonnance de non-lieu.

Mais le besoin de vérité demeure, et les techniques d’analyse et d’exploitation de l’ADN se perfectionnent.

En 2013, Thierry Moser, avocat de l’association « Enfance majuscule » qui s’est constituée partie civile, demande au procureur de la république la réouverture de l’information judiciaire, considérant que les progrès de la science constituent un fait nouveau.

Les enquêteurs espèrent alors que l’ADN des parents sera prélevé un jour dans une autre affaire, et correspondra à celui intégré au FNAEG, le fichier national des empreintes génétiques (voir encadré ci-dessous).

C’est ce qui s’est passé il y a quelques jours : après une banale bagarre entre voisins, avec des coups portés, à Petit-Landau, sur les bords du Rhin, à une trentaine de kilomètres du lieu de la terrible découverte, 14 ans plus tôt.


FNAEG
Le FNAEG, ou Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques, a été créé en 1998.
Il recense et centralise les ADN de plus de 2 millions d’individus.
Des personnes mises en cause ou suspectées dans certaines affaires, et des traces prélevées sur des scènes ou des objets.
Aujourd'hui, des violences volontaires constituent un délit suffisant pour que l'ADN des auteurs soit prélevé.
Il permet, de façon automatisée, d’établir la concordance entre des profils génétiques enregistrés dans des affaires différentes.
La durée de conservation des données concernant des personnes décédées est de 40 ans. Elle est de 25 ans pour les personnes mises en cause.


Reportage du 28.10.2003 sur France 3 :


Reportage du 29.10.2003 sur France 3 :

 

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