Coronavirus : comment le foot amateur tente de surmonter la crise sanitaire en Alsace

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La fédération française de football l'a annoncé ce jeudi, un fonds de solidarité de 30 millions d'euros sera débloqué pour aider les clubs amateurs frappés de plein fouet par le confinement et l'arrêt complet de toute activité. Nous sommes allés à Geispolsheim et à Ohlungen pour mesurer les dégâts.

Alors même que de nombreux clubs de sport ont pu reprendre une activité, le tennis par exemple ou encore le rugby, le foot n'a pas encore eu le feu vert, les licenciés doivent encore un peu ronger leurs crampons. "C'est vrai que pour certains, le foot, c'est une drogue mais nous devons rester vigilants, pas question de provoquer de nouveaux clusters, explique Albert Gemmrich, président de la ligue Grand Est de football. Mais il fallait cette épidémie pour réaliser que ce sport nous manque", essaie-t-il de sourire.

Il faut dire que toute activité footbalistique est à l'arrêt depuis le 6 mars en Alsace, la région compte 550 clubs et 80.000 licenciés. "A priori, on devrait pouvoir reprendre la semaine prochaine. Un guide sanitaire doit être publié, les entraînements pourront reprendre mais bien évidemment pas les matches. Et il faut bien entendu l'accord des communes pour la réouverture des structures", explique encore Albert Gemmrich. Mais rien n'est encore acté pour l'instant. 

 

Un fonds de solidarité de 30 millions d'euros

L'aspect sportif bien entendu compte, mais le porte-feuille aussi. C'est pour cette raison que la fédération française de football a annoncé ce jeudi, le déblocage d'un fonds de soutien de 30 millions d'euros à destination des clubs amateurs.

Fédération, Ligue et District mettent donc la main à la poche pour aider directement les petits clubs. La mesure principale : 10 euros alloués par licencié aux clubs qui en feront la demande et dons de ballons à ceux en très grande difficulté. 

A Ohlungen dans le Bas-Rhin, c'est d'ailleurs l'heure des comptes. Le club a 302 licenciés inscrits pour 1.300 habitants dans le village. 302 licenciés, autrement dit, une aide espérée de 3.000 euros quand les pertes sont estimées à 50.000 euros pour un budget annuel de 120.000 euros. Le calcul n'est pas difficile, le manque à gagner lié aux annulations des événements est énorme. "On organise par exemple un tournoi jeune, un tournoi de belote, une marche gourmande, une fête de 14 juillet, un tournoi de sixte, tout ça, ça nous permet d'exister, des fêtes qui se déroulent en général entre le mois d'avril et le mois d'août", explique Muriel Acker, la présidente du club. Pas de danger de fermeture pour autant mais elle compte sur l'organisation de manifestations pour renflouer les caisses mais aussi sur la solidarité des uns et des autres.

 

Les sponsors pas au mieux non plus

Reste le problème des sponsors. Souvent des PME, gravement touchées par deux mois d'arrêt de leur activité. "On compte sur eux mais on ne peut pas en rajouter, c'est compliqué pour eux aussi", ajoute la présidente de l'AS Ohlungen. Et l'exemple du Racing club de Strasbourg, qui vient de perdre son partenariat avec CroisiEurope, comme l'a annoncé Marc Keller, son président, dans les colonnes du journal l'Equipe ce jeudi 6 juin, n'est pas franchement pour rassurer les uns et les autres.

Même son de cloche du côté de Geispolsheim. 396 licenciés, une équipe senior en régionale 1 et une inquiétude identique. "Il faut voir si les sponsors, la plupart sont des PME, peuvent contiuer à nous aider, explique Jean-Jacques Nuss, le président du club. Pour le moment, on ne sait pas trop, ils ont les mêmes problèmes que nous".

 

Réduire la voilure

Le budget du club se situe autour de 150.000 euros et les pertes estimées, là aussi, autour de 50.000 euros. "La rentrée d'argent principale se fait par rapport à la buvette du club house les week end, beaucoup de supporters viennent encourager les équipes seniors, des parents viennent pour les matches de jeunes." Et c'est vrai qu'aujourd'hui le club house sonne désespérement vide. Pas de bières pression dans les verres, pas de barbecues.

Y a t-il des solutions? Parce qu'évidemment l'aide de la fédération ne suffira pas même si le club ne risque pas, lui non plus, la fermeture. "Il faudra réduire la voilure, en termes d'équipements par exemple, on va devoir réutiliser les survêt', les maillots de la saison passée, après il faut peut-être des aides des collectivités locales, on n'arrivera pas en quelques mois à retrouver la situation financière qu'on avait avant le confinement", explique Jean-Jacques Nuss un brin fataliste.

"Les clubs sont en difficulté mais aucun ou presque dans le Grand Est ne risque de mettre la clé sous la porte, explique Albert Gemmrich. Nous avons une cinquantaine de salariés ici qui appellent les dirigeants des clubs pour s'assurer que tout va bien. C'est vrai que c'est long. On sait déjà que la Coupe de France va reprendre, on a déjà plus d'inscrits que l'an passé, les clubs tiennent à cette compétition. On se pose encore la question pour la Coupe du Grand Est". Beaucoup d'interrogations encore donc concernant la planète du ballon rond, et une rentrée sportive qui, de toutes façons, ne ressemblera à aucune autre.