Coronavirus : des symptômes qui durent, rechutes, certains patients peinent à se remettre

A l'institut de virologie de Strasbourg, médecins et chercheurs travaillent sur les réponses du corps aux attaques du virus pour mieux le comprendre / © Alain Delpey / MaxPPP
A l'institut de virologie de Strasbourg, médecins et chercheurs travaillent sur les réponses du corps aux attaques du virus pour mieux le comprendre / © Alain Delpey / MaxPPP

Un mois voire plus après les premiers symptômes, certains malades ne se remettent toujours pas, sujets pour la plupart à une fatigue intense qui ne les lâche pas. Que sait-on de ce virus encore inconnu il y a quelques mois, témoignages de ces malades qui peinent à guérir.

Par Anne-Laure Marie

Delphine, cadre dynamique de 48 ans, tombe malade à la mi-mars. "J'avais la gorge très sèche, une soif intense, des maux de tête, des courbatures, le dos tellement vermoulu... Et puis après quelques jours, des spasmes intestinaux et des diarrhées de dingue, en tout une dizaine de jours au plus mal". Pour son médecin généraliste, il y a bien une suspicion de covid-19, mais pas de tests, à ce moment là, on ne testait que les soignants. Après une dizaine de jours, Delphine se remet doucement, ne présente plus de symptômes, refait du sport et reprend même le travail avec beaucoup d'envie.
 

"J'ai fait une belle semaine, intense et agréable. Mais ensuite, j'ai passé mon week-end à dormir et fin avril les symptômes reviennent. Moins forts mais les mêmes, maux de tête, maux de dos, diarrhées. Alors là, tu t'interroges... Est-ce que je m'écoute trop? Est-ce que je ne délire pas? Mais je ressens bel et bien une fatigue très intense. Mon médecin est désemparé et désolé pour moi, je suis à nouveau arrêtée pour trois semaines". Nous sommes fin mai et Delphine se remet tout juste, devrait pouvoir retourner travailler ce lundi, soit huit semaines après l'apparition des premiers symptômes.
 

Pas de réinfection

Que s'est-il passé? Une rechute? Une deuxième infection? Difficile de le savoir tant ce virus est mystérieux. Et pour Delphine comme pour beaucoup d'autres, on peut seulement parler de suspicion, faute de tests. En effet, le gouvernement vient seulement de publier la liste d'une vingtaine de tests jugés fiables par le Centre national de référence (CNR) et donc homologués. Parmi eux d'ailleurs, le test du laboratoire illkirchois Biosynex. En tout cas, on ne peut pas parler de recontamination.
 

"Pour le moment aucune théorie valable ne peut expliquer une éventuelle recontamination, explique Samira Fafi-Kremer, directrice de l'institut de virologie de Strasbourg. Les patients en général développent une bonne réponse immunitaire et il faut se méfier des fausses informations. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) vient de démentir des cas de réinfection en Corée du sud. Le problème que nous avons, c'est bien l'absence de tests jusqu'à présent. Nous n'avons que des suspicions, sachant que beaucoup d'autres virus circulent en même temps. Moi-même fin février je présentais tous les symptômes du covid-19, grosse fièvre, courbatures, fatigue intense mais en réalité c'était la grippe saisonnière", précise encore Samira Fafi-Kremer.
 
Samira Fafi Kremer, directrice de l'institut de virologie de Strasbourg / © Marie Pouchin / France 3 Alsace
Samira Fafi Kremer, directrice de l'institut de virologie de Strasbourg / © Marie Pouchin / France 3 Alsace


Même constat dans le cabinet du docteur Alexandre Feltz, médecin généraliste à Strasbourg et adjoint dans l'équipe de Roland Ries. "En deux mois, j'ai eu une centaine de patients susceptibles d'avoir eu le covid-19. Mais c'est compliqué, on était démuni pour poser un diagnostic, sans possibilité de faire un test, on ne pouvait avoir de certitude biologique". Un constat cependant, ce virus et hétérogène et polymorphe, c'est-à-dire qu'il atteint les personnes plus ou moins gravement et revêt de multiples symptômes. Et de constater lui aussi des rechutes. "C'est assez rare tout de même mais en effet quelques patients peinent à guérir complètement, c'est une lutte du corps pour fabriquer des anticorps qui peut prendre du temps, on appelle ça faire des V grippaux, le virus va-et-vient", autrement dit on a l'impression d'être guéri mais en réalité le virus est toujours là, tapi et profite du corps affaibli pour réapparaître des jours voire des semaines plus tard.
 

"Aujourd'hui, j'ai peur de refaire du sport"

C'est le cas de Pascal, 45 ans. Sportif, en bonne santé, ce cadre dans une entreprise d'informatique, tombe malade mi-mars. "J'ai eu de la fièvre, plus de 39 à certains moments, des courbatures très violentes, j'ai ressenti une fatigue immense et d'intenses maux de tête. Ca a duré 11 jours avec des problèmes pour respirer sur la fin, j'avais du mal à monter les escaliers et même à finir mes phrases", se souvient-il. Son généraliste suppose un covid et appelle même le samu pour être sûr qu'une hospitalisation n'est pas nécessaire.

Finalement Pascal se remet et reprend même son poste en télétravail. "La semaine qui suit, je suis vraiment fatigué, je fais des nuits de douze heures, mais après ça va vraiment mieux, j'arrive à bien bosser et je décide même de refaire un peu de vélo d'appartement." Et là, c'est la claque, trois jours après, soit un mois après l'apparition des premiers symptômes, Pascal rechute. "Je refais huit jours de fièvre, subis des courbatures encore plus violentes que la première fois et des migraines terribles, je ne supportais plus le moindre bruit. En revanche plus de problèmes respiratoires mais des douleurs intestinales, j'ai fait des examens, les résultats sont bons, les médecins n'ont pas vraiment d'explication", raconte encore le quadragénaire, pas testé lui non plus. Plus de deux mois après, Pascal ressent toujours une grosse fatigue et craint de se remettre au sport.

Même si les médecins parlent de quelques cas seulement de rechute comme celui-ci, certains malades éprouvent le besoin de se confier et sur les réseaux sociaux les témoignages fleurissent sous les #apresJ20 et #apresJ60. On peut y lire la détresse de ces malades qui ne guérissent pas, rassurés de constater qu'ils ne sont pas seuls et qu'ils ne s'inventent pas des symptômes. Un virus qui reste mystérieux, connu seulement depuis quelques mois. Et pas de traitement ni de vaccin pour l'instant.
 
 
 


Pour Samira Fafi-Kremer, la directrice de l'institut de virologie de Strasbourg, la piste du vaccin est vraiment intéressante. "Au laboratoire nous tentons de comprendre comment les gens répondent au virus. Il y a deux types de réponses possibles : humorale, celle qui permet le développement des anticorps et cellulaire, qui doit permettre au corps de détruire les cellules infectées. Plus la réponse du corps est forte, plus la piste du vaccin est intéressante, c'est ce sur quoi nous travaillons en ce moment". Un peu d'espoir malgré l'océan de questions qui restent sans réponse.
 

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