Grève de la faim à Calais : les deux militants alsaciens ont mis fin à leur grève : "On a senti qu'en face, ça ne bougerait pas"

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Écrit par Flavien Gagnepain
Les deux militants, originaires de Mulhouse, ont cessé de s'alimenter pendant plus d'un mois.
Les deux militants, originaires de Mulhouse, ont cessé de s'alimenter pendant plus d'un mois. © MATHIEU PATTIER / MAXPPP

Le 17 novembre, Anaïs Vogel et Ludovic Holbein, deux militants originaires d'Alsace, ont cessé leur grève de la faim, entamée un mois plus tôt. S'ils s'estiment déçus de la réponse politique, les Mulhousiens ont pu constater l'impact de leur action auprès des citoyens.

Anaïs Vogel et Ludovic Holbein ont annoncé le 17 novembre 2021 qu'ils mettaient un terme à leur grève de la faim, qu'ils avaient commencée pour réclamer l'arrêt des expulsions de campements de migrants à Calais. Quelques jours après la fin de leur grève, le couple originaire de Mulhouse s'est confié à France 3 Alsace.

Comment vous sentez-vous physiquement ? 

Pour l'instant, ça va. On arrive à remanger, c'est déjà une bonne nouvelle. Le but, c'est avant tout de reprendre des forces.

Avez-vous perdu beaucoup de poids ? 

C'est difficile à dire car on devait boire beaucoup d'eau pendant tout ce temps. Notre poids variait donc chaque jour suivant le nombre de litres d'eau qu'on avait bu. D'un jour à l'autre, on pouvait même en reprendre.

Comptez-vous revenir en Alsace prochainement ?

Oui, nous retournerons à Mulhouse en décembre. Cela fait cinq ans qu'on voyage, et on ne revient que rarement. Mais nous avons laissé nos affaires là-bas, et nous allons essayer de les donner. Comme notre conviction, c'est de voyager sans argent, nous veillerons à ce que nos affaires soient données directement aux gens, ou alors à des associations qui ne les revendront pas par la suite.

Qu'est-ce qui vous a fait arrêter votre grève de la faim ? 

Le 4 novembre, nous avions interpellé Emmanuel Macron dans une lettre ouverte. Nous lui demandions l'arrêt des expulsions des personnes exilées, et de la confiscation de leurs effets personnels. Dix jours plus tard, le médiateur Didier Leschi, envoyé par le gouvernement à Calais, nous a fait comprendre que de toute façon, l'arrêt des expulsions n'aura pas lieu. On a senti qu'en face, ça ne bougerait pas.

En plus de cette réponse des autorités, votre état physique commençait-il à se dégrader ? 

On commençait à faiblir, oui. Même si les médecins, qui nous observaient deux fois par jour, nous disaient que les résultats étaient bons, on ne se voyait pas continuer deux ou trois semaines de plus. Maintenant, on va se reposer et continuer le combat.

Après ces 38 jours, et sans réelle réponse apportée, quel sentiment prédomine ?

Il y a d'abord de la déception par rapport aux résultats politiques. On a remarqué un vrai manque de courage, mais aussi une véritable déshumanisation de la politique. Didier Leschi a insisté sur le fait qu'il ne fallait pas éclairer le problème des migrants à Calais. Dire cela, alors que quatre personnes sont décédées, et six autres sont disparues en mer pendant notre grève, c'est scandaleux.

Par contre, on a pu constater l'impact de notre action chez les citoyens et les médias. Des associations qui avaient quelque peu perdu des forces, ou qui continuaient le combat en baissant la tête ont pu retrouver le sourire. D'autres nous ont envoyé des courriers, des Calaisiens aussi. C'est ça, notre vraie victoire.

Retrouvez-vous de l'espoir grâce à ces réactions sur place ?

Le gouvernement n'a pas répondu à nos revendications. Donc on ne peut pas lui faire confiance. Mais il y a eu un engagement citoyen tel, que ça nous a rappelé que c'est en reprenant les bases qu'on peut y arriver. Nous avons des dizaines, des centaines de personnes derrière nous. Si la grève de la faim s'est arrêtée, le combat, lui, il continue. Nous comptons rester à Calais pour nous investir là-bas.

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