Hopla Gaz : "nous pourrions approvisionner des foyers jusqu'à Mulhouse", les agriculteurs du Sundgau ont fait construire deux unités de méthanisation

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Écrit par Carine Feix .

Rund Um. Que faire de son fumier lorsqu'on est éleveur? Dans le Sundgau, une trentaine d'agriculteurs ont décidé de se lancer dans la méthanisation. Ils ont fait construire deux unités, à Gommersdorf et Traubach-le-Bas. Un an après la mise en service des méthaniseurs, ils font le bilan.

« Hopla Gaz » et « Jetza Gaz ». Des noms résultant d’une boutade, mais qui désignent aujourd’hui deux entreprises sérieuses. Il s’agit de deux unités de méthanisation, gérées par deux collectifs d’agriculteurs - éleveurs laitiers pour la plupart. A Gommersdorf et Traubach-le-Bas, les deux structures ont été mises en service fin 2021, à seulement quelques mois d’intervalle. « A la base, le projet prévoyait la construction d’un grand méthaniseur. Mais nous l’avons scindé en deux unités plus petites, pour nous rapprocher géographiquement des fermes et éviter les passages de tracteurs dans Dannemarie, qui se trouve entre les deux villages », explique Vincent Dietemann, président de Jetza Gaz.

Un cercle vertueux

En 2018, lorsqu’une trentaine d’agriculteurs se sont réunis pour réfléchir au projet, leur préoccupation était avant tout de savoir comment utiliser leur fumier et leur lisier le mieux possible. C’était le cas de Mathieu Ley, co-gérant d'un GAEC comptant 200 vaches, et quelques tonnes de déchets. « Lorsque nous épandions notre fumier dans nos champs, il y avait toujours des odeurs. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, avec l’engrais qui sort du méthaniseur! » Car les deux unités produisent non seulement du gaz, mais aussi de l’engrais liquide (avec le digestat) et solide. Et celui-ci sera ensuite utilisé par les associés de l’entreprise. Un cercle vertueux, en somme.

Chaque associé y est allé de sa poche pour permettre aux unités de méthanisation, aux dômes très caractéristiques, d’être construites. Au total, le projet a coûté 15 millions d’euros. Un investissement rentable, a priori, puisque chaque unité produit en moyenne 170 mètres cube de gaz par heure. « Nous pourrions en produire 20% de plus, et approvisionner des foyers jusqu’à Mulhouse… Mais les infrastructures ne sont pas encore en place » regrette Vincent Dietemann. Tout de même, les méthaniseurs des paysans sundgauviens produisent de quoi approvisionner chacun 1400 foyers. Du méthane épuré, puis transformé en gaz de ville par le fournisseur GRDF, qui l’injecte ensuite dans le réseau commun.

Du gaz local

Pour faire accepter leur projet à la population, les associés n’ont pas lésiné sur la pédagogie. « Nous avons fait le tour des mairies pour expliquer le principe », raconte Mathieu Ley. Et répondre aux peurs et critiques. Denis Nass, président de la Chambre d’agriculture et maire de Gommersdorf, désigne un tas de rafles de maïs à côté du fumier encore fumant. « Il faut bien comprendre qu’il ne s’agit que de déchets, pas de produits alimentaires utilisés à des fins de méthanisation. » Et de conclure, malicieusement : «C’est du gaz local. Tant que les paysans du Sundgau font de la méthanisation, pas besoin de compter sur les Russes. » Une alternative à prendre au sérieux, sans doute, en ces temps de sobriété énergétique.

 

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