Les frères Grauer, hommes du bois dans leur scierie familiale

Publié le Mis à jour le
Écrit par Carine Feix
Christian et Michel travaillent ensemble, dans la scierie héritée de leurs parents, depuis un demi-siècle.
Christian et Michel travaillent ensemble, dans la scierie héritée de leurs parents, depuis un demi-siècle.

Rund Um. Depuis un demi-siècle, les frères Grauer dirigent leur scierie familiale. L'endroit est bien connu à Wihr-au-Val, par les petites maisonnettes en bois colorées qui ornent l'entrée, en bordure de route principale.

Point d'ordinateur, ni de scie tout automatisée dans le hangar. Mais une grosse machine motorisée des années 1970 qui ronronne encore bruyamment chaque jour pour trancher les grumes. D'un côté et de l'autre de la scie, Christian, 67 ans, et Michel, 63 ans, le geste expérimenté et l'oeil attentif aux moindres hoquets de leur outil de travail. Les deux frères Grauer s'attachent à faire de belles planches bien droites, "même lorsque le tronc est tordu", plaisante l'aîné. C'est d'ailleurs ce qui a fait leur réputation, à en croire le cadet. 

L'un des arguments de la petite scierie, c'est le sur-mesure. Antoine, client depuis plus de trente ans et bricoleur, apprécie : "Lorsqu'on a besoin d'une poutre de 8 mètres, ils nous la font. 6 mètres, idem. C'est pratique!" Et les commandes ne manquent pas, surtout depuis la crise sanitaire et son effet sur l'envie de bricoler des clients. Ici, le conseil personnalisé est un autre argument de vente, d'après Sylvie, la fringante épouse de Michel, qui se charge régulièrement de l'accueil des clients. "Les gens ne trouvent pas ce type de conseil dans les grands magasins... Surtout lorsque leurs demandes sont un peu spéciales!"

Du bois en circuit court

200 mètres cube de bois coupé sortent chaque année de la scierie de Wihr-au-Val. "C'est suffisant. On ne cherche pas à faire de grosses quantités, mais de la qualité!" affirme Michel fièrement. Les troncs sont acheminés par des transporteurs locaux, de la vallée de Munster, dans un rayon de 30 km. Il s'agit essentiellement de bois de sapin, de douglas, de mélèze... parfois, de robinier ou de hêtre. Un circuit court, qui n'a pas changé depuis la reprise de la scierie familiale par les frères, à l'époque à peine majeurs, suite à la maladie de leur père.

Une tradition qui remonte à la Révolution

Au départ, le grand-père Grauer avait racheté cette scierie. Présente depuis toujours à cet endroit - la plus ancienne mention d'une scierie et d'un moulin en ces lieux daterait de la Révolution française. A l'époque, les deux structures fonctionnaient grâce à la force motrice de l'eau du canal, qui passe toujours en-dessous. Après la seconde guerre mondiale, l'activité y était importante. Jusqu'à 17 personnes s'y relayaient, parfois nuit et jour. "Dans les années 1960, il fallait encore reconstruire", se souvient Christian. "La gare se trouvait juste en face, alors on chargeait des wagons entiers de bois pour la construction navale à Rotterdam. Gamin, j'avais le droit d'y aller avec des chevaux ou un élévateur!"

Puis, les chocs pétroliers ont provoqué une crise dans le secteur. L'état subventionnait plutôt de grandes scieries, pour favoriser les exportations. La pression était forte, la tendance était à la modernisation, au tout automatique... mais les frères Grauer n'ont pas voulu suivre le mouvement. Ils se sont plutôt concentrés sur un marché de niche, celui de la découpe de lames de terrasses et de pergolas. Ils ont dû licencier plusieurs collaborateurs, mais estiment que, grâce à ce virage pris à temps, ils ont pu survivre.

Pas de repreneur pour l'instant

Lorsque l'on évoque l'avenir de leur entreprise, les frères Grauer affichent un air plutôt détaché. Il n'y a pas de repreneur pour l'instant, les enfants de Christian n'étant pas intéressés par la scierie... Un projet d'installation de panneaux solaires, d'un site de production d'énergie, est esquissé. Mais toute la structure doit être modernisée, l'investissement pourrait s'avérer conséquent. "Cela deviendra peut-être un hôtel au bout du compte!" sourit Michel. En tout cas, il reste deux ans, avant sa retraite, pour y réfléchir.  

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