Pour faire face à la sécheresse et au manque d'eau, des fermiers-aubergistes cherchent l'inspiration en Autriche

Publié le
Écrit par Sabine Pfeiffer .

En période de sécheresse, les fermes-auberges souffrent du manque d'eau. Pour voir comment mieux collecter et exploiter les pluies d'hiver et de printemps, une délégation alsacienne est allée en Autriche, dans une ferme modèle pour la gestion de l'eau.

Depuis plusieurs étés, les fermiers-aubergistes des Hautes-Vosges sont confrontés au manque d'eau. Cette année particulièrement, puisque dès le mois de juin, certaines sources étaient taries. Il a fallu veiller à ne pas gaspiller la moindre goutte, et parfois même, chercher de l'eau ailleurs, en camion-citerne.

Malheureusement, avec le réchauffement climatique, ces situations de pénurie se reproduiront. Des réflexions sont donc menées pour chercher des solutions pérennes, permettant de mieux collecter, stocker et utiliser l'eau qui tombe durant les autres saisons.

Pour trouver de bonnes idées, il peut être bon de voir ce qui se fait ailleurs. Une délégation de 25 Alsaciens et Vosgiens, agriculteurs, élus et techniciens, s'est donc rendue durant trois jours en Autriche, dans une ferme de montagne en avance sur ces questions de l'eau. Et dès cet automne, un travail va être mené avec trois fermes pilotes, pour définir des aménagements à mettre en œuvre dès 2023. 

De l'inspiration cherchée en Autriche

Du 5 au 7 octobre dernier, un groupe de 25 personnes s'est rendu dans le Tyrol autrichien. Parmi les participants : des fermiers aubergistes, des éleveurs de vaches laitières, des techniciens des chambres d'agriculture des Vosges et de l'Alsace, des élus...

Ce voyage de formation intitulé "Wasser ist Leben" (L'eau, c'est la vie) était organisé par le Parc naturel régional des Ballons des Vosges, et financé par la Région Grand Est et l'Agence de l'eau Rhin-Meuse. Il a conduit la délégation au sud de Salzburg, dans la ferme de montagne du Krameterhof,une exploitation agricole de 40 hectares, située à 1.500 mètres d'altitude, qui fonctionne en permaculture.

"L'objectif était d'aller voir ce qui se fait de bien autour de la récupération de l'eau : la rétention de l'eau en montagne à des fins et des usages agricoles", explique Julien Bourbier, responsable du pôle développement économique du parc des Ballons des Vosges, qui était du voyage. Car en matière de gestion de l'eau, le Krameterhof est un modèle du genre.

Son propriétaire, Sepp Holzer, a transformé sa montagne en une succession de terrasses inspirées des rizières d'Asie. Il a trouvé des solutions pour endiguer le ruissellement des eaux de pluie, canaliser les sources, et créer plus de 70 mares, lacs et étangs. Il y élève de nombreuses variétés de poissons et d'écrevisses, tout en produisant de l'électricité pour l'ensemble de sa ferme.

"L'objectif (…) est de ralentir au maximum le cycle de l'eau pour en tirer le meilleur tout en ayant évidemment le moins d'impact possible sur sa quantité et sa qualité" résume Julien Bourbier. Et bien évidemment, ce système d'étangs et de terrasses permet aussi d'irriguer "de manière extrêmement durable les plantations de légumes", tout en fournissant l'eau nécessaire aux usages domestiques.

Durant son séjour, la délégation alsaco-vosgienne a dû mettre la main à la pâte : "La formation a été dense, tant sur la partie théorique que sur la partie pratique" racontent les fermiers-aubergistes participants, sur la page Facebook de leur association. "Avec notamment la réalisation de deux bassins (uniquement réalisés avec des pelles/pioches et une belle énergie !!!). Les échanges entre les différents participants ont également été très enrichissants." 

Un modèle à adapter à la réalité alsacienne

Voici une semaine, la plupart des agriculteurs participants sont rentrés avec, en tête, plein d'idées d'aménagement et de travaux dans les mois à venir sur leurs exploitations. Mais, précise Julien Bourbier, le but du voyage "n'était pas d'aller observer pour faire du copier-coller sur notre massif (…) L'exploitation qu'on a rencontrée était assez différente de ce qu'on peut avoir chez nous."

Il s'agissait donc surtout de s'inspirer des techniques de Sepp Holzer, fondées sur un profond respect de la nature, pour les réadapter aux situations rencontrées dans les fermes de montagne du massif vosgien.

A l'avenir, dans la région, la pluviométrie annuelle devrait rester sensiblement la même, mais sur des périodes plus resserrées. Une manne aquatique qu'il faudrait exploiter davantage, en essayant "de retenir l'eau au maximum – l'eau qui tombe ou l'eau qui coule – et la récupérer autour d'un réseau de petites mares et de micro-étangs sans pénaliser l'aval, avec des dispositifs adaptés pour en préserver la qualité", explique le responsable du pôle développement économique du parc des Ballons des Vosges.

Parmi les chantiers possibles : "Optimiser les points d'eau existants, mieux les aménager, et en refaire d'autres pour accumuler davantage, mieux retenir et mieux restituer ensuite."  Mais également "recréer des micro-rigoles, comme il s'en faisait historiquement dans le massif vosgien : des micro-rigoles destinées à irriguer à un moment donné, par débordement, les surfaces en herbe" pour leur donner un petit coup de rafraîchissement après la saison estivale.

Trois fermes pilotes dès cet automne

En prolongement de la formation autrichienne, le Parc des Ballons des Vosges lance également ces jours-ci une expérimentation, destinée à identifier des aménagements à mettre en œuvre très rapidement sur trois sites pilotes : deux fermes-auberges alsaciennes (l'une près de la route des Crêtes, l'autre dans le secteur du Petit Ballon), et une ferme laitière près de La Bresse (Vosges).

Un bureau d'études a déjà fait le tour des trois exploitations, pour y effectuer des analyses de sol. Ensuite, les choses devraient s'enchaîner rapidement : "Premières propositions d'ici 4 à 5 semaines, partage avec les partenaires – éleveurs, Chambres d'agriculture, communes, services de l'État concernés par des demandes d'autorisation – et validation des propositions d'aménagement d'ici la fin de l'hiver" énumère Julien Bourbier. "Pour des réalisations, on l'espère, au courant du printemps."

Par cette opération, le Parc des Ballons des Vosges veut être "tout de suite dans le concret (…) sur des exploitations vitrines." Afin de démontrer "ce qui peut se faire, et ce qui ne peut pas se faire." La finalité est de pouvoir rapidement "'apporter des outils" permettant aux fermiers-aubergistes d'être "plus autonomes" et "résilients" sur les questions de l'eau. Car il y a urgence. Au risque de voir purement et simplement disparaître ces fermes de montagne, pourtant indispensables à l'économie des crêtes, et à l'entretien du paysage.

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