Présidentielle 2022. Ils ont voté Mélenchon au 1er tour, pourquoi ces électeurs s'abstiendront ou voteront blanc ce 24 avril

Au soir du 10 avril, Jean-Luc Mélenchon, arrivé troisième du 1er tour de l'élection présidentielle avec 22% des suffrages, appelait ses électeurs à "ne pas donner une seule voix à Marine Le Pen".

Il aura manqué 421.308 voix à Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise) pour aller au bout de son défi : coiffer Marine Le Pen (Rassemblement National) au poteau et se qualifier pour le second tour de l'élection présidentielle face à Emmanuel Macron (La République en Marche), arrivé lui en tête avec 27,9% des suffrages exprimés.

Mais en lui apportant 22% des voix, les électeurs du leader de la gauche ont un rôle à jouer au second tour. Vont-ils suivre l'appel de leur candidat déçu à ne "donner aucune voix à Marine Le Pen"? Vont-ils choisir de ne pas se déplacer?

En Alsace, Mélenchon est arrivé en tête dans plusieurs grandes villes, dont Strasbourg et Mulhouse. Nous avons demandé à quelques-uns de ses soutiens du premier tour qui ne veulent pas voter Macron comment ils allaient se positionner, et pourquoi.

Christine, 55 ans : "Je ne peux pas cautionner le bilan de ce président"

Christine a 55 ans, habite dans le secteur de Marlenheim (Bas-Rhin) et a une formation d'assistante sociale. Pour la première fois, elle a choisi de ne pas participer au front républicain pour l'extrême-droite.

"Je suis une citoyenne très engagée, j'ai toujours voté, à toutes les élections. J'ai été e à certaines élections. J'ai transmis ces valeurs républicaines à mes filles, nous discutons de politique à la maison. En 2002 comme en 2017, j'ai voté contre le Front national, j'ai fait barrage. J'ai toujours voté utile. Cette fois, je ne peux pas. J'irai voter, mais blanc.

Depuis dimanche, je suis très mal à l'aise. C'est une rupture pour moi, mais je ne peux pas cautionner ce président, son attitude, son comportement, ses décisions depuis 5 ans.

La cerise sur la gâteau date du 5 janvier 2022, lorsqu'il a décidé qu'il voulait "emmerder" les gens comme moi (non-vaccinés, NDLR). Ses mots m'ont choquée, peinée même. Je suis en colère contre lui. Ses décisions vont à l'encontre du bien-être des gens, et moi qui m'en soucie en permanence, je ne peux pas lui donner ma voix. Mon vote blanc sera anti-Macron."

Julien, 19 ans : "Aucun des deux candidats n'écoute les jeunes"

Julien a 19 ans et est animateur dans un espace jeunes dans la banlieue de Strasbourg. Cette élection présidentielle est la première pour laquelle il a pu voter. Très déçu du résultat du 1er tour, il votera blanc au second, faute de trouver un programme qui réponde à ses attentes.

"Pendant cette campagne, à l'issue de laquelle j'ai voté pour la première fois, j'ai beaucoup étudié les programmes. Je militais au parti communiste, mais j'étais pour un rapprochement de Fabien Roussel et Jean-Luc Mélenchon. J'étais donc à fond derrière Mélenchon, pour ses idées, son programme, notamment son engagement pour l'écologie.

Aucun des deux candidats qui restent ne parle assez d'écologie, ne s'engage vraiment pour l'avenir de la planète. Leurs programmes ne me parlent pas, ni sur le réforme des retraites, leurs priorités économiques... J'ai réfléchi en me mettant à la place de chaque catégorie de personnes, les plus âgés, les chômeurs... Et ils ne répondent à personne. J'ai peur d'une société plus violente.

J'ai participé à plein de manifestations pendant le quinquennat de Macron, il n'a écouté personne. Notamment les jeunes, qui se sont beaucoup engagés auprès de Jean-Luc Mélenchon et qui maintenant se retrouvent sans personne pour porter l'espoir.

La question du barrage républicain ne me parle pas, car pour moi, il fallait réfléchir avant le 1er tour, plus après, quand on n'a plus le choix qu'entre deux candidats. Je suis déçu, mais je vais me remobiliser pour les législatives, continuer de voter pour ce en quoi je crois et sans doute même rejoindre La France Insoumise comme militant."

Lucas, 27 ans : "J'irai me promener plutôt que de voter tellement je suis écœuré"

Lucas a 27 ans et travaille auprès d'enfants en situation de handicap à Strasbourg. Pendant 5 ans, il a été de toutes les luttes sociales contre la politique d'Emmanuel Macron. Au 1e tour, il s'est décidé pour la première fois de sa vie à aller voter pour celui qui lui semblait prêt à soutenir ce combat social. Il ne se déplacera pas pour le second tour.

"Je suis complètement désabusé. C'est la première fois que je me déplace pour voter, car de manière générale, je ne crois pas dans la politique et dans le vote. Et là, je me dis "tout ça pour ça", pour se retrouver avec ce même duel dont on nous bassine depuis 5 ans. Je fais partie de cette jeunesse qui a voté massivement pour Mélenchon, et on nous vole cette élection.

Donc pour le deuxième tour, j'irai me promener ou je ne sais pas, mais je ne me déplacerai certainement pas au bureau de voter. Mes idées sont de gauche, c'est impensable pour moi de voter l'extrême-droite, mais ça l'est presque tout autant de glisser un bulletin pour Macron. J'ai été de toutes les luttes contre lui depuis 5 ans, je me suis battu avec les gilets jaunes, je ne peux pas donner mon approbation à ce candidat. Je gagne 800 euros nets par mois, et il est celui qui n'a pas voulu augmenter mon salaire et celui de mes collègues. 

Aujourd'hui, je vais observer ce qui va se passer, et je voterai pour la force de gauche la plus dynamique aux législatives. Mais surtout, je suis prêt à reprendre la lutte dans la rue."

L'actualité "Politique" vous intéresse ? Continuez votre exploration et découvrez d'autres thématiques dans notre newsletter quotidienne.
Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
choisir une région
Grand Est
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité