Abus sexuels : dans les Ardennes, l'Eglise organise des rencontres pour "ne plus garder cela dans le silence de son cœur"

Suite à la publication du rapport Sauvé, l'équipe pastorale de l'espace missionnaire Ardennes Sud propose, ces 18 et 19 novembre 2021, deux rencontres pour informer et échanger sur les abus sexuels dans l'Eglise, afin de libérer la parole des victimes.

La rencontre commence toujours de la même façon : avec la lecture de témoignages de victimes d'abus sexuels au sein de l'Eglise. "Notre souci, c’est vraiment de mettre la parole des victimes au centre de ces soirées, et non pas la parole de l’institution, qui chercherait éventuellement à se dédouaner",  pose en préambule le père Arnaud Toury, l'un des porteurs de ce projet.

Ce 18 novembre, il va animer à Rethel, avec les membres de son équipe pastorale, une rencontre intitulée "Toute souffrance mérite d'être reconnue". L'objectif : libérer la parole d'éventuelles victimes d'abus sexuels mais aussi informer et échanger avec les fidèles sur cette problématique grave, mise en lumière par le rapport Sauvé. Ce document, édité par la commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise a permis d'établir que 330.000 mineurs avaient été victimes d'actes pédo-criminels au sein de l'institution depuis les années 50. 

"Il y a le désarroi des fidèles qui se disent : "Mais comment est-il possible que l’église ait laissé faire cela ou l’ai caché, minimisé ?", poursuit le père Toury. Cette réunion est donc l'occasion de pouvoir échanger sur ces faits marquants, avec des intervenants issus de l'Eglise, mais aussi un médecin pédiatre. 

Tout l'enjeu, c’est de pouvoir détecter les signaux fins : quelle est l’attention que l’on porte à la parole des enfants ? Quels sont les signaux qui permettent de repérer que quelque chose d’anormal a pu les atteindre ?

Arnaud Toury, prêtre

Le type de démarches juridiques à faire dans ces circonstances peut aussi être au cœur des échanges, puisque des membres du corps judicaire, comme une avocate ou une magistrate sont également présentes. "L'idée, c'est bien d'empêcher que s'installe à nouveau le silence et la passivité", conclut le prêtre.

L'absolue nécessité d'écouter les victimes

Lors d'une première réunion dans le nord des Ardennes, de nombreuses questions ont pu être posées sur cette problématique, parfois à l'oral, parfois à l'écrit, afin que chacun se sente à l'aise et qu'un certain anonymat puisse être respecté. "Cela permet notamment à des personnes de pouvoir écrire ce qu’elles ne pourraient pas exprimer oralement, raconte le père Toury, notamment devant une assemblée comme celle-ci, c’est trop délicat". Et cette discrétion a porté ses fruits puisqu'une victime d'abus sexuels dans son enfance a pu parler de son traumatisme. Une souffrance pas forcément facile à recueillir, mais pour le père Toury, la question n'est pas là. 

Le plus compliqué, c’est quand la personne n’a pas pu exprimer sa souffrance pendant 50 ans, et qu’elle soit condamnée à garder cela dans le silence de son cœur pendant des années. Peu importe, donc, que cette parole puisse être difficile à recueillir, il faut qu’elle le soit.

Arnaud Toury, prêtre

C'est donc tout l'intérêt du rapport Sauvé et des actions de prévention qui en découlent : la libération de la parole, qu'elle que soit l'âge de la victime et quelque soit le territoire. Et même si les faits sont prescrits, et qu'aucune action judicaire n'est possible, l'équipe pastorale des Ardennes Sud tient à agir et à informer systématiquement les autorités ecclésiastiques. "Il faut agir pour une reconnaissance de ce qu’a vécu cette personne, insiste le prêtre, C’est une question d’humanité : on ne pourra plus jamais faire comme si ces drames n’avaient pas eu lieu et rester indifférents".

Lors de cette première réunion dans le nord du département, une trentaine de personnes avaient fait le déplacement. Ce 18 novembre à 20 heures, salle Arletti à Rethel, l'équipe pastorale espère recevoir encore plus de monde, pour des échanges à la fois nécessaires et essentiels. Une autre rencontre aura lieu le lendemain, vendredi 19 novembre à 20 heures, salle Bellevue à Vouziers. Une façon de quadriller le territoire pour donner un maximum de visibilité et de proximité à cette initiative. 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
pédophilie faits divers religion société