Affaire Fourniret et le "gang des postiches". Trente ans après, un nouveau procès

Ce mardi matin, débutait le procès de Michel Fourniret et de son ex compagne, Monique Olivier à la cour d’assises de Versailles. Ils sont jugés cette semaine pour le meurtre de Farida Hammiche, la femme de Jean-Pierre Hellegouache, en 1988.
Michel Fourniret et Monique Olivier dans le box des accusés à la cour d'assises de Versailles
Michel Fourniret et Monique Olivier dans le box des accusés à la cour d'assises de Versailles © Thierry Doudoux
A 9h45, Michel Fourniret, barbe blanche épaisse, vieilli, entre dans la salle de la cour d’appel, assise à ses cotés, Monique Olivier, son ex compagne. Quatre policiers encadrent les accusés, trois pour Fourniret, un pour Monique Olivier.

Après avoir fait une présentation des accusés, le président fait l’appel des jurés qui assisteront au procès cette semaine. S’en suit un rappel des faits, et l’annonce de l’ouverture des débats.
   

Un Fourniret vieilli, avec des problèmes de surdité

L’audience commence aux alentours de 10h30 dans le calme. L’interrogatoire de personnalité de celui que l'on surnomme "l'ogre des Ardennes"

L’homme âgé de 76 ans a des problèmes de surdité, mais "ne présente aucun trouble mental" et "est encore apte à être jugé" selon les experts. Lui-même avait déclaré à la cour être "là pour répondre aux questions qui lui seront posées". Dans un deuxième temps, l’accusé affirme avoir perdu la mémoire et ne se souvenir de rien. Lors des premières minutes d'audiences, les choses s’annoncent compliquées pour la cour. Le tueur en série montre des difficultés à se faire entendre et comprendre. Le président lui fait répéter plusieurs fois ses réponses.

Malgré les soucis de compréhension, les experts s'intéressent à la jeunesse de Michel Fourniret. Sa période de soldat en Algérie, ses deux premiers mariages, avec des "êtres exceptionnels, dans tous les sens du terme." De sa première femme, de 7 ans son aînée, Fourniret est catégorique : s'il ne "l’avait pas rencontrée, tout ça ne serait pas arrivé". L'Ardennais se montre beaucoup moins clément avec son ex-compagne, Monique Olivier. Il confirme les propos qu'il avait déjà eu à son égard : il la qualifie "d'idiote, qui n’a rien entre les deux oreilles". Il reconnaît qu’elle a "beaucoup de défauts", et "sans doute des qualités" mais qu’il n’a jamais pu en percevoir chez elle…

"Des faits pas infondés"

Lorsque le président énumère les 15 condamnations dont avait fait l’objet Michel Fourniret lors de son procès de 2008. L'air détaché, ce dernier admet que "ces faits ne sont pas infondés", avant de préciser et que s'ils ne sont pas infondés, "c’est certainement qu’ils ont des sources, qui ne sont pas forcément des plus reluisantes".

A 14 h, l'audience reprend, toujours dans le calme. Cette fois, c’est au tour de Monique Olivier d’être passée au crible. 
Monique Olivier lors du procès du meurtre de Farida Hammiche à Versailles
Monique Olivier lors du procès du meurtre de Farida Hammiche à Versailles © Thierry Doudoux
Jusque-là, aucun échange entre les ex amants. Seul Fourniret lance un regard sombre lorsque Monique Olivier s’approche du micro. Après un passage rapide sur son enfance, elle évoque la violence de son premier mari. Les avocats des parties civiles en viennent rapidement sur sa relation avec Michel Fourniret.

Elle parle d'abord d’un homme qui aimait l’humilier en public. Malgré les peines de prison qu'il avait purgées pour des atteintes sexuelles, elle dit à la cour n’avoir jamais trouvé la force de le quitter :

Je ne suis pas courageuse, je ne suis pas courageuse

dit-elle d’une voix faible et tremblante.


Où est enterré le corps de Farida Hammiche ?

Reste à savoir où a été enterré le corps de Farida Hammiche. C’est la réponse que les parties civiles et la famille de Farida sont venues chercher tout au long de cette semaine de procès. Encore aujourd'hui, jamais le couple Fourniret/Olivier n’a dévoilé ce secret.
 
Farida Hammiche dont le corps n'a pas été retrouvé depuis 1988
Farida Hammiche dont le corps n'a pas été retrouvé depuis 1988 © Photo de la famille Hammiche
La première journée de procès se termine sur l'interrogatoire des enquêteurs.

A la barre, c’est le commissaire Fagnart qui témoigne, le policier belge qui a obtenu les aveux de Michel Fourniret en juin 2014. Durant les 24h de garde à vue, selon lui, les ex-compagnons n’ont "laissé paraître aucun sentiment de regret, ni aucune émotion" lorsqu’ils ont évoqué le meurtre de Farida Hammiche. Pour l’enquêteur, il est clair que :

 Fourniret joue avec la justice, il se prend pour le centre du monde, et pour lui, ne pas indiquer où se trouve le corps, c’est un peu garder le contrôle dans cette affaire.

 
Le commissaire Fagnart a recueilli en juin 2014 les aveux du couple sur le meurtre de Farida Hammiche
Le commissaire Fagnart a recueilli en juin 2014 les aveux du couple sur le meurtre de Farida Hammiche © Thierry Doudoux
Les enquêteurs partagent le même avis. Les avocats des parties civiles essayent de savoir si le couple a pu, à un moment donné, ressentir une quelconque émotion lors de leurs aveux. Mais cela n’a été le cas. La seule chose qui compte, c’est de récupérer le magot, le trésor du "gang des postiches", les 800 000 francs en or, récupérés dans un cimetière un mois plus tôt, et dont Fourniret assure n'avoir touché qu’une infime partie. Farida n’était alors qu’un obstacle, qu'il fallait éliminer.

La journée s'achève sans qu'aucune trace de remords ne sorte chez les deux accusés. Placides, ils gardent pour le moment le secret du lieu où Farida Hammiche a été enterrée. Ce mercredi auront lieu les auditions des témoins (11 au total) ainsi que celles des parties civiles.
 
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