Coronavirus : dans les Ardennes, un infirmier libéral lance une cagnotte pour les familles des soignants décédés

Vincent Caruel est infirmier libéral dans les Ardennes. Depuis l'épidémie de coronavirus, sa manière de travailler a changé. Moins de patients à visiter, mais plus de risques, à chaque sortie. Nous avons passé une journée à ses côtés. 

Vincent Caruel est infirmier libéral dans les Ardennes. Depuis l'épidémie de coronavirus, sa manière de travailler a changé.
Vincent Caruel est infirmier libéral dans les Ardennes. Depuis l'épidémie de coronavirus, sa manière de travailler a changé. © T.C./ FTV
Ce jour-là, Vincent Caruel se rend chez Jean-Marie. Il surveille la glycémie de cet ancien soldat de 83 ans, discute, prend des nouvelles. Mais depuis la crise sanitaire, le quotidien de cet infirmier libéral a changé. "On est beaucoup plus pointilleux sur l'hygiène. On passe d'un patient à l'autre, on se doit de laver nos mains. On peut être considéré comme un vecteur, on peut aussi propager le virus. Il y a parfois des cas, on n'est pas à l’abri de rencontrer des patients qui sont positifs et on ne le sait pas. On fait très attention notamment à nos patients chroniques chez qui l'on va tous les jours."

Vincent sillonne le secteur de Charleville-Mézières. Pour ce professionnel de 44 ans, la période est assez calme au niveau des soins, dans les Ardennes. "Il n’y a plus de chirurgie. Les chirurgiens n’opèrent plus, donc on n'a plus de pansements à faire. Et puis, les patients ne vont presque plus chez leur médecin traitant, du coup, plus de prises de sang, non plus. Notre département, pour l'instant, est assez préservé par le covid-19, donc on a moins de prise en charge à domicile."
 
Désinfection totale avant et après chaque patient.
Désinfection totale avant et après chaque patient. © FTV


Un nouveau rituel après une journée de travail

Quand Vincent Caruel rentre du travail, il se lave les mains et procède au nettoyage de sa voiture et de son téléphone portable avec un produit désinfectant. "Je nettoie les parties de mon véhicule que je touche le plus. Le volant, le bouton de la radio, le levier de vitesse, le frein à main et la poignée de porte. C'est indispensable de prendre toutes ces mesures pour ma famille. Ce sont des choses qu'on ne faisait pas avant." Ensuite, l'infirmier passe pas un petit sas de décontamination, créé, dans son garage. 

A chaque fois qu’on rentre du travail, mon épouse qui est également infirmière libérale, ou moi, on se déshabille. On ne garde que les sous-vêtements. Puis on monte prendre une douche, on va se laver, sans croiser personne dans la maison, sans embrasser les enfants par sécurité.
-Vincent Caruel, infirmier libéral


Les habits sales et potentiellement "contaminés" sont déposés dans des sacs. Le linge est lavé à part. 
 
La désinfection du véhicule de service est devenu un nouveau rituel pour cet infirmier libéral dans les Ardennes.
La désinfection du véhicule de service est devenu un nouveau rituel pour cet infirmier libéral dans les Ardennes. © FTV


Où sont les masques ?

Vincent, comme ses confrères du milieu médical a attendu longtemps les fameux masques. "C'est le nerf de la guerre et on commence seulement à être équipé correctement. On commence à nous fournir des masques FFP2. Le coronavirus se propage par voie aéroportée, par les gouttelettes, quand on parle. Il n'y a que le masque FFP2 qui assure cette double protection. Si je suis porteur du virus, il va protéger les autres, si les autres sont porteurs, il va me protéger. Ça a été très compliqué de les avoir, on a essentiellement été approvisionné par la Préfecture mais des masques chirugicaux, dans un premier temps. Ce n'était pas convenable. 

Dans un second temps, on nous a donné des masques périmés. On a beau nous dire qu’ils sont encore valables, on peut légitimement avoir des doutes.
- Vincent Caruel, infirmier libéral


Depuis deux-trois jours, on nous donne des masques FFP2 en petite quantité, et on se sent plus en sécurité." Bien, mais encore insuffisant pour Vincent. "Pour prendre en charge à domicile un patient du covid, il nous faudrait une charlotte, des surblouses, des protections au niveau des chaussures. Pour l'instant, on ne l'a pas. On nous le donnera peut-être le jour où on prendra vraiment en charge ces patients contaminés". 

Mais les personnels soignants peuvent aussi compter sur la générosité de leurs patients. Vincent a reçu des masques en provenance d'Asie. "Ils viennent directement de Chine, une patiente les avait et nous en a offert quelques-uns par solidarité. Ils sont tout à fait utilisables, ils ne sont pas périmés. Ça fait plaisir."
Vincent se change du haut en bas en revenant de son travail. Sans croiser ses enfants, il monte prendre une douche tout de suite.
Vincent se change du haut en bas en revenant de son travail. Sans croiser ses enfants, il monte prendre une douche tout de suite. © FTV


Une cagnotte pour les familles des soignants décédés du Covid-19

Vincent pense à ses collègues à l'hôpital. En première ligne. "Je leurs tire mon chapeau. Eux sont vraiment en contact 24/24 avec les patients du coronavirus. Je voudrais vraiment les féliciter. C’est grâce à eux que la France tourne actuellement et qu’on sauve des vies." Des héros du quotidien. Des héros parfois malmenés. Mal traités. "J'ai été outré, comme beaucoup, par le fait que des collègues libéraux, par exemple, aient été agressés, que leur voiture ait été cassée, tout cela pour voler du matériel. Certains considèrent, parfois, le personnel soignant comme des pestiférés. On les invite à déménager ou à garer leur véhicule plus loin, par peur. Car, ils seraient porteurs du virus, c'est vraiment n'importe quoi." 
 

Par solidarité, avec d'autres amis du corps médical, Vincent a créé une cagnotte pour aider les familles des soignants qui ont perdu la vie à cause du coronavirus. Ce 11 avril, 1.315 euros ont été collectés. "On fait un appel aux dons. Pour nous, ce sont des héros, comme les policiers lors des attentats terroristes. Ils méritent vraiment notre soutien. Cette cagnotte, elle est d’abord pour eux, mais selon l’argent récolté, on peut imaginer qu’une partie soit reversée aussi aux collègues libéraux qui se sont fait agresser, qui ont eu des frais avec leur véhicule cassé ou l’achat de matériel. Mes collègues hospitaliers sont au coeur de la crise. Ils méritent leur prime. Il ne faudra pas les oublier. Comme on a peut-être pu le faire pour les forces de l'ordre après le terrorisme. Les félicitations ne doivent pas durer un mois ou deux et après on en parle plus. Il faudra que ça bouge à l'avenir, que les budgets soient à la hauteur pour équiper l'hôpital, pour faire face." 

 
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