Coronavirus : des milliers de visières et des centaines d'hygiaphones produits en urgence dans les Ardennes

Le métier d'imprimeur numérique ne connaît pas la crise malgré les mesures sanitaires strictes. Une société de reprographie de Charleville-Mézières dans les Ardennes croule sous les milliers de commandes de visières et d'hygiaphones de protection contre le Covid-19.
Les nouveaux outils de découpes numériques permettent la production des visières de protection et des hygiaphones très demandés par les professionnels et le public en ce moment
Les nouveaux outils de découpes numériques permettent la production des visières de protection et des hygiaphones très demandés par les professionnels et le public en ce moment © Daniel Samulczyk / France Télévisions
En ce vendredi 3 avril, j'avais une centaine de photocopies à faire pour l'étudiant de la famille qui croule sous les devoirs. Il doit y avoir un esprit dans les imprimantes de bureau, car la mienne, semblait renoncer à la tâche, à la simple vue du paquet de copies à faire.
Qu'importe, ce sera donc à un professionnel de la repographie de Charleville-Mézières que je confirai la commande : l'entreprise Sopaic repro
Avec du recul, on regretterait presque de n'avoir pas stocké des cartouches d'encre et des ramettes de papier, plutôt que des pâtes!

3000 commandes de visières par jour

Le parking est étonnement vide ce matin là devant l'imprimerie. La clientèle de particuliers habitués des lieux est absente. Le confinement produit ses effets, seuls quelques professionnels d'entreprises sont là.
Passé la porte, l'ambiance est tout autre. Le téléphone sonne sur deux postes de travail, les ouvriers sont derrière les machines assourdissantes, les imprimantes crachent des mètres de papiers, et le directeur est en renfort.
Quand l'assistance 3D et l'impression numérique sont au service de produits de protection contre le virus
Quand l'assistance 3D et l'impression numérique sont au service de produits de protection contre le virus © Daniel Samulczyk / France Télévisions

A trois mois de la retraite, Stéphane Dupuis est en plein activité. La pandémie de coronavirus lui fait faire un sacré virage, et bouscule ses différents modes de production. Il a fallu s'adapter et trouver les bonnes idées du moment. 
" Les gens viennent chercher directement des visières de protection pour les yeux, le nez, et la bouche ! " me crie-t-il au milieu des installations, dans la grande salle.
Stéphane Dupuis, l'imprimeur, a changé son logiciel de production habituel, pour s'adapter à la demande sanitaire
Stéphane Dupuis, l'imprimeur, a changé son logiciel de production habituel, pour s'adapter à la demande sanitaire

L'homme s'empresse de donner quelques consignes à ses techniciens en pleine découpe numérique et il revient :
" Ici, on produit 2000 visières par jour, c'est moins que la demande. On a eu l'idée de cet objet grâce à une amie infirmière qui est venue dernièrement, complétement paniquée, car elle devait être sur le front avec ses patients.
Elle n'avait aucune protection, alors, on lui a présenté un prototype de visière qui a fait l'unanimité depuis. C'est formidable pour nous ! "

"On a démarré la production la semaine dernière pour les médecins, les infirmières, le particulier, les ouvriers dans les usines. On est à 3000 demandes par jour actuellement, alors, on envisage de faire revenir deux ouvriers et de passer en 2 x 8 ( deux équipes qui se succèdent par roulement de huit heures"
Stéphane Dupuis, directeur entreprise Sopaic. Charleville-Mézières

 



Bientôt, une commande de 10 000 unités

Dans un bureau de la société, Maxence Dupuis, le fils, copie conforme de son modèle, déploit la même énergie au téléphone. Les commandes de particuliers passées sur Facebook explosent. Le temps de le dire, il remplit une page de coordonnées et en informe ses collègues.
" Ça n'arrête pas ! " s'exclame-t-il entre deux interventions.
L'heure n'est plus à faire simplement de la reprographie pour l'entreprise, de nouveaux produits sont dans les cartons
L'heure n'est plus à faire simplement de la reprographie pour l'entreprise, de nouveaux produits sont dans les cartons © Daniel Samulczyk / France Télévisions
Il faut dire que l'idée a fait son chemin. Les visières des imprimeurs commencent à intéresser les professionnels de santé.
Le CHU de Reims vient de demander à Stéphane une dizaine de prototypes pour validation. Si le produit correspond aux exigences, c'est une commande de 10 000 pièces supplémentaires pour la société en ébullition.
" En attendant, on a une grosse partie des industriels ardennais qui nous en commandent par 200, 300, 500 ! " me confie le directeur, sourire aux lèvres.
La visière réalisée en deux parties, avec son support découpé à la machine numérique, et le plastique de protection
La visière réalisée en deux parties, avec son support découpé à la machine numérique, et le plastique de protection © Daniel Samulczyk / France Télévisions
 

Des hygiaphones 100 % ardennais

Si le simple plastique de la visière ne suffit pas, il y a l'arme absolue du moment : l'hygiaphone.
C'est cette séparation en plexiglas de 5 millimètres d'épaisseur, qui a transformé depuis une semaine, le comptoir de votre boulangère en guichet de banque.
La protection est redoutable et vous garde à bonnes distances de tous postillons.
Stéphane Dupuis n'en avait jamais fabriqué jusqu'à ce jour. Depuis, la cadence de découpe n'arrête pas, les commandes ont décollé.
L'hygiaphone, une simple plaque de plexiglas transparente, un premier rempart contre l'épidémie de Coronavirus
L'hygiaphone, une simple plaque de plexiglas transparente, un premier rempart contre l'épidémie de Coronavirus © Daniel Samulczyk / France Télévisions

" C'est à la demande des pharmaciens au départ, qu'on a commencé à fabriquer des hygiaphones ! " me rappelle-t-il en me montrant l'objet.
" C'est un modèle standard pour que ça ne coûte pas cher, et afin qu'on puisse en faire le plus possible. Il s'agit d'un plexiglas usiné. On a fait deux pattes pour le support, et il y a un trou en bas pour passer les médicaments et les ordonnances. C'est une protection entre les assistants en pharmacie et les clients".

"On en envoie 40 pièces par jour dans la Champagne-Ardenne, et maintenant, sur la France entière. On en fait pour les boulangers, les charcutiers, des pôles de santé, des médecins, des labos.
Ça représente 30 % de notre activité en ce moment".
Stéphane Dupuis, directeur Sopaic Charleville-Mézières

Des efforts de réaprovisionnement ont été annoncés ces jours-ci par l'état, pour être encore plus efficace contre le Coronavirus.
Dans les prochains jours, peut-être sera-t-il plus facile de se  procurer des masques, du gel hydroalcoolique, ou d'autres protections utiles aux gestes barrière. 
La visière, une alternative pour lutter contre la contamination du Covid-19 , d'après les concepteurs
La visière, une alternative pour lutter contre la contamination du Covid-19 , d'après les concepteurs © Sopaic repro Charleville-Mézières

 
Comment se procurer les visières
Pour l'heure, les visières ardennaises sont déjà disponibles sur internet, ou directement chez la société d'imprimerie à Charleville-Mézières.
Celles-ci sont vendues :  5 euros HT ( TVA 20 %)  de 1 à 50 pièces
                                       4 euros de 51 à 150
                                       3 euros  + de 150
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