Industrie : une usine de vis relocalise sa production en France et crée des emplois

Dans les Ardennes, à Thelonne, l’entreprise Vynex a décidé de rapatrier en France la fabrication de ses vis de grandes dimensions très prisées des professionnels. Jusqu’à présent, la production se faisait à Taïwan, mais la société ardennaise a décidé de sécuriser ses approvisionnements dans un contexte international tendu. Un choix qui a déjà permis de créer une dizaine d’emplois.

Au cœur de l’usine de Thelonne, dans les Ardennes, de longues vis, petits bijoux de recherche et développement, sortent sans discontinuer de la toute nouvelle ligne de production inaugurée ce mercredi 15 mai 2024. Mise en fonction depuis janvier, elle permet de fabriquer un million de vis par semaine. Des vis, nommées Rocket, qui finiront un jour dans la charpente d’un toit ou dans la construction d’une maison à ossature bois.

La marque, leader sur le marché, est donc le fleuron de l’entreprise Vynex, rachetée il y a deux ans par le groupe allemand Suki. En 2022, alors que venait tout juste de s’enclencher la relocalisation de la production, elle représentait déjà la moitié de la marge générée par la société ardennaise, confiait Jean-Louis Fontaine, alors directeur technique et des approvisionnements de l’usine de Thelonne à nos confrères de Matot-Braine.

De Taïwan à Thelonne

Mais à l’époque, ces vis étaient fabriquées à l’autre bout de la planète, à Taïwan. Or, en 2022, le monde commence tout juste à se relever de la pandémie et de toutes les conséquences économiques qu’elle a générées : ralentissement de la production en Asie ou encore, blocage des transports internationaux.

"Ça faisait très longtemps qu’on se posait la question de rapatrier la production, se souvient Hervé Hacot, directeur général de Vynex. Avoir sa marque qui est fabriquée à 10 000 km alors que la santé de l’entreprise en dépend fortement, ce n’est pas très sûr. Donc, on souhaitait pouvoir rapatrier d’un point de vue stratégique. Il a fallu le covid et le plan de relance qui nous a permis d’avoir le soutien de l’état et de la région pour réaliser les investissements nécessaires".

Résultat, la société centenaire, spécialisée depuis les années 20 dans la distribution de vis, de clous et de boulons, maîtrise désormais la fabrication d’une partie de ce qu’elle vend.

Une montée en puissance de la production

Les toutes premières machines arrivent donc en décembre 2022 sur le site ardennais, puis vient le four, en 2023. En début d’année, les dernières machines finissent de compléter la nouvelle ligne de fabrication des vis Rocket de 100 mm et 400 mm, une fabrication en quatre étapes. "C’est un axe stratégique de la société Vynex, souligne Olivier Parent, responsable de production. L’idée, c’est de pouvoir maîtriser toutes les étapes de fabrication de notre vis, et de pouvoir adapter le produit à nos clients. Depuis 30 ans, la vis Rocket était fabriquée en Asie avec des fournisseurs privilégiés. Cette année, nous avons pour projet de fabriquer 600 tonnes par an, ce qui représenterait 25% de la production totale de Rocket en poids".

Une production importante, pour laquelle il a fallu embaucher une dizaine de personnes, qui se relaient 24/24 pour approvisionner le marché. Mais les retombées vont au-delà, puisque le traitement de surface des vis et le conditionnement sont sous-traités au niveau local, et permettent de générer de nouvelles activités et d’enrichir la filière industrielle ardennaise. 

Une nouvelle étape vers une réindustrialisation des Ardennes

"C’était une réelle opportunité, explique Hervé Hacot. On a un environnement local favorable, à la fois dans notre capacité à trouver des gens pour travailler dans l’industrie – ce n’est pas évident partout, mais dans les Ardennes, c’est possible – mais aussi pour trouver les partenaires qui vont nous permettre d’assurer notre activité et de compléter notre outil industriel". Et le directeur d’ajouter : "Oui, il y a eu beaucoup de désindustrialisation dans les Ardennes, mais c’est peut-être une étape qui est désormais terminée".

Le savoir-faire en tout cas, se développe à Thelonne, dix emplois ont déjà été créés, peut-être plus dans les années à venir. "Le but du jeu, conclut Hervé Hacot, c’est d’être capable de faire beaucoup de développements techniques, de plus en plus sophistiqués, de meilleure qualité et qui répondront au fur et à mesure à des besoins croissants du marché".

Trois millions d’euros ont été investis dans cette toute nouvelle unité de production. Dans les Ardennes, Vynex compte près de 200 salariés, répartis sur trois sites, à Thelonne, Donchery et Blagny.