Coronavirus : des entreprises ardennaises se reconvertissent pour lutter contre le virus, leurs commandes explosent

La pandémie de covid-19 qui sévit depuis plus de deux mois a stoppé net l'activité et la production de centaines d'entreprises dans tout le Grand Est. Pour rebondir et survivre à la faillite, des sociétés ardennaises ont trouvé la belle idée, leur carnet de commandes se remplit à nouveau. 

L'arrêt brutal de l'activité de nombreuses entreprises pendant le confinement a stimulé l'ingéniosité des ingénieurs. De belles idées sont sorties des cartons pour continuer à travailler
L'arrêt brutal de l'activité de nombreuses entreprises pendant le confinement a stimulé l'ingéniosité des ingénieurs. De belles idées sont sorties des cartons pour continuer à travailler © Daniel Samulczyk / France Télévisions
Si en préambule au confinement de mars dernier, le Président de la République parlait à plusieurs reprises d'"une guerre contre le virus", la bataille des Ardennes semble contenue dans l'esprit de plusieurs chefs d'entreprises. Après la sidération de ce coup de frein économique sans précédent, il fallait retrouver un semblant d'activité. Mieux, repartir sur de nouvelles productions et même se réinventer. C'est ce qu'ont tenté avec succès quelques sociétés ardennaises installées dans un triangle géographique autour de Carrignan, à l'est du département.


Le test barrière, un bon geste

Pour Fabrice Bonotti, directeur de la société Avelec, fournisseur de solutions en électronique industrielle, à Douzy dans les Ardennes, tout s'est arrêté le 17 mars 2020 au matin. En arrivant dans son bureau ce premier jour de confinement, il mesure en quelques minutes les dégâts de cette nouvelle restriction.
 
Inventer une barrière sanitaire électronique anti-Covid 19 : c'est cette innovation qui va aider l'entreprise Avelec à maintenir son activité
Inventer une barrière sanitaire électronique anti-Covid 19 : c'est cette innovation qui va aider l'entreprise Avelec à maintenir son activité © Daniel Samulczyk / France Télévision

Le téléphone sonne d'habitude de manière ininterrompue à son arrivée, et là, plus rien. Plus une seule commande, plus de clients, un calme mortifère s'installe dans les bureaux de son entreprise. La gorge serrée, il revient sur cette période d'angoisse et de doute : "On a eu peur, on a vu nos commandes baisser de 75% en une seule journée !" rappelle-t-il. "C'était un bouleversement, une grosse inquiétude. Il a fallu s'adapter très vite. Au départ, c'est un industriel qui a appelé, il avait besoin de protection sanitaire. On s'est mis en œuvre pour développer une solution".

Habituellement, on fait de la réparation de systèmes électroniques industriels, et là, on a voulu répondre au besoin sanitaire. C'est un pari. On s'est mobilisé pour fabriquer cette barrière sanitaire.
- Fabrice Bonotti, directeur Avelec Douzy (Ardennes)


" L'idée, c'était pour les transporteurs qui arrivent dans les usines par exemple, de les obliger à se désinfecter les mains avec du gel hydroalcoolique, en ayant la bonne dose, sans contact, avec des capteurs et des feux tricolores qui régulent l'entrée. Ça oblige une personne à se laver les mains. Le voyant est rouge, vous ne pouvez pas entrer, vous vous désinfectez. Pendant ce temps un petit film sur l'écran vous rappelle les consignes, et ensuite le voyant vert vous autorise le passage. C'est une barrière immatérielle en quelques sortes."

 
Les techniciens de la société Avelec mettent au point leur dernière machine : une borne sanitaire qui filtre les entrées
Les techniciens de la société Avelec mettent au point leur dernière machine : une borne sanitaire qui filtre les entrées © Daniel Samulczyk / France Télévision


Le directeur du site poursuit ses explications : "le Covid-19 nous a appris à être agiles et réactifs en cas de besoin. C'est une première pour nous à ce niveau-là".

C'est un changement de métier. En un rien de temps, on a complètement inventé un système qui n'existe pas sur le marché, et on avait quinze jours de délai pour le faire. On a travaillé non-stop soirs et week-ends, mais c'est pour la protection de tous.
- Fabrice Bonotti, directeur société Avelec Douzy (Ardennes)


"On a créé le miracle"

À quelques kilomètres de Douzy, dans le petit village d'Angecourt, un autre chef d'entreprise vit la même métamorphose économique. Olivier Wéry, 51 ans, directeur de la société TSC (Textiles Synthétiques Cardés), a tiré le rideau sur son activité principale : la fabrication de couettes, de jetées de lits, d'oreillers et de tentures. Depuis 1989, il produisait ses tissus et ses coussins pour le monde de l'hôtellerie et des maisons de retraite, mais tout est arrêté depuis le 17 mars dernier.

" Notre activité principale est morose et elle va l'être encore un certain temps" ! confie-t-il un peu désabusé. "Nos clients habituels n'ont pas la tête à l'investissement et la rénovation des rideaux. Les établissements hôteliers ont fermé, ils n'ont plus les moyens de rénover. Ça pourrait revenir en 2021 seulement".
 
Olivier Wéry, directeur de TSC Angecourt, a dû, lui aussi, trouver de nouvelles perspectives de développement pour son entreprise
Olivier Wéry, directeur de TSC Angecourt, a dû, lui aussi, trouver de nouvelles perspectives de développement pour son entreprise © Daniel Samulczyk / France Télévision

Olivier Wéry a pris un véritable virage pour le bien ses salariés. Dès le mois d'avril, 14 sont revenus travailler à la confection de masques en tissu. De fil en aiguille, l'idée de se lancer dans une division médicale et de fabriquer des blouses a suivi. Une première machine commandée en urgence arrive dans la foulée et le miracle se produit : le travail reprend.
 
 

Il revient sur la montée en puissance de sa nouvelle activité : " J'ai recruté 20 salariés. Il y a désormais deux équipes de production de blouses depuis trois semaines. On produit plus de 2.000 blouses jetables par jour pour le médical. Ce sera pour les hôpitaux des Ardennes, le CHU de Reims, et de plus en plus de clients qui arrivent. On va augmenter la production dans les semaines qui viennent".

Pour l'instant, avec la première machine de pliage, on fabrique 50.000 masques chirurgicaux par jour. La deuxième ne va pas tarder. Elle va produire encore plus pour arriver à terme à 150.000 masques jetables au bout d'un mois de réglages.
- Olivier Wéry, directeur TSC Angecourt

 
Des masques chirurgicaux " Made in Ardennes" fabriqués en parallèle de l'activité première de l'entreprise, en soutient économique
Des masques chirurgicaux " Made in Ardennes" fabriqués en parallèle de l'activité première de l'entreprise, en soutient économique © Daniel Samulczyk / France Télévision

L'enthousiasme du chef d'entreprise est monté aux oreilles de l'ARS, (l'Agence Régionale de Santé) qui vient de passer une commande de 750.000 masques. La chambre des Métiers des Ardennes, quant à elle, attend ses 80.000 unités. Les commandes affluent de toutes parts. "On a trois millions de masques à faire ! " s'exclame le directeur, du bonheur dans la voix. "On a les stocks pour en produire 10 millions et de gros clients arrivent. Ce sont trois à quatre millions de masques qui sortiront à terme d'ici chaque mois."

Si on n'avait pas fait cette activité, on se serait dirigé tout droit vers un redressement judiciaire inévitable. Il faut savoir s'adapter, investir en matériel et créer le miracle. Aujourd'hui, la pandémie, c'est une réalité. En tant que chef d'entreprise, il faut savoir faire la bonne équation.
Olivier Wéry, directeur TSC Angecourt. Ardennes


"C'est une production française, un circuit-court. On peut fabriquer dans les Ardennes" ajoute Olivier Wéry. Une production non délocalisable, un savoir-faire et des compétences qui se trouvent sur le territoire ardennais.
 


Des astuces contre le virus

Les bonnes idées de reconversion ont traversé les campagnes. On commence à s'intéresser à ces entrepreneurs inventifs dont les carnets de commandes sont insolemment bien remplis. A Mouzon, la ville voisine, l'entreprise Arden Plast, spécialisée dans les solutions spécifiques de protection et d'emballage, a soif, elle aussi, de réussite. Ces concepteurs et fabricants de boîtes en tout genre semi-rigides, pliables, réutilisables et recyclables, ont également bousculé leurs habitudes.
 
Trois formats de séparateurs de postes de travail sont désormais fabriqués chez Arden Plast à Mouzon dans les Ardennes
Trois formats de séparateurs de postes de travail sont désormais fabriqués chez Arden Plast à Mouzon dans les Ardennes © Daniel Samulczyk / France Télévision

Désormais, en ces temps de léthargie commerciale, ce sont des kits de séparation de postes de travail qui sortent des ateliers. Des cloisons en quelque sorte. Une belle idée pour revaloriser la matière première de leur stock et offrir au passage, une protection anti-covid-19.

Cette production complémentaire et bienvenue ne remplace pas la perte du chiffre d'affaires, mais prouve, une fois de plus, qu'il est possible de retrouver de l'activité durant cette période incertaine. Cette entreprise tente de nouvelles expériences innovantes, en attendant la reprise du travail pour tous. Voilà trois beaux exemples de reconversion en temps de crise que l'Etat a voulu saluer. Le préfet des Ardennes a visité les trois sites et a tenu à saluer ces initiatives. 
 
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