Harcèlement scolaire : "c'est une lutte quotidienne", explique une infirmière scolaire

Le sujet du harcèlement scolaire a récemment fait de nouveau la une de l'actualité avec plusieurs suicides d'adolescents. Estelle Brousmiche exerce le métier d'infirmière scolaire dans les Ardennes. Elle est en première ligne pour écouter les jeunes. Elle réclame des moyens supplémentaires pour pouvoir mieux les accompagner.

Estelle Brousmiche est infirmière scolaire dans les Ardennes, dans le secteur de Rethel. Elle partage son temps entre collège et école primaire. La lutte contre le harcèlement scolaire est l'une des nombreuses missions qu'elle exerce au quotidien.

Elle a une dizaine d'années de métier et a toujours eu à faire face, avec le reste de l'équipe pédagogique, à des cas de harcèlement entre des élèves. Mais depuis quelques années, elle dit avoir vu une transformation, en lien avec les réseaux sociaux. "Les réseaux sociaux font que ça prend des proportions des fois inquiétantes", dit-elle.

La vigilance doit être permanente pour tenter de désamorcer les choses avant qu'elles ne prennent une ampleur trop importante. "Le harcèlement a différentes conséquences : perte d'estime de soi, dépression, sans forcément toujours arriver malheureusement au drame. C'est une lutte qui doit être quotidienne et il faut agir en collectif. C'est pour ça que notre rôle est essentiel dans la communauté éducative", explique l'infirmière scolaire.

Le harcèlement doit être prévenu sous toutes les formes, les plus quotidiennes, les moins apparentes, parfois les plus banalisées au quotidien. Que ce soit une insulte, une injure, on a un rôle à jouer par rapport à ça.

Estelle Brousmiche, infirmière scolaire

Des problèmes peuvent naître sur les réseaux sociaux et déborder à l'école. Des harcèlements peuvent débuter au sein de l'établissement scolaire, et se poursuivre en ligne. "On ne peut pas le gérer seul. Donc il y a un travail nécessaire de collaboration au sein de l'équipe éducative, mais aussi avec les partenaires extérieurs, comme la justice", précise Estelle Brousmiche. "On ne peut pas être que dans le répressif, il faut faire de la prévention."

Une lutte collective au quotidien

Parmi les cas récents de harcèlement, elle cite l'exemple d'une élève qui n'était pas aussi joyeuse que d'habitude. C'est une accompagnante d'élèves en situation de handicap (AESH) qui est venue en parler à l'infirmière. Elle a alors reçu la jeune fille en entretien. "Elle a tout déballé. Des insultes, des incitations à ne plus venir à l'école… Personne n'était au courant, ni sa famille, ni l'équipe éducative. Sauf que ça avait lieu depuis la reprise des vacances d'avril", raconte-t-elle.

Mais dans sa carrière, les cas les plus graves ont pu déboucher sur une saisie de la justice pour du harcèlement à caractère homophobe, cette fois-ci en lycée.

On a une relation privilégiée avec les élèves puisqu'on leur offre une consultation infirmière qui est libre, gratuite, confidentielle. C'est vraiment un lieu d'écoute.

Estelle Brousmiche, infirmière scolaire

Estelle Brousmiche est également secrétaire dans l'académie de Reims du syndicat SNICS-FSU, syndicat majoritaire des infirmiers et infirmières de l'Éducation nationale. À ce titre, elle réclame des moyens supplémentaires pour exercer son métier dans de meilleures conditions et accompagner au mieux les élèves.

Les syndicats demandent des moyens supplémentaires

Son syndicat estime ainsi qu'il faudrait au niveau national 15 000 postes supplémentaires, pour que chaque infirmière (le métier est essentiellement féminin) soit chargée d'environ 500 élèves. Aujourd'hui, la situation est variable selon les secteurs, mais les 7 800 infirmières scolaires de France doivent gérer entre 1 200 et plus de 2 000 élèves, explique-t-elle.

"En France, on effectue à peu près 18 millions de consultations infirmières par an au niveau des établissements scolaires. Pour donner un ordre d'idée, il y en a 21 millions chaque année au niveau des urgences", rappelle l'infirmière. 

Par ailleurs, la profession qui dépend du ministère de l'Éducation nationale et non de celui de la Santé, n'a pas bénéficié des revalorisations du Ségur de la santé. "On a beaucoup de mal à remplacer nos collègues, parce que les infirmières préfèrent aller voir ailleurs, car malheureusement, c'est mal payé."

Dans les Ardennes, mais aussi dans d'autres départements de l'académie, on a des infirmières qui ne sont pas remplacées, certaines depuis un an. 

Estelle Brousmiche, infirmière

Une campagne de prévention à la rentrée

Le ministre de l'Éducation nationale, Pap Ndiaye, a annoncé jeudi 13 juin la mise en place d'une grande campagne de prévention à la rentrée de septembre. Celle-ci se déclinera à la fois à la télévision, sur les réseaux sociaux et par voie d'affichage, a indiqué son entourage à l'AFP. Avant cela, il avait appelé les collèges à organiser une "heure de sensibilisation" dès cette semaine dans toutes les classes. 

Ce moment devait être l'occasion de "passer de nouveau des messages sur les risques des réseaux sociaux" et de permettre que chaque élève "parte en vacances en ayant parfaitement en tête les numéros" d'urgence 3018 (cyberharcèlement) et 3020 (harcèlement scolaire). "On attend que derrière l'effet d'annonce, des moyens soient mis en place", indique Estelle Brousmiche. 

En avril dernier, France 2 avait consacré un documentaire au métier d'infirmière scolaire. Le film, réalisé par Delphine Dhilly et tourné dans l'Aube, avait été diffusé dans la case Infrarouge. Il est toujours disponible en replay jusqu'en juillet 2023.

Selon le référent harcèlement au sein de l'académie de Reims, Yannick Peran, interrogé sur France Bleu ce 14 juin, "entre 6 et 7 % des élèves sont harcelés aujourd'hui".

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