Le gouvernement veut réautoriser les chasses traditionnelles, comme la tenderie aux vanneaux dans les Ardennes

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Écrit par Matti Faye

Une consultation publique est en cours jusqu'au 10 août concernant un projet d'arrêté encadrant la tenderie aux vanneaux. Cette méthode de chasse traditionnelle pratiquée dans les Ardennes avait été interdite par le Conseil d'État, puis de nouveau autorisée, avant d'être une nouvelle fois suspendue.

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La tenderie aux vanneaux est au cœur d'une bataille juridique qui dure maintenant depuis plusieurs années. Cette méthode de chasse dans les Ardennes utilise des filets pour piéger des oiseaux. Elle est pratiquée dans une quinzaine de communes autour de Rethel et de Vouziers, le long de la vallée de l'Aisne dans le sud des Ardennes.

En août 2021, le Conseil d'État, la plus haute juridiction administrative française, a interdit cette pratique en expliquant notamment qu'elle était contraire au droit européen. Il avait été saisi par deux associations, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) et One Voice.

Le gouvernement a ensuite proposé, en octobre 2021, une nouvelle rédaction de l'arrêté qui encadre cette chasse particulière. Mais le texte a été une nouvelle fois attaqué en référé et suspendu par le Conseil d'État. "Après cette première décision rendue en urgence, le Conseil d’État statuera au fond sur les recours contre ces arrêtés dans les prochains mois", précisait alors l'institution.

"Ça n'impacte aucunement la dynamique de l'espèce"

Une consultation publique a été lancée le 21 juillet 2022. Accessible sur le site du ministère de la Transition Écologique, elle permet de consulter une version amendée de l'arrêté qui encadre les tenderies aux vanneaux huppés et aux pluviers dorés. La consultation s'achève le 10 août mais accumule déjà plus de 3 000 commentaires.

Outre la tenderie aux vanneaux, le gouvernement a également lancé des consultations sur "la capture de l’alouette des champs au moyen de pantes" (filets) en Gironde, dans les Landes, le Lot-et-Garonne et les Pyrénées-Atlantiques, ainsi que la capture d'alouettes des champs à l'aide de matoles (cages) dans les Landes et le Lot-et-Garonne.

Dans les Ardennes, il promet la mise en place de nouvelles mesures réglementaires, notamment "le suivi d’une formation pour les pratiquants", la "réalisation de contrôles par les agents" ou encore des "obligations permettant d'éviter toute souffrance animale".

Loris Savart, le président d'Ardennes gibier d'eau, a participé à la consultation. Lui défend ces chasses qu'il qualifie de "patrimoniales". Il rappelle que le quota annuel d'animaux capturés lors de ces chasses est de 1 200 individus. Un chiffre peu important au regard du nombre de vanneaux huppés chassés de manière plus classique au fusil partout en France. On en comptait par exemple environ 100 000 sur la saison 2013-2014, selon des données relayées par l'Office français de la biodiversité. "1 200 oiseaux par an, ça n'impacte aucunement la dynamique de population de l'espèce", affirme-t-il.

Étienne Clément, président de la LPO Champagne-Ardenne, n'est évidemment pas sur la même longueur d'ondes. "On ne peut pas légitimer une pratique de chasse uniquement sur son côté traditionnel. Encore heureux que les traditions bougent et évoluent", explique-t-il.

"Rien n'oblige à chasser le vanneau"

"Aujourd'hui, on constate une érosion massive et forte de la biodiversité. Dans ce contexte là, les seules pratiques de chasse qui peuvent se légitimer pour moi, ce sont des chasses de régulation quand des espèces sont jugées en trop grand nombre", poursuit-il. "Là, on est quand même dans le cas d'une chasse loisir. Rien n'oblige à chasser le vanneau."

Les tenderies se pratiquent dans des zones humides où les chasseurs font en sorte d'attirer les volatiles, avec des leurres et des oiseaux vivants. Une fois qu'ils se sont posés sur un banc d'herbe entouré d'eau, les chasseurs déclenchent leurs filets, qui se referment et piègent ainsi les oiseaux. 

Pour Loris Savart, cette pratique permet également de maintenir tout un écosystème. Sans l'implication des vagniolis, ceux qui pratiquent cette chasse aux vanneaux, ces zones humides pourraient ne plus exister selon lui. "Sans les tendeurs, c'est la disparition de quinze zones humides dans les Ardennes [...] En termes de faune et de flore, c'est impressionnant"

C'est un oasis au milieu du désert. Et le jour où ces tendeurs disparaîtront, on aura des champs de maïs.

Loris Savart, président d'Ardennes gibier d'eau

Étienne Clément, de la LPO, partage la volonté de conserver des zones humides. Mais le maintien de ces chasses n'est selon lui pas un préalable pour le faire. "Il y a de nombreuses zones humides qui sont maintenues, indépendamment du fait que ça soit chassé ou non", précise-t-il.

Son association a invité ses adhérents et sympathisants à participer à la consultation publique, sans illusions sur le devenir de leurs écrits. En tout cas, si l'arrêté publié reprend les mêmes justifications que le projet soumis à la consultation, la LPO a déjà prévu de saisir de nouveau la justice. "Dans la mesure où les arrêtés précédents ont déjà été invalidés, la LPO au niveau national sollicitera d'une manière très logique le Conseil d'État pour contester la prise de l'arrêté", précise Étienne Clément.

Le Conseil d'État doit de toute façon se prononcer une nouvelle fois dans cette affaire, pour juger sur le fond l'arrêté d'octobre 2021, suspendu dans l'urgence aussitôt publié.