Sedan : il est sur la piste de la résistante ardennaise qui a sauvé son grand-père pendant la Seconde Guerre mondiale

A la suite de notre article paru la semaine dernière, Mickael Pinot a reçu une quinzaine de mails. Grâce à ces élans de solidarité, il en sait plus sur son grand-père. Il est également sur une piste concernant l'identité de la résistante ardennaise qui a sauvé son aïeul.

A gauche, la photo de la résistante (en tailleur noir) et à droite Mickael Pinot, qui recherche la trace de cette résistante.
A gauche, la photo de la résistante (en tailleur noir) et à droite Mickael Pinot, qui recherche la trace de cette résistante. © FM / FTV

Une bouteille à la mer qui pourrait bien porter ses fruits. Ce vendredi 19 février, soit une semaine après la parution de notre article mentionnant la recherche de Mickael Pinot, le professeur d'histoire-géographie est agréablement surpris. Il a reçu une quinzaine de mails de la part d'internautes, intrigués par son histoire et résolus à lui apporter leur aide ou leur soutien. "Je ne pensais pas que mon histoire personnelle intéresserait autant de personnes", s'émeut-il. Et pour cause, depuis fin janvier, il est en quête de réponses sur l'implication de son grand-père dans un réseau de Résistance ardennais

Comme beaucoup, Jean Pinot n'a jamais beaucoup parlé de son rôle dans la Résistance. Quand nous l'interrogions la semaine passée, son petit-fils nous disait simplement : "Je ne sais pas du tout pourquoi il s'est retrouvé dans les Ardennes. Dans l'article (publié en 1995 dans l'Ardennais, où son grand-père avait lancé un appel à témoin pour retrouver la résistante qui l'avait sauvé en 1943, ndlr), il dit juste qu'il est allé dans les Ardennes pour intégrer un réseau de résistants. Mais je ne sais pas pourquoi."

Il retrace l'histoire de son grand-père...

Une semaine plus tard, Mickael Pinot en sait désormais davantage sur les motivations de son grand-père et sur les raisons de sa venue à Sedan, lui qui vivait dans la Vienne, à plus de 600 km de là. C'est quand Jean Pinot se trouve sur le quai de la gare, prêt à partir pour le Service de travail obligatoire (STO), qu'il décide de s'enfuir à Sedan avec René Masier, rejoindre son frère Alphonse Masier, qui appartenait à un réseau de Résistance dans les Ardennes. 

Une des photos que la famille de Jean Pinot (troisième en partant de la gauche) n'avait jamais vu avant
Une des photos que la famille de Jean Pinot (troisième en partant de la gauche) n'avait jamais vu avant © Document remis

Un peu plus tard, le réseau "Cardot" est dénoncé aux Allemands. Jean Pinot et les frères Masier se savent menacés. Alors qu'Alphonse aurait pu partir avec ses camarades, il pense leur faire gagner du temps pendant que les Allemands s'occupent de lui. Il est arrété et condamné à mort par un tribunal allemand pour avoir reconnu être à la tête de l'organisation. C'est alors que Jean Pinot fuit les Ardennes en 1943 et qu'il rencontre une jeune femme à vélo, qui le prend en charge à l'église de Torcy, à Sedan. Une version de l'histoire qui correspond avec celle que Philippe Lecler a écrite quelques années plus tôt dans un article sur le réseau de Résistance "Masier", qui fait explicitement mention à "Jean Pinot", "aidé par une jeune fille de Torcy qui le conduisit en vélo à Bouillon en Belgique".

Parmi les mails que Mickael Pinot a reçus, c'est celui de madame Peree qui lui en apprend un peu plus sur le rôle de son grand-père pendant la guerre. "Je suis consciente que je ne vous aide pas beaucoup au sujet de cette jeune fille, prévient l'Ardennaise, mais cela vous donne un aperçu du parcours de votre grand-père et explique pourquoi il s'est retrouvé dans les Ardennes (...) Ceci est un premier envoi, je vais ressortir mes documents et voir si je trouve plus de renseignements, le nom de votre grand-père apparait dans la liste des membres du réseau", écrit l'Ardennaise dans son courriel, avant d'ajouter : "Pour l'anecdote, je me souviens être allée à Lussac alors que je devais avoir 7 ou 8 ans, nous avions visité l'usine de votre grand-père et avions, ma sœur et moi, eu le bonheur de recevoir un petit sac !" Jean Pinot, après la guerre, a effectivement tenu une maroquinerie jusqu'à la fin de sa vie.

Des détails qui émeuvent l'enseignant et sa famille. Surtout lorsqu'il reçoit des photos dont personne dans la famille Pinot n'avait eu connaissance, de la part de la fille de René Masier. "Mon père a été très ému de voir ces photos, reconnaît-il. C'est une sensation très étrange de recevoir des photos de la part d'une personne inconnue, où un membre de votre famille apparaît."
 

... et celle de la jeune femme, qui serait une ancienne infirmière

Mickael Pinot en sait plus sur son grand-père, et il est également en bonne voie pour identifier la jeune résistante ardennaise qui a sauvé la vie de son aïeul. A la lecture de notre article, Françoise Boissier, ex-enseignante de lettres, n'a pu s'empêcher de voir des coïncidences avec son histoire personnelle. "C'est l'histoire de son grand-père qui n'était pas terminée, nous confie-t-elle au téléphone. Je veux aider à ce qu'il puisse mettre un point final à cette histoire. Ma grand-mère en parlait tellement, que ça fait aussi partie de l'histoire de ma famille."

Pour la Sedanaise, il ne fait aucun doute que la jeune fille à vélo de l'Eglise de Torcy est Marie-Thérèse Aseglio. Dans le mail qu'elle a adressé à Mickael Pinot, elle affirme avoir "l'intime conviction que celle que vous cherchez, qui a sauvé votre grand-père, c’est ELLE. Comme vous, je me suis toujours dit qu’il n’y avait guère de femmes dans la Résistance ou qu’elles accomplissaient des tâches subalternes. Ce n’était pas son cas, elle devait avoir un rôle important dans le réseau sedanais. La suite de sa vie le prouve."

Sa grand-mère et elle distribuaient du lait aux enfants de la Croix-Rouge dans le quartier. Une activité qui a rapproché la bénévole de Marie-Thérèse Aseglio, alors infirmière. A tel point que la grand-mère de Françoise Boissier connaissait l'appartenance de cette dernière à un réseau de Résistance et son surnom, "Mimi". 

A gauche, la photo que Françoise Boissier a retrouvée, à droite, celle paru dans l'Ardennais en 1995. Pour Françoise Boissier, il ne fait aucun doute qu'il s'agit de la même personne (la femme de gauche tient des lunettes dans sa main).
A gauche, la photo que Françoise Boissier a retrouvée, à droite, celle paru dans l'Ardennais en 1995. Pour Françoise Boissier, il ne fait aucun doute qu'il s'agit de la même personne (la femme de gauche tient des lunettes dans sa main). © Document remis

Dans une publication du journal officiel de juillet 1993, on apprend que Marie-Thérèse Aseglio, "ancienne infirmière" a été faite officier de la Légion d'honneur. "Je pense que Mimi a été une résistante importante, écrit Françoise Boissier. En effet, sa mère nous a appris plus tard qu’elle était infirmière du Général de Gaulle lorsqu’il était à l’Elysée. Il y avait eu un numéro de Paris Match sur la vie du Général, et elle apparaissait sur une photo. Ma grand-mère gardait précieusement le magazine mais hélas je n’ai pu remettre la main dessus après son décès."

Pour l'instant, malgré les différents indices, Mickael Pinot et ceux qui lui ont répondu poursuivent leurs recherches. Galvanisée par cette histoire, Françoise Boissier songe à écrire un livre sur Marie-Thérèse Aseglio. Pour, elle aussi, reconstituer une partie de son histoire familiale.

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