Aube : un cluster au centre de détention de Villenauxe-la-Grande

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Le Syndicat Pénitentiaire des Surveillants dénonce l’existence d’un nouveau cluster qui affecte détenus et personnel de surveillance. Le SPS demande de revoir le protocole sanitaire, à l’intérieur du centre de détention de Villenauxe-la-Grande.

Dans un communiqué diffusé ce dimanche 16 au soir, le SPS s’inquiète notamment, "du mélange sur une même aile des cas positifs, cas contact et négatifs". Le centre pénitentiaire de Villenauxe-la-Grande, dans l’Aube, peut accueillir jusqu’à 600 détenus. Actuellement, un des bâtiments est fermé, pour réfection. Ce sont environ 400 détenus qui sont donc incarcérés. 

Depuis deux ans que la crise sanitaire est apparue, le lieu de privation de liberté n’a pas été épargné par la Covid. Selon le syndicat SPS, qui regroupe Surveillants et Surveillants Brigadiers non Gradés, l’ARS a classé, une nouvelle fois, le centre en cluster. Le centre de détention a déjà été frappé par une telle situation en octobre 2020. De source syndicale trois clusters au moins ont été recensés dans l'établissement.

Les cas se multiplient

Selon le SPS, de nombreux cas sont à déplorer, tant parmi les détenus que parmi le personnel pénitentiaire. Il estime qu'une trentaine de détenus sont positifs et qu'une centaine sont cas contacts. D'autre part, une vingtaine d'agents seraient positifs au Covid.   Le syndicat SPS a demandé que la direction reçoive les organisations syndicales (FO et la CGT sont également présents dans l’établissement) afin de "corriger le tir sur le protocole sanitaire". 

"Depuis une semaine, le service médical est submergé par la réalisation de tests antigéniques, et les cas positifs sont dispersés un peu partout en détention au milieu de détenus qui sont négatifs et cas contacts. Nous sommes particulièrement perplexes devant cette gestion de la direction", écrit le syndicat FO. 

Des demandes précises

Tant que la situation n’est pas marquée par un retour à la normale, le SPS demande notamment de ne plus accueillir de nouveaux détenus. La présence d’encadrement à l’ouverture et à la fermeture des trois bâtiments de l’établissement est aussi revendiquée.

Le SPS s'inquiète des difficultés à isoler les cas positifs. "Ce centre de détention a la chance de disposer d'encellulement individuel, mais au moment des repas et des promenades, les détenus sont mélangés". Le syndicat dénonce le fait que les listes de cas positifs et contacts ne soient pas mises à jour.

La pandémie n’ayant pas épargné les surveillants, le Syndicat Pénitentiaire déplore que "les agents ne soient pas avertis ne leur statut de cas contacts". Pour le bureau local du SPS, cela entraîne une hausse de l’absentéisme et des heures supplémentaires.

Certaines heures acquises en 2021 ont vu leur paiement reporté sur l’année 2022. "Le mois de janvier est gonflé d’heures supplémentaires (plus de 80 pour certains), ce qui entraînera un dépassement de la sainte règle des 108 heures au trimestre".

Le syndicat SPS demande donc " à la direction d’user et d’appuyer de tout son poids pour le paiement des heures supplémentaires au-delà des 108 heures". Une possibilité qui existe "à titre exceptionnel dans d’autres établissements".

De fortes tensions

Assurer le maintien des liens familiaux est une préoccupation. En l'absence de liste à jour, certaines familles se présentent au parloir, indique-t-on de source syndicale, et apprennent souvent, au dernier moment qu'elles ont fait le déplacement pour rien. Cela donne lieu à de fortes tensions. La visiophonie n'a pas été renforcée, selon le SPS qui assure avoir le sens du devoir et poursuit sa mission de service publique.

Pour autant, les agents souhaitent un retour du dialogue avec leur direction. Leur demande de rencontre n'a pas obtenu de réponse. En octobre 2020, un mouvement social avait affecté l'établissement.

Dans le centre de détention de Villenauxe-la-Grande, où sont retenus des condamnés à de longues peines, la réinsertion dans la société est une question à laquelle, les surveillants aimeraient être associés. Les professionnels ne veulent pas être considérés comme des porte-clés.

Renfort des mesures existantes

A Strasbourg, à la Direction inter-régionale des Affaires Pénitentiaires dont dépend le centre de détention de Villenauxe-la-Grande, on indique que la situation est suivie avec une attention particulière, depuis que Santé Publique France a classé l’établissement en cluster, au début du mois de janvier 2022.

Actuellement, sur 127 agents, 15 sont positifs à la Covid. Pour les détenus, on compte 42 cas positifs et 125 confinés sur 362 personnes actuellement incarcérées.

Depuis le début de la pandémie, des mesures avaient été mises en place (respect des gestes barrières, désinfection des locaux, masque en sortie de cellule, et en permanence pour les surveillants, ainsi qu’une aération des locaux et une limitation des regroupements).

Avec le cluster, des mesures complémentaires sont appliquées. Ainsi, si l’accès au parloir a été maintenu, (sauf pour les personnes isolées ou positives), il se déroule avec un dispositif de séparation. Les activités culturelles et sportives sont suspendues, ainsi que les ateliers et formation professionnelle. La promenade est limitée à une heure maximum, en groupe réduit et identique. Il n’y a pas de culte collectif. L’enseignement à distance est maintenu.

Pas de nouveaux arrivants

Hors cluster, le principe, quand un détenu arrive à Villenauxe-la-Grande, c’est qu’il soit mis en quarantaine, dans une aile ou un quartier spécifique, précise la Direction à Strasbourg. A l’issue de la quarantaine, il est testé avant de rejoindre la détention classique, dans la mesure où il est négatif et asymptomatique. La vaccination est proposée et assurée par l’unité sanitaire de l’établissement. La Direction inter-régionale indique que la vaccination est encouragée, au maximum. Mais pendant la durée du cluster, il n’y a pas de nouveaux arrivants, ni de transfert.

L’Administration Pénitentiaire précise que c’est l’unité sanitaire de l’établissement qui assure le dépistage, en permanence pour les détenus ainsi que l’identification des cas contacts. Pour les personnels, les cas positifs sont signalés à l’ARS qui se charge du tracing. "Les situations sont suivies de près", indique-t-on. Les locaux occupés par des personnes malades, comme le linge sont nettoyés, traités selon les recommandations des autorités sanitaires.

"Le dialogue est ouvert" assure la direction qui indique être à la disposition des organisations professionnelles si elles ont des questions. "Les personnels travaillant en secteur Covid, disposent depuis début janvier de masques FFP2. Et pour soulager le travail actuel des surveillants, des postes administratifs ont été réaffectés en détention", tient-on encore à préciser.