Noël sans papi-mamie : paroles de grand-parents, entre prudence et fatalité, "on fera Noël à Pâques"

Alors que le professeur Rémi Salomon, président de la commission médicale d'établissement de l'AP-HP (assistance publique - hôpitaux de Paris) a préconisé mardi 24 novembre de ne pas réveillonner avec "papi-mamie", nous avons demandé leur avis à des grands parents. 
Noël sans rassemblement familiaux, pas si facile pour les grands-parents.
Noël sans rassemblement familiaux, pas si facile pour les grands-parents. © DAVID ADEMAS, MaxPPP
Au menu du réveillon de Noël en 2020, une bûche... coupée en deux. Malgré elles, de nombreuses familles ne seront pas toutes réunies autour de la table et du sapin le 24 ou 25 décembre. Le virus ne fait pas bon ménage avec les repas familiaux. D'où la mise en garde, ce mardi 24 novembre du professeur Rémi Salomon, président de la commission médicale d'établissement de l'AP-HP (assistance publique - hôpitaux de Paris), alors qu'Emmanuel Macron a dévoilé les grandes lignes d'un confinement allégé"On coupe la bûche de Noël en deux et papy et mamie mangent dans la cuisine et nous dans la salle à manger", a préconisé le médecin. 

"C'est un virus qui est dangereux, a rappelé le professeur Salomon. "Il ne faut pas manger avec papi et mamie, même à Noël, même si on a pris des précautions avant." Noël sans famille, après avoir été confiné deux fois en une année, serait un triste moment pour Nicole, une Auboise de 76 ans, grand-mère au grand coeur. "Ça fait mal au coeur, mais il faut préserver sa santé. Je l’ai eu le covid. Dans la famille, on n'habite pas ensemble, mais sur onze personnes, on a été neuf à l’avoir. Ma bru de 32 ans, mon fils 34 ans, mon autre fils de 45 ans, moi, ma petite fille de 12 ans et son frère de 8 ans, et enfin mon mari de 80 ans." Voilà donc pourquoi Nicole va s'adapter cette année. 
 

"Une vie, on n'en a qu'une"

Pour Noël, rien n'est encore prévu pour l'instant. "C’est sûr que de ne pas avoir les petits enfants, c’est une catastrophe, mais si le virus ne redescend pas plus, ça va être encore davantage chacun chez soi. Alors les enfants viendront chercher leur cadeau. Mais c’est une question qu’on n'aborde pas." Un sujet tabou, chez Nicole, mais elle reste philosophe depuis son village d'une vingtaine d'habitants. "Une vie, on n'en a qu'une et on ne sait pas quand elle s’arrête. Mon mari est à risque, donc il faut faire attention. En revanche autour de moi, il y a des gens seuls, une amie qui a 82 ans. Elle ne veut pas recevoir ses enfants. Certains ont peur, donc ils vont être prudents. On est prêt à ne pas faire le repas traditionnel." Depuis son secteur de la plaine des Grands lacs, Nicole apréhende la suite de ce feuilleton du virus. Elle craint que cela ne reparte en janvier. "Ils vont lâcher du lest mais il ne faut pas rêver, en janvier, on est reparti!"

Liliane, habite près de Mailly-le-camp, dans l'Aube également, elle aussi affiche sa prudence. "C’est mal parti, mais c’est la santé qui prime, on peut se voir en visio, on fera Noël à Pâques! lance-t-elle dans un grand éclat de rire. J’ai déjà passé Noël à l’hôpital, je sais ce que c'est que d'être seule." Cette grand-mère de trois petits-enfants n'a rien prévu pour le moment. "Les cadeaux on peut les faire livrer. Je ne les ai pas vus depuis la Toussaint, mes petits-enfants, mais j’ai des échanges avec eux une fois par semaine." Pour elle, l'effort en vaut la chandelle. Et quitte à faire des efforts, autant que ce soit utile. Pour tourner la page une fois pour toute avec ce virus. "Et puis maintenant les enfants sont loin, on s’habitue, à la visio."
 


Mère de deux filles, elle ne sait toujours pas si elle les verra. "Un Noël à deux, avec mon mari, ça ne m’est jamais arrivé. Normalement, on se réunissait aussi avec les frères et soeurs, une trentaine, mais cette année, ce ne sera pas possible. Si on peut avoir nos enfants, ce sera bien. J’aime bien faire à manger mais on fêtera ça plus tard, à force de reculer les échéances on ne va plus avoir assez de week-end." Là encore, grand éclat de rire...

Rémi Cartier, directeur de Familles Rurales Ardennes, lui ne rigole pas du tout. Cette injonction de ne pas réveillonner en famille l'inquiète. "J’ai le cas de ma mère qui a 90 ans. Est ce qu’elle voudra se priver de voir sa famille ? Je ne sais pas. Parfois, la vie est plus forte et, à 90 ans, qu’est ce qu’on a comme envie, si ce n’est de voir les siens, plutôt que de rester confiné seul dans son coin. C’est le point de vue d’un grand-parent, pour qui la vie sociale est importante et la vie en famille aussi. Je me mets à sa place, privé de cette joie à ce moment de Noel…"
 

"Une affaire d'éthique personnelle"

Reprenant la thèse du philosophe André Comte Sponville, qui affirme que finalement, entre vivre isolé et voir du monde, il ferait ce choix d’être avec les siens. Rémi Cartier partage les préoccupations sanitaires et le respect de gens qu’on aime, "Sur le plan institutionnel, je ne peux pas vous dire qu’il ne faut pas respecter les consignes, mais avec les anciens, ça va avoir un impact. On l’a constaté pendant le premier confinement. 

Tout dépend du milieu social. Pour les seniors, ça peut être dur, sans parler des Ehpad, déjà isolé une partie de l’année, renforcer encore une situation d’éloignement, ce n'est pas facile à vivre. Je pense que certains préféreront prendre le risque et leurs enfants aussi, de ne pas respecter cette distanciation à laquelle on nous invite…C’est une affaire d’éthique personnelle. La vie doit être plus forte et on aura des dégâts psychiques et physiques chez certains qui vont se laisser mourir car l’isolement est trop dur. On vit pour partager des moments forts. À 90 ans, c’est quoi l’espérance de vie ? Un Noël, ça compte énormément dans la vie d’une personne de 90 ans, pour elle et pour les enfants".

 

C’est une affaire d’éthique personnelle, que veut-on pour les siens ? Et pour soi ?

Rémi Cartier, association Familles rurales des Ardennes



"Le risque zéro n’existe pas, reprend l'associatif. Il faut le rappeler, on oublie qu’on a toujours vécu avec la grippe, 15.000 morts par an. La pandémie nous fait prendre conscience qu’il faut renforcer les barrières, mais quel est le risque le plus fort : isoler ceux qu’on aime ou transmettre le virus? Donc, prudence extrême oui, mais interdire de se voir, non! Les Ehpad sont autorisés à recevoir des visites malgré le confinement. Avec des mesures draconiennes, on n’a pas eu de cluster violents récemment. L’isolement est un manque relationnel", conclut-il. 
 
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