Jeux Paralympiques : portrait de Margot Boulet, originaire de l'Aube, passée du GIGN à l'aviron

Margot Boulet participera aux Jeux Paralympiques de Tokyo fin août. Nageuse de haut niveau dans l'Aube, ex membre du GIGN, elle a vu sa vie basculer après un grave accident de parachute. Le sport et l’envie de se surpasser lui ont permis de se reconstruire et d'être sélectionnée aux JO.
Margot Boulet entrera en lice le 27 août pour les séries du para aviron en catégorie PR3.
Margot Boulet entrera en lice le 27 août pour les séries du para aviron en catégorie PR3. © Margot Boulet

"C’est une grande fierté de voir notre gamine-là. Elle était au fond du trou, elle a eu ce rebond et ça n’a pas été évident". Avec une pointe d’émotion dans la voix, Patrick Boulet, le papa de Margot, une athlète originaire de l'Aube, explique à quel point la renaissance de sa fille a été un autre parcours du combattant. Le premier fut de réussir son entrée au GIGN, le second de surmonter un grave accident lors d’un stage de parachutisme. "Margot fait partie d’une équipe de « cassés de la vie », mais elle va, ils vont, de l’avant. Notre fierté, elle est là. Ce n’est pas le chrono, ce qui compte c’est l’envie de vivre et de partager cette belle expérience".

 

La compétition dans le sang

A quelques jours de son départ pour Tokyo pour les jeux paralympiques fin août, Margot Boulet termine son stage avec l’équipe de France de para aviron… des fourmis dans les jambes. "Cette fois j’ai hâte d’y être. C’est cette attente avant le départ qui est difficile à gérer". A Le Temple-sur-Lot, sur une des bases nautiques utilisée par la fédération française d’aviron, le travail de fond est terminé et les derniers entrainements vont être axés sur la vitesse.

Margot est engagée en catégorie PR3, sur un bateau avec quatre rameurs et un barreur et avec le chrono en ligne de mire. Etre les meilleurs, se dépasser, se qualifier, se surpasser pour cela, autant de mots qui qualifient cette équipe et qui dans la bouche de Margot prend une saveur toute particulière. Elle est une compétitrice. "C’est ma façon de faire du sport. J’aime avoir des échéances dans la saison, des objectifs intermédiaires". Lorsqu’elle est arrivée en équipe de France de para aviron, "le bateau était déjà qualifié pour les Jeux de Tokyo avec une place à prendre. J’ai accepté le défi pour cela : me qualifier et être collectivement au top". Pourtant en novembre 2019 lorsqu’elle accepte ce nouveau challenge, Margot Boulet n’est jamais montée dans un bateau et ne sait pas ramer.

Un parcours hors norme

Margot a toujours aimé le sport. Nageuse de haut niveau en catégorie espoir, elle devient vice-championne de France cadettes sur 50 et 100 mètres et est demi-finaliste toutes catégories. "J’avais un très bon niveau national en sprint mais je n’ai pas réussi à percer, explique-t-elle. Peut-être que je ne m’en suis pas donné les moyens. Je faisais mes études en licence de biologie à Paris et je faisais de la natation en amateur. Je nageais assez peu. Et peut-être tout simplement que je n’étais pas assez forte".

Sa licence de biologie la mène aux portes de la gendarmerie, où elle rentre à l’école puis est affectée à la sortie, et à sa demande, dans le régiment de cavalerie de la garde républicaine à Vincennes. "J’y suis restée quatre années où je faisais de l’équitation de façon intensive, précise Margot, mais avec l’objectif de faire le maximum de missions en utilisant le cheval. Je suis allée en renfort sur les plages, je suis partie en détachement quatre mois en Nouvelle Calédonie, j’ai réalisé des renforts sécurité aux abords des stades de football à Paris".

Mais la jeune auboise a une autre idée en tête : passer les tests pour entrer au GIGN. "Je les ai réussis du premier coup, dit-elle avec une certaine fierté. Puis ensuite je devais suivre une formation d’un an". C’est à ce moment-là que sa vie bascule. Lors de cette formation, en mars 2017, elle part en stage parachutisme et est victime d’un grave accident. Fractures des vertèbres, cheville en miettes et contusions multiples. Margot est paralysée, temporairement.

 

Une combattante

"Quand on a envie d’aller plus loin tous les jours, la vie est plus facile, reprend Patrick Boulet le papa de Margot. C’était plus dur de rentrer au GIGN que de faire ce qu’elle fait, là, aujourd’hui même si ce n’est pas le même contexte. Quand elle s’engage, ce n’est pas dans la demi-mesure". Et ce fut dur. Margot explique que son corps d’armée lui a laissé le temps pour reprendre la formation qu’elle avait débutée. Mais, si elle a recouvré ses jambes, la 2e hospitalisation l’a laissé sans espoir de devenir, un jour, un membre à part entière du GIGN. "Je savais que je ne pourrais plus courir et pour mon dos, c’est plus sournois encore et invisible. Ce sont des douleurs quasi permanentes. J’ai été stoppée en plein vol, j’ai récupéré et mieux que ce que l’on imaginait".

 

Je ne veux pas dire que le deuil est complètement fait. Il faut savoir vivre avec les séquelles et surtout continuer à vivre.

Margot Boulet, athlète sélectionnée aux Jeux Paralympiques de Tokyo

Margot reprend la natation chez les valides et grâce à ses parents, président et secrétaire du Cercle Aviron Nogentais, le club d’aviron de Nogent-sur-Seine dans l'Aube, la jeune femme entre en contact avec un des entraineurs de la Fédération Française. "Un cadre de la fédération est passé au club pour voir un de nos jeunes rameurs qui marchait bien, raconte Christine, la maman de Margot. Tout en discutant nous avons parlé de notre fille, de son accident. Il nous a dit que son profil l’intéressait". Margot a alors décidé de répondre à la sollicitation.

"En décembre 2019, je fais un test d’entrée, précise Margot, pour qu’il puisse voir mes capacités. C’était sur un rameur. J’ai réalisé un très bon chrono sans le savoir alors que cela faisait deux semaines que j’en faisais". Margot n’était alors jamais montée dans un bateau. "J’ai accepté ce challenge pour voir ce que j’étais capable de faire. Mais je leur ai dit, attention, pas de quiproquo. Je suis sportive, pas rameuse". Et la voilà qualifiée pour les Jeux Paralympiques de Tokyo !

 

Margot Boulet, à l'avant du bateau, à l'entrainement avec ses coéquipiers de l'équipe de France de para aviron.
Margot Boulet, à l'avant du bateau, à l'entrainement avec ses coéquipiers de l'équipe de France de para aviron. © M. Boulet

 

Bons chronos et confiance

Margot a donc dû tout apprendre de ce sport. Apprendre à ramer et surtout ramer en équipe avec des coéquipiers filles et garçons (l’embarcation est mixte) porteur d’un handicap, tous différents. "Nous sommes 4 rameurs avec une seule rame chacun et un barreur, explique Margot. Il faut apprendre à faire confiance notamment pour garder l’équilibre du bateau et la gestion de la répartition des forces. Cela demande à l’entraineur de trouver une façon de ramer commune, et d’exploiter les qualités de chacun".

A force de travail, ils se sont trouvés. Lors des championnats d’Europe de 2020, l’équipe passe un cap, techniquement mais aussi en terme de chrono. Une étape importante, aussi, pour Margot qui se titularise dans le bateau et valide ainsi sa sélection olympique. L’équipe confirme en avril dernier lors de championnat d’Europe en Italie en remportant l’argent devant les anglais. Puis en juin lors de la dernière régate internationale en Italie, "nous avons fait un très très bon chrono, reprend Margot. C’est une très bonne mise en confiance pour les JO".

 

De Tokyo à Paris

A 31 ans, Margot Boulet, membre de l’équipe de France para aviron et sociétaire du Cercle Aviron Nogentais, s’envolera le 19 août pour Tokyo. La cérémonie d’ouverture des Jeux Paralympiques se déroulera le mardi 24 août et l’athlète auboise et ses coéquipiers entreront en lice le 27 où ils disputeront les séries. "Il y a deux possibilités de se qualifier pour les phases finales, précise Margot. Soit gagner sa série, soit être disputer les repêchages et terminé dans les deux premiers". Quant à la stratégie de course elle sera établie en fonction des équipes qui appartiendront au même groupe que la France. "Dans ce contexte de Covid, nous n’avons pas beaucoup d’informations sur le niveau des équipes américaines et australiennes". Mais quel que soit le niveau de forme de ses adversaires, Margot, comme ses coéquipiers, n’est pas là pour laisser passer sa chance. "J’aime aller jusqu’au bout".

"C’est un grand bonheur de voir notre fille participer aux JO, dit encore Christine la maman de Margot. L’évènement est grandiose et pour notre club c’est une émulation incroyable".

 

Margot est la 2e athlète du club de Nogent-sur-Seine à participer aux Jeux. Frédéric Koval avait remporté le bronze à ceux d’Atlanta.

Christine Boulet, secrétaire du Cercle Aviron Nogentais, et maman de Margot.

 

C’était en 1996 et pour ce club aubois de 69 licenciés cette nouvelle aventure est magique. "Nous allons suivre cela à distance parce que nous ne pouvons pas l’accompagner, reprend Christine Boulet. Physiquement elle est forte et mentalement, gérer le stress, elle sait faire". "Elle est dans de bonnes conditions et elle a envie. C’est une occasion unique, poursuit Patrick Boulet. Le résultat, on le souhaite, mais de la voir le couteau entre les dents à se bousculer…" Celà suffit à ses parents pour les rendre heureux et fiers de leur fille.

 

De gauche à droite : Rémy Taranto, Margot Boulet, Robin Le Barreau (barreur), Antoine Jesel et Érika Sauzeau forment l'équipe para aviron sélectionnée au Jeux Paralympiques.
De gauche à droite : Rémy Taranto, Margot Boulet, Robin Le Barreau (barreur), Antoine Jesel et Érika Sauzeau forment l'équipe para aviron sélectionnée au Jeux Paralympiques. © M. Boulet

 

Margot est donc prête pour l’échéance. Sa reconstruction est en marche et si elle a été réformée de la gendarmerie, elle reste dans leurs rangs comme sportive de haut niveau de la Défense. Une autre fierté pour toute la famille. "Je suis la première sportive para à représenter la gendarmerie, précise encore Margot. J’ai signé un contrat de cinq ans et souhaitais rester dans ce corps qui m’a toujours soutenu depuis mon accident".

Et puis, Margot n’est pas la femme d’un seul défi. Elle l’a déjà prouvé. Alors, après Tokyo, Paris 2024 lui tend les bras. "J’y pense fortement mais je ne sais pas encore dans quelle catégorie. Je souhaite passer la classification paralympique internationale en natation pour pouvoir faire des compétitions dans cette discipline. En fonction de mon niveau, je choisirai soit l’aviron, soit la natation… ou les deux !"

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