À Romilly-sur-Seine, Reims... une minute de silence pour Samuel Paty, le professeur décapité à Conflans

Près de 200 personnes de tous âges et toutes conditions se sont rassemblées devant le collège Paul Langevin de Romilly-sur-Seine (Aube), le dimanche 18 octobre, en milieu de matinée. Elles ont effectué une minute de silence en la mémoire de Samuel Paty, le professeur décapité à Conflans (Yvelines).

La minute de silence a été lancée par une professeure de français, qui "en saigne".
La minute de silence a été lancée par une professeure de français, qui "en saigne". © Tiphaine Le Roux, France Télévisions (France 3 Champagne-Ardenne)
Encore une fois, Charlie Hebdo et un drame se sont invités dans l'actualité française. Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie à Conflans (Yvelines, en Île-de-France), a été décapité après avoir montré des caricatures du prophète musulman Mahomet à ses élèves. Il l'avait fait dans le cadre d'un cours d'éducation civique sur le thème de la liberté d'expression et de la censure. Son meurtre a été qualifié de terroriste par le gouvernement, et a suscité une très vive émotion.

Cette émotion a été partagée à Romilly-sur-Seine (Aube). Sandrine Rouelle, professeure de français au collège Paul Langevin, a organisé une minute de silence devant l'établissement (voir sur la carte ci-dessous). Elle a réuni 200 personnes d'âges et de milieux divers, le dimanche 18 octobre 2020, en milieu de matinée. Écrite sur une feuille collée au dos de l'organisatrice, on lisait un (triste) jeu de mots : "Je suis prof et j'en saigne." À Reims (Marne), un moment d'hommage a aussi eu lieu en centre-ville, dans l'après-midi, avec 600 personnes présentes.
 
"Notre établissement est assez tranquille. Mais à mon arrivée, j'avais des problématiques assez semblables à celles du 93. Des parents illettrés ou analphabètes, une misère sociale assez prégnante. J'ai voulu organiser cet hommage même si je ne suis pas professeure d'histoire car j'ai déjà été heurtée par les attentats de Charlie Hebdo, du 13 Novembre... C'est une problématique je rencontre beaucoup dans mon cours. Le français et l'histoire sont extrêmement liés. On ne peut pas renier l'histoire littéraire pour comprendre les textes, comprendre les auteurs."

"Les auteurs et autrices ne cessent de revenir à ces sujets. Le fait religieux, la croyance, la relation à l'autre. On retrouve tout ça dans mon cours. Je fais beaucoup parler les élèves sur tout ce qui peut les heurter, ce qu'ils ne comprennent pas dans les textes. J'essaye de leur montrer pourquoi les classiques sont toujours des textes qui nous parlent actuellement. Forcément, quand on travaille sur Le Cid, et qu'on a cette opposition entre honneur et amour, ce sont des choses qui leur parlent toujours."
 
Sandrine Rouelle craint l'amalgame.
Sandrine Rouelle craint l'amalgame. © Tiphaine Le Roux, France Télévisions (France 3 Champagne-Ardenne)

"Il faut s'intéresser à ça, les auteurs sont là pour nous faire comprendre des choses. Sur la liberté d'expression, on a tous nos auteurs des Lumières... qui ne font plus partie du programme... mais que nous travaillons toujours. On travaille toujours sur Diderot, sur Montesquieu... On les fait réfléchir sur la relation à l'autre. De l'inégalité des Hommes, on l'utilise toujours pour parler du fait raciste. C'était il y a quelques siècles, et on se rend compte que c'est toujours la même histoire qui revient : comment construire ce rapport à soi, à autrui."

"On a aussi toutes les oeuvres cinématographiques. Il y a quelques années, j'ai travaillé sur un film appelé
Tom Boy avec mes troisièmes. C'était sur la relation au genre... Bref, cette attaque résonne en moi car je suis professeure. Je ne veux pas me dire si je dois me censurer, si je fais ou pas telle oeuvre... Ça me questionne beaucoup. Ce qui me heurte aussi beaucoup en tant que citoyenne, c'est ce rapport à l'islamophobie qui est en train de s'installer dans la société et qui me pose vraiment question. Parce que je me demande à quel moment une religion est censée séparer des gens alors que ce n'est pas le cas ?"
 
À Reims, minute de silence également, suivie par 600 personnes.
À Reims, minute de silence également, suivie par 600 personnes. © Nicolas Robertson, France Télévisions (France 3 Champagne-Ardenne)

"Et là, je vois bien qu'il y a des récupérations qui sont faites, et qui me gênent. Je pense que j'ai des élèves qui vont se sentir blessés par rapport à leurs origines. Et il en est juste hors de question. On est justement dans une société qui est censée rassembler. Là, on a besoin de se sentir ensemble. J'ai vraiment une inquiétude, et pour mes collègues, et pour mes élèves." 

Un hommage national doit être rendu à Paris (Île-de-France) prochainement.
 
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