Aube : un éleveur tente de sauver le coq gaulois, emblème national

Le coq gaulois, bien qu’il soit l’emblème de la France, est une race un peu délaissée dans l’hexagone. Damien Vidart, éleveur amateur à Méry-sur-Seine (Aube), a récemment lancé un plan de sauvegarde. Il veut redonner à cet animal son éclat d’antan.
Damien Vidart, éleveur amateur de poules, lance un plan de sauvegarde de la race gauloise.
Damien Vidart, éleveur amateur de poules, lance un plan de sauvegarde de la race gauloise. © Document remis
C’était il y a dix ans lors d’une exposition. Damien Vidart a acquis son premier couple de volailles de la race gauloise. Ça a été le coup de foudre. Aujourd’hui, il vient d’être nommé animateur d’un plan de sauvegarde de cette race par l’association le Bresse Gauloise Club de France. Le gaulois, délaissé à l’après-guerre, dégénère et Damien Vidart souhaiterait qu’il retrouve son panache. Il lui a d'ailleurs consacré une page Facebook.

Aucun éleveur de poules de la race gauloise ne vit uniquement de cet élevage - Damien Vidart, éleveur de coqs gaulois

Damien Vidart est lui-même responsable d’une ferme pédagogique à Méry-sur-Seine. La plupart des éleveurs de gauloises sont des amateurs qui, comme lui, ont une profession à côté. S’il peut affirmer cela, c’est qu’il a passé deux ans de sa vie à recenser toutes les personnes qui élevaient des coqs gaulois. Un travail de titan qui lui a permis d’établir le constat suivant : fin 2018, seulement 78 personnes en possédaient en France.

L’éleveur amateur, qui est à présent entouré de 50 poules et 50 coqs, a déjà pensé à tout pour mener à bien son plan de sauvegarde. Il envisage de commander une étude à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) afin de trouver des souches dites « pures » pour que la reproduction puisse engendrer des poules et coqs de qualité et surtout éviter la consanguinité. Damien Vidart aimerait également créer un conservatoire pour éviter que les bonnes souches se perdent.
 

Une race délaissée

« Après la seconde guerre mondiale, il y a eu un exode rural et puis il fallait nourrir une population importante », explique Jean-Claude Périquet, président de la Fédération française de volailles (FFV) et directeur de l’ouvrage La gauloise dorée. C’est à partir de cette période que la race a commencé à être délaissée par les éleveurs qui optaient pour des imports outre-Atlantique : des races dont la croissance était plus rapide et qui correspondaient aux enjeux  de l’époque. En effet, pour qu’une poule de race gauloise soit consommée, il faut attendre au moins 6 mois. Un délai peu compatible avec des logiques productivistes.

Quitte à avoir une poule, autant avoir une gauloise - Damien Vidart, éleveur de coqs gaulois

Dans les années soixante, soixante-dix, elles avaient presque disparu. Mais depuis une dizaine d’années, un engouement pour les poules – principalement due à des questions d’écologie et de santé – profite à la conservation de la race. De nombreuses personnes se mettent à en élever et « quitte à avoir une poule, autant avoir une gauloise », déclare Damien, pas peu fier de ses acolytes à deux pattes. « Parfois, les gens commencent à avoir des poules puis ils se rendent compte qu’il y a quand même des jolies races », raconte Jean-Claude Périquet.

Certains éleveurs en herbe veulent savoir ce qu’il y a dans leur assiette et d’autres y voient un aspect utilitaire : des éleveurs de vaches ont passé une commande à Damien Vidart pour les aider à étaler le fumier. Ce sont les poules, à la sueur de leur crête, qui vont effectuer cette tâche, habituellement réalisée par des machines. Une énergie non polluante et en  prime, des petits compagnons de route. Car la poule est aussi un très bon animal de compagnie. « Il est plus facile de s’en occuper qu'un chat ou un chien », explique Jean-Claude Périquet.
 
Le coq gaulois, emblème de la France, a été délaissé dans les années cinquante
Le coq gaulois, emblème de la France, a été délaissé dans les années cinquante © Document remis

Damien ne parvient pas à satisfaire toutes les demandes car son élevage est trop petit. Un des problèmes majeurs est de les faire se reproduire. Comme elles ne sont pas beaucoup, il y a de gros risques de consanguinité, ce qui participe à la dégénérescence de la race. Avoir trop d’animaux peut aussi devenir compliqué : vétérinaire, aménagement des structures, etc. Un poids trop lourd à porter pour des éleveurs amateurs.
 

Des gaulois caractériels

Chez les gallinacés, la gauloise est un peu la star. En plus d’être l’emblème de la France – ce qui n’est pas rien - la gauloise est réputée pour son élégance. Damien amène même ses poules à des concours de beauté lors d’événements comme le salon de l’agriculture.

Ses petites bêtes, Damien Vidart les chouchoute mais il ne veut pas pour autant en faire des animaux fragiles, au contraire. Il les élève de manière à ce qu’elles soient vigoureuses. L’éleveur prône un élevage le plus naturel possible. Elles vivent dehors hiver comme été, de jour comme de nuit, sauf quand il gèle, et dorment dans les arbres. Des arbres à coq que Damien Vidart fabrique lui-même.

La gauloise est aussi un animal qui a besoin d’espace « Elle a gardé des caractéristiques sauvages, explique-t-il. C’est un animal vif ». Il tient également à respecter leur cycle naturel, si elles ne pondent pas toute l’année, ce n’est pas grave. Il ne voudrait pas risquer de les fragiliser en "boostant" ce cycle.

Pour sauver ces bêtes à deux pattes, l’association lancera prochainement une campagne de don afin de financer l’étude menée par l’Inra.



 
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