Entreprises familiales : le rosé des Riceys élaboré depuis 12 générations dans l'Aube, par la famille Horiot

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Écrit par Marie-Line Fournier
Emmanuel, Laurence et Nathalie écrivent une nouvelle page de la saga familiale.
Emmanuel, Laurence et Nathalie écrivent une nouvelle page de la saga familiale. © Document remis

En 1600, Théodoric Horiot fut le premier à faire du rosé, dans la commune des Riceys, dans l’Aube. Après lui, Lazare, Jean-Baptiste, Jules et plusieurs Pierre se sont transmis leur savoir-faire. Aujourd’hui, Emmanuel et ses sœurs écrivent une nouvelle page de cette saga familiale.

Emmmanuel Horiot pourrait parler des heures de son travail de vigneron dans l'Aube, aux Riceys. Il en est passionné. "Je fais un très beau métier. Ce n’est jamais la même chose. Ce n’est pas l’usine. Dehors quand il fait beau, en cuves, quand il pleut, aux Riceys, on est une des plus vieilles familles. On a toujours fait ça, malgré les guerres, le phylloxéra ", raconte le vigneron récoltant-manipulant. "On a encore des outils de tonneliers qu’utilisaient mes ancêtres, mais ça, je ne sais pas faire ".

Emmanuel Horiot a une sœur jumelle, Laurence, co-gérante de l’entreprise. Elle s’y occupe de la commercialisation et des clients. Les jumeaux ont confié la comptabilité à leur sœur Nathalie. La famille Horiot qui emploie trois salariés, à plein temps est soudée autour de l’héritage familiale. Emmanuel a deux garçons, encore jeunes, mais l’un d’eux a déjà annoncé qu’il voulait faire comme papa. "On n’a jamais eu de dispute entre nous. On travaille, en famille. J’aimerais bien que les enfants reprennent, mais actuellement, la vigne coûte cher. En quatre ans, on a perdu notre mère et notre père. On avait à peine fini de payer les droits de succession de l’un, que le second est décédé. C’est cher de transmettre. On voit des vieilles familles obligées de vendre des terres pour payer la succession. Dans certains cas, il faut faire rentrer des actionnaires. Vendre, c’est dommage ".

En 1600, on ne vivait pas que de la vigne...on avait toujours un métier, à côté.

Laurence Horiot, co-gérante du Champagne Horiot

 

Agrandissement, en 1907, avec le grand-père Jules

"En 1600, c’est Théodoric Horiot qui a commencé ", se souvient Laurence Horiot. " Il était vigneron, bouilleur de cru, tonnelier. A cette époque-là, on ne vivait pas que de la vigne. On avait toujours un métier, à côté. Ce n’était pas comme maintenant. Théodoric produisait du rosé et du vin des coteaux champenois. C’est mon grand-père Jules et mon père Pierre qui se sont mis au champagne. Aujourd’hui, on exploite 8,5 hectares. C’est le grand-père Jules qui a agrandi la maison, car au début il n’y avait que quelques ares. Ensuite, tous les ans, des petits lopins se sont ajoutés. Mon père et à mon grand-père se sont battus pour le maintien de l’appellation, A.O.P.,obtenue pour le rosé, en 1947, car dans les années 60, le raisin vendu au kilo valait plus cher. C’était l’euphorie du champagne. Jules et Pierre ont continué à produire et à le commercialiser. Sans les trois du village qui ont poursuivi, l’appellation aurait été supprimée. Entre Champagne, coteaux champenois et rosé, on produit environ 35.000 bouteilles chaque année, dont près de 5.000 bouteilles de rosé. C’est un vin de plus en plus connu. On a beaucoup de demandes. On voulait exporter aux Etats-Unis. On s’était préparé pour envoyer au New-Jersey, mais avec ce qui se passe, c’est stoppé, pour le moment ".

On voit de vieilles familles obligées de vendre des terres, pour payer la succession.

Emmanuel Horiot, co-gérant du Champagne Horiot

« On a encore quelques vieilles vignes, d’origine »

Laurence avait décroché un bac professionnel en secrétariat. Mais en 1994, elle a rejoint le giron familial. Emmanuel, lui, a toujours voulu être vigneron. Déjà, à l’école il se faisait appeler Horiot Père et Fils. Après la classe de cinquième, il a été à l’école viticole de Bar-sur-Seine. A l’âge de 14 ans, il voulait travailler avec son père et son grand-père. "C’était mon dada. J’étais toujours dans les culottes de mon père " dit Emmanuel Horiot, fier de son métier et de son village. "On est la seule commune à avoir les trois appellations : Champagne, Coteaux Champenois et Rosé des Riceys. C’est unique en Champagne. Avec 866 hectares, c’est d’ailleurs la plus grosse commune, en surface de vignes. Sur l’ensemble, on peut faire du rosé sur 300 hectares, mais seuls 30 sont utilisés".

La commune est divisée en Ricey-Bas, Ricey-Haut et Ricey-Haute-Rive. "Nos terres, depuis toujours sont à Ricey-Bas. Certaines, les plus vieilles, sont encore d’origine…Le champagne, ici, ça a démarré dans les années 60. Il fallait aller chez le pharmacien pour faire analyser le vin et mesurer sa teneur en sucre. Aujourd’hui, on a des œnologues. Avant, on disait que le champagne marnais était meilleur. Mais maintenant, Ce n’est plus vrai. L’Aube est bien représenté. Mais, il faut se rappeler de la révolte des vignerons auboisven 1911, qui s’étaient élevés contre la décision d’être exclus de l’appellation champagne. Comme partout, on doit faire face au réchauffement climatique. Du coup, avec une année chaude, on vendange plus tard. Ce n’est pas mauvais pour le rosé car on vise les 10, voire les 11 degrés. Donc, il faut faire attention. Cette année, en 2020, on a même atteint 12 degrés, sans chaptaliser. Il faut vraiment faire attention. Le réchauffement, c’est contraignant".

Le rosé des Riceys était apprécié par Louis XIV

On raconte que ce sont les terrassiers des bassins du château de Versailles qui auraient permis au roi soleil de découvrir le rosé des Riceys. " Ils venaient des Riceys ", raconte Emmanuel Horiot. "Ils avaient emporté du vin avec eux, pour se désaltérer pendant la durée du chantier. Louis XIV en aurait bu et l’aurait apprécié… Ces ouvriers, on les nommait les canards, car ils avaient toujours les pieds dans l’eau. C’est resté. Aux Riceys, il y a même une rue des canards… Ce rosé, on peut l’apprécier jeune, et plus vieux. Il peut se garder plus de six ans. D’ailleurs, pour les 70 ans de l’appellation, en 2017, on avait organisé une dégustation avec Philippe Jamesse, qui est resté 18 ans, sommelier au restaurant des Crayères à Reims, dans la Marne. On a goûté toutes les décennies depuis 1947. Philippe Jamesse s’est régalé, ce jour-là…En Champagne, là, on vient de passer une crise, avec la covid. Il n’y a pas eu de mariage, les restaurants sont fermés. L’export, le marché français ont souffert. Le rosé, c’est une petite appellation, mais actuellement, on est une bonne vingtaine de vignerons à en faire".

On travaille les grappes entières, à cuve ouverte, en les foulant légèrement.

Emmanuel Horiot, co-gérant du Champagne Horiot

Cela se joue à une heure près

"Ce vin est parfait avec une viande blanche, on peut en boire à l’apéro comme au dessert. Mais mon père disait toujours qu’avec une andouillette de Troyes et du Chaource, c’est du velours ". Emmanuel Horiot se plaît d’ailleurs à détailler les différentes étapes de l’élaboration de ce vin tranquille. "Le Rosé des Riceys, c’est un vin de macération, du Pinot noir. On travaille les grappes entières, à cuve ouverte, en les foulant légèrement. La fermentation est courte, elle se fait sur trois jours. On déguste le raisin noir, "à jus blanc", à la cuve. Ça peut aller très vite. On sépare le jus du raisin. C’est le jus de goûte. Ca se joue à une heure près. On "saigne la cuve" pour obtenir le jus de presse. Cela nécessite une surveillance régulière".

Chaque année, l’équipe familiale et ses trois salariés font appel à des renforts pour les vendanges. Pendant une quinzaine d’années, des gens du voyage ont vendangé à leurs côtés, et depuis quelques années, des Polonais sont venus leur prêter main- forte. "Il est difficile de trouver du personnel ", regrette Emmanuel Horiot. Mais, ce qui le chagrinerait surtout, c’est que l’entreprise ne reste pas dans la famille. Chez les Horiot, on fait du rosé depuis cinq siècles.

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