Stationnement : le Piaf, horodateur virtuel pour se garer, victime collatérale du covid19, ne survivra pas

Le Piaf est un petit boîtier jaune très pratique pour payer son stationnement dans plusieurs villes de France, comme à Troyes ou Reims. Le changement de méthode des agents du stationnement et la crise sanitaire ont eu raison de son existence. Explications. 

Le Piaf est un boîtier sur lequel on crédite une somme, pour payer son stationnement en ville.
Le Piaf est un boîtier sur lequel on crédite une somme, pour payer son stationnement en ville. © FTV

Les automobilistes qui utilisent le Piaf, ce petit boîtier en plastique jaune, pour payer son stationnement en ville, comme à Troyes, ou Reims par exemple, sont perturbés depuis quelques temps. Impossible désormais de le recharger sur Internet ou dans un point de vente. L'entreprise Parx qui commercialise Piaf, ne répond plus. Cette société israélienne dont le siège français est situé à Clichy en région parisienne, est aux abonnés absents. Elle se revendique comme leader du paiement électronique du stationnement, pour "faciliter la mobilité urbaine en proposant depuis plus de 15 ans des technologies innovantes pour la gestion des déplacements et du stationnement".

Ça, c'était avant.  "L'offre PARX n'est plus disponible", peut-on lire aujourd'hui sur son site Internet. Parx est présent dans 18 pays et près de 100 villes en Europe. Comme on l'utilise aussi à France 3 Champagne-Ardenne, à l'image de 150 personnes ou entreprises à Troyes, ou 3.000 clients à Reims, on s'est interrogé : que se passe-t-il avec notre "arme anti PV" ? 

La réponse est arrivée en creusant un peu. On a tiré les ficelles. D'abord à Reims. Où la mairie nous a fait part, elle aussi, de son étonnement. "En effet, les abonnés ne peuvent plus recharger leurs abonnements. La société gestionnaire du Piaf n'est pas joignable, depuis la fin du confinement". Les communes où le boîtier est encore utilisé sont nombreuses, 36 en France. "Le Piaf, c'était pratique, on l’achète à Paris on peut l’utiliser ailleurs". À Reims, on compte encore 3.000 abonnés, des entreprises et des particuliers. Mais voilà, le site est bloqué, vide.

Cela a commencé avant le confinement. Puis, ils ont été joignables en mai et là, injoignables.

Ville de Reims

 

"Pour une fois que quelque chose était pratique"

De son côté, la commune de Rochefort (Charente) a prévenu ses habitants sur sa page Facebook, le 17 juin. 

 

"Piaf : indépendant de notre volonté, le rechargement des Piafs n'est plus possible. Les crédits restant sont toujours utilisables dans les conditions habituelles. Afin de pouvoir stationner en conservant tous les avantages du PIAF, merci de télécharger l' application PrestoPark (paiement sur votre mobile) sur www.prestopark.com Cette application propose également le TARIF RÉSIDENT".

Dans les commentaires, nombreux sont les utilisateurs qui font part de leur colère : "Lamentable, ça fait plusieurs semaines que ça dure, c'est une façon de dire aux personnes qui en ont un, qu'il faut passer à votre presto park, mais sachez que tout le monde ne peut pas se permettre d'avoir un téléphone pour télécharger l'application ou tout simplement un forfait avec de l'internet, pour une fois que quelque chose était pratique...si les gens ne peuvent plus recharger leur Piaf, il est repris et remboursé, j'espère?" se demande Fabienne. 

 

A la recherche d'alternatives

Faute de Piaf, la ville de Reims cherche des alternatives pour les clients abandonnés. Mais c’est encore récent, nous explique-t-on. "Une réflexion est en cours pour pallier à la situation. Afin que les abonnés puissent se garer tranquillement. Et pour que les utilisateurs ne soient pas pénalisés. La voirie a été alertée il y a quelques jours. Elle y travaille". D’autres villes font face à la même problématique en cette mi juin 2020. Personne, ou presque, ne sait d’où ça vient, pas d’annonce de liquidation officielle. Troyes, Dijon, Grenoble…Piaf a déserté Internet, l'oiseau s'est envolé sans crier gare. Donc concrètement, si j’ai un Piaf, je ne peux pas l’utiliser. Il faut payer à l'horodateur ou télécharger une appli comme easypark. La société Parx est responsable de cette situation. Mais la Ville de Reims cherche une solution. 

On travaille dessus d’arrache-pied. 

Ville de Reims

Quelques appels plus tard, nous voilà à Troyes. Où le Piaf avait été adopté en 2011 pour gérer 2000 places de stationnement, vendu pour la somme de 25 euros, avec un crédit de 20 euros intégrés. Neuf ans plus tard,  la tendance est à la baisse, mais il reste quelques afficionados du petit boîtier qu'on range dans la boîte à gants. Même scénario, les parents du Piaf ne répondent plus. "Nous non plus, on ne peut plus l'utiliser, nous répond Troyes Parc auto, en charge du stationnement à Troyes. Depuis la fin du confinement, c'est le blackout total". A Troyes, le Piaf était amené à disparaître d’ici la fin de l’année. Mais les responsables troyens ont eu une réponse. Ils ont persévéré. Ce site est fermé définitivement. Il faut donc changer de moyen de paiement. Et de renvoyer vers le site payermonstationnement.fr . 

Le crédit Piaf pourra sans doute être reporté sur l’appli, mais rien n’est acté pour l’instant.

Eric Saillard, Troyes Parc Auto

Le dirigeant troyen a réussi à joindre la société Parx après une longue attente. "On avait des problèmes de connexions au serveur de Piaf, qui permet de payer et de sortir des statistiques sur le stationnement. On n'arrivait à rien. C’était revenu en mars. J’ai réussi à faire des statistiques. Et depuis le confinement, mi mars, rien. On s’est dit que ce devait être des problèmes d’effectifs lié au télétravail, à la pandémie. Puis, pas de nouvelles.  Dans l’agglomération troyenne, il y a 150 utilisateurs. Par rapport à ce qu’on a eu par le passé, c'est peu, mais tout de même. Le cheptel des Piaf bouge mais il tend à diminuer". 

En Bourgogne, il était utilisé à Dijon, comme dans 36 autres villes de France. Nos confrères de France 3 Bourgogne avait présenté l'oiseau au temps de son arrivée, il y a six ans. 

Mais alors quoi, le Piaf s'est il vraiment envolé sans bruit ? La nouvelle tant attendue est arrivée. "On a appris que la société ne survivait pas à deux facteurs, explique Eric Saillard de Troyes Parc Auto. Le premier : celui de la réforme du stationnement du 1er janvier 2018. Car c’est un boîtier qui permet d’afficher son stationnement. Le problème, c’est que lorsque vous avez des contrôles, il faut regarder si le Piaf est présent. La méthode des agents de surveillance de la voie publique (ASVP) a changé et ils scannent désormais les plaques d'immatriculation. Le Piaf n’obéit plus à cette méthode. Et nous, on ne connaît les mouvements d’utilisation que plusieurs mois après, en fonction d’une synchronisation du boîtier". Il était devenu obsolète. 

 

Le Covid est passé par là

Fin de l'histoire. Voilà donc là où le bât blesse. Le Piaf est mort de ne pas avoir su s'adapter. Le Piaf ne fonctionne pas en temps réel.  Il n'est pas "intelligent". "On savait qu’il allait mourir. Il n’a pas été mis à jour et il n’est pas communiquant. Ils sont donc en décalage face aux applis. Le Covid est arrivé là-dessus, avec moins d'utilisateurs, et cette crise a eu raison des ressources de la société Parx. Ils sont en redressement judiciaire. Sans espoir de repartir. Un coup fatal. Un hallali prononcé. Ce que je sais, termine le dirigeant, c’est que l’on n’intéresse pas leur entreprise. Aucune évolution n’a été possible pour eux". 

La ville de Troyes a été alertée. Car 150 abonnés ont encore du crédit sur leur Piaf. Mais aucune certitude sur l'avenir. "On propose de migrer les utilisateurs du Piaf sur l’application Troyes Parc auto. Mais on a des usagers qui n’ont pas de smartphone et qui étaient contents du Piaf. Pas simple pour ces gens là. Dans ce cas-là, on n’aura pas de réponse à leur fournir. Restent les bons vieux horodateurs, ils sont toujours utilisables avec de la monnaie ou par carte bancaire. Mais le Piaf ou le smartphone évite de passer à l’horodateur. "C’était plus simple". 

Adieu donc, l'outil simple et efficace qui évitait de passer par le parcmètre quand il pleut ou qu'il neige, de faire la queue parfois, avant d'aller faire ses courses en centre-ville. "C’est scandaleux, certes, mais d’autres entreprises vont être défaillantes, elles seront nombreuses à  souffrir de la crise économique post-Covid, affirme Eric Saillard. C’est une victime parmi d’autres. Et ce n’est pas fini. C'était une mise à mort. La bête était épuisée". 

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