Troyes : pour éviter la mort de l'escape game qu'elle a créé, Sarah Rota-Hémon lance un SOS

Sarah Rota-Hémon a ouvert l'escape game Les Portes de l’Isba avec trois associés en juin 2020 à Creney-près-Troyes (Aube). Comme bien des entreprises de loisirs intérieurs, sa situation est de plus en plus précaire. Elle lance un appel au secours en relayant une pétition.

Nicolas, Sarah, Alexis et Damien tentent de garder le moral aux Portes de l'Isba.
Nicolas, Sarah, Alexis et Damien tentent de garder le moral aux Portes de l'Isba. © Tiphaine Le Roux, France Télévisions

Pas facile de créer son entreprise de loisirs intérieurs en 2020... Salariée pendant plusieurs années d’un escape game troyen, Sarah Rota Hémon a eu envie de voler de ses propres ailes. C'est ce qu'elle a fait avec trois associés trentenaires : Nicolas, Alexis, et Damien.

Mais en ce début d'année 2021, elle s’inquiète de plus en plus pour l’avenir de son escape game, Les Portes de l’Isba. Il a ouvert (pour refermer aussitôt) à Creney-près-Troyes (Aube, voir sur la carte ci-dessous). Une pétition en ligne a été lancée par les professionnels du milieu.
 


"J’avais pourtant tout fait dans l’ordre, explique-t-elle. Fan de fantasy, de Tolkien [Le Seigneur des Anneaux; ndlr] ou G.R.R.Martin [Le Trône de Fer; ndlr], j’ai développé ce projet de nouvelles salles de jeux en intérieur à Creney-près-Troyes, juste à côté des magasins d’usine de Pont-Sainte-Marie."

"J’ai fait le stage de la chambre de commerce et de l’industrie '5 jours pour entreprendre'. raconte-t-elle. Nous avons obtenu un prêt et mis de l’apport personnel pour lancer la société. Nous avons réalisé une étude de marché et nous avons précisé notre univers. Notre patte : quand vous arrivez, vous êtes accueilli dans la maison de Baba Yaga, un pilier du folklore russe [voir la chanson en vidéo ci-dessous; ndlr]... Ensuite, il faut découvrir."
 

Premiers à fermer, derniers à ouvrir

Malheureusement, la crise sanitaire a limité grandement les activités de la société dès ses débuts. Les Portes de l’Isba et ses deux premières salles devaient ouvrir fin mars, mais avec le covid, ce démarrage a été reporté au 20 juin.

"Notre première saison, cet été, a été très décevante. Les gens sont tout de même partis en vacances, ou alors ils ont été frileux et ont privilégié le plein air", regrette Sarah. "Les résultats sont à des années-lumière de notre business plan..."
 


Le 24 octobre, Sarah et ses co-dirigeants avaient signé pour de nombreux anniversaires et une animation Halloween au parc des Moulins, soit 4.000 euros de recettes attendues. Mais c'est alors que la fermeture administrative a été imposée de nouveau.  

"À chaque confinement, nous sommes les premiers fermés et les derniers à être autorisés à réouvrir", résume Sarah. ''On a vraiment le sentiment d’être les oubliés de service. Il n’y a pas eu le moindre effort pour réfléchir à notre sécurisation."
 

Une catégorie hétérogène

En cherchant de l’aide pour sécuriser financièrement son entreprise, Sarah Rota-Hémon s’est aperçue qu’elle était dans la catégorie de type P. Une catégorie hétérogène qui comprend aussi bien les discothèques que les bowlings ou les laser games.

La jeune femme est partagée entre l’envie de se rapprocher des autres professionnels de loisirs intérieurs, et la nécessité d’expliquer que son métier est très particulier. ''Nous faisons tourner la pétition  SOS Loisirs indoor. Nous restons en lien avec certains professionnels troyens, comme le Laser Quest, pour avoir plus de poids afin de nous faire entendre." 
 

La décoration de l'escape game créé par Sarah.
La décoration de l'escape game créé par Sarah. © Tiphaine Le Roux, France Télévisions


Elle reconnaît que ses clients évoluent dans des espaces clos, mais elle nuance. "Nous recevons finalement peu de monde en même temps – maximum six par salle en septembre - et la déambulation n’est pas aussi libre que dans d’autres établissements. Entre le gel hydroalcoolique, le port du masque obligatoire, la désinfection de tous les objets après chaque passage, et l’utilisation des VMC, nous trouvions que nous étions parés. Mais bon…"
 

Des patrons avec des charges et très peu de revenus

Le problème en termes financiers, c’est d’abord que Sarah et ses co-équipiers ne peuvent pas faire jouer le chômage partiel. Ils sont tous les quatre dirigeants à part égale de l’escape game.

En bataillant auprès des impôts qui prenaient au départ comme référence le chiffre d’affaires - inexistant - de l’an passé , ils ont obtenu 1.800 euros pour l’établissement au mois de novembre au titre du fonds de solidarité active. "Notre bailleur nous a concédé une remise de loyers pour ce mois-là suite aux incitations de l’État. Mais nous ne savons pas si les choses seront similaires pour décembre. Pour le fonds comme pour cela, les demandes rétroactives doivent se faire en ce moment et c’est un casse-tête administratif." 

 

C'est un casse-tête administratif.

Sarah Rota-Hémon


En admettant que le loyer soit exclu chaque mois, c’est au moins 700 euros de charges pour l’entreprise (internet, eau et comptable) que l’équipe doit régler de toute façon…  avec des réserves personnelles qui s’amenuisent. "Mon compagnon et associé Nicolas Prissette a quitté son poste de dessinateur en architecture juste avant la crise, il a encore droit au chômage et on vit tous les deux avec cela, note Sarah. Alexis Dizet, le webmaster, vit avec le salaire de sa compagne. Damien Gobin, notre commercial, est au RSA. Les soutiens familiaux sont précieux."
 

Quelles solutions pour pérenniser la société ?

Comme Sarah et ses compères ne sont pas du tout prêts à rester les deux pieds dans les mêmes vilains sabots, ils se démènent. Impossible de continuer à aménager les deux dernières salles restantes car cela coûte de l’argent. Aujourd’hui, pour faire face, les dirigeants des Portes de l’Isba cherchent des solutions à court terme.

D’abord, travailler ailleurs. Sarah a officié pour un grand magasin en décembre. Une expérience plutôt agréable, reconnait-elle. "Même si  je me suis dit qu’ils ne pouvaient pas garantir plus d’hygiène que nous."
 

Sarah a été contrainte d'exercer un second emploi en parallèle de la gestion de son escape game.
Sarah a été contrainte d'exercer un second emploi en parallèle de la gestion de son escape game. © Tiphaine Le Roux, France Télévisions


Depuis quelques jours, les associés se sont également mis à rédiger des chasses aux trésors et des jeux d’escape game à faire à la maison qu’ils proposeront bientôt sur leur site. "Nous avons encore la chance de pouvoir envisager cette sorte de vente à emporter, précise Sarah. C’est plus difficile pour une patinoire ou un bowling..."

Enfin, pour recueillir de la trésorerie ils invitent les amateurs à acheter en ligne des cartes cadeaux. Des bons pour une partie à réaliser quand l’établissement reprendra du service. Mais alors quand ? Au mois d’avril, seuil envisagé pour les restaurants ? A en croire la mine dubitative de Nicolas, le compagnon de Sarah, face à cette question, il ne sera pas facile de tenir jusque là.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
crise économique économie loisirs sorties et loisirs coronavirus/covid-19 santé société confinement