Université technologique de Troyes : destination Togo en soutien aux agriculteurs

Un enseignant chercheur et huit étudiants en 1ere et 2e année de l’Université de technologie de Troyes partiront début janvier dans le cadre d’un projet de soutien à 250 fermes du Togo.

Les étudiants de l'université technologique de Troyes en mission au Togo.
Les étudiants de l'université technologique de Troyes en mission au Togo. © S. Rohmer

"Je veux former des ingénieurs lucides, ingénieux et responsables". Ces paroles sont celles de Serge Rohmer, enseignant chercheur à l’université technologique de Troyes. Avec huit de ses élèves, il partira fin janvier en direction du Togo. "Ils seront confrontés à la pauvreté, au manque de ressource notamment l’eau, à une autre culture, mais ce projet doit être gagnant-gagnant, explique l’enseignant. Les étudiants verront aussi que des populations sans ressource redoublent d’ingéniosité. Ils sont capables d’imaginer des technologies impressionnantes".

Kpékpéta, un village au nord de Lomé

Il y a 3 ans, Serge Rohmer part au Togo dans le cadre de sa mission de recherche au sein de l’université. Il arrive dans un village de 2500 habitants étendu à perte de vue et constitué d’environ 250 fermes. L’objectif de sa mission : évaluer un projet de captage d’eau. Serge Rohmer se rend vite compte que l’installation retenue est chère et peu adaptée à la population. Il y met son véto mais plutôt que de repartir sans rien proposer, il discute avec les habitants et notamment avec le conseil du village. Il découvre la façon de travailler des agriculteurs. "Le village est constitué de 10 hameaux avec plein de petites fermes", explique encore l’enseignant de l’UTT. "C’est une agriculture de subsistance où sont cultivés haricots, riz et encore quelques hectares de coton. Je découvre que la houe est l’outil principal". Un outil de base qui laisse imaginer les difficultés des agriculteurs à entretenir leurs hectares de champs. Lorsqu’il repart de cette première mission, Serge Rohmer a en tête d’y amener les étudiants de l’université technologique de Troyes.

Les étudiants de l'UTT de Troyes travaillent avec la population du village de Kpékpéta.
Les étudiants de l'UTT de Troyes travaillent avec la population du village de Kpékpéta. © S. Rohmer

Première mission étudiante en 2020

Serge Rohmer réussit à mettre en place son projet au sein de UTT. "Nous n’avions jamais fait cela et c’était d’abord à titre expérimental". Les étudiants de 1ere et 2e année en études d’ingénieur travaillent donc pendant un an pour mettre en place la première mission. "L’objectif est aussi de monter un budget puis d'aller chercher l’argent. 16000 euros à trouver ce n’est pas rien".  Le premier voyage se réalise en février dernier. Les villageois ont demandé à travailler sur l’achat et la maintenance de motoculteurs pour les aider dans leur tâche. L’objectif de cette première mission est la mise en place d’un atelier de maintenance en prévision de la montée en puissance de l’utilisation des motoculteurs. "L’atelier est en place et la formation est assurée par un partenaire qui est à Sokodé. Un établissement assure la formation d’un ou deux agriculteurs de Kpékpéta qui ensuite forment à leur tour les autres", précise encore Serge Rohmer. Deux motoculteurs sont également acheminés sur place,  d’autres suivront avec un autre objectif : la mutualisation.

Prochaine mission en janvier 2021

Serge Rohmer partira dans quelques semaines avec huit étudiants ingénieurs. Le budget est bouclé et la mission permettra de mettre à disposition six motoculteurs supplémentaires et d’apprendre à les partager. Le territoire étant vaste, les élèves ingénieurs ont imaginé une sorte de moto-brousse pour véhiculer les motoculteurs d’une ferme à l’autre. Sorte de side-car qui sera réalisé sur place. "Kpékpéta c’est 2500 habitants dispatchés sur des hectares avec 10 hameaux, explique Serge Rohmer. C’est aussi 250 fermes avec un travail qui se fait en famille".

L’objectif pour nous n’est pas de concevoir une usine à gaz mais bien de répondre aux besoins de la population. Nous faisons face à une population très réceptive et très créatrice. Il y a des ressources à identifier 

Serge Rohmer, enseignant chercheur à l'université technologique de Troyes

 

La preuve ce side-car servira aussi de bibliothèque ambulante. Des livres collectés dans les collèges et lycées de l’Aube seront acheminés et seront eux aussi mutualisés.

Un ultratrail en hommage aux écoliers du Togo

Ces deux derniers jours, les 19 et 20 décembre, l’enseignant chercheur et ses huit étudiants ont organisé un ultratrail sur les voies vertes du département de l’Aube. Objectif : 100 kilomètres pour le Togo. Un défi plus qu’une compétition qui a rassemblé finalement peu de monde, mais qui symboliquement était important. "J’avais promis aux villageois de sensibiliser les gens d’ici à la situation des jeunes du Togo qui parcourent souvent 20 kilomètres aller-retour pour aller à l’école".

Le 23 ou le 25 janvier prochain les huit étudiants et leur enseignant s’envoleront pour Kpékpéta et rejoindront les agriculteurs et travailleront avec eux durant 10 jours. Ils organiseront aussi une grande fête, celle de la journée mondiale de la culture africaine. "Ce sera la 3e que nous mettrons en place avec les villageois. C’est un rendez-vous important".

Ce premier projet, avec ce village au nord de Lomé, se déroule sur trois ans. Un bilan sera ensuite tiré, mais Serge Rohmer a déjà en tête la suite. "Nous voudrions travailler avec les agriculteurs sur l’agriculture biologique. Les champs de coton sont cultivés en lien avec une coopérative et malheureusement elle travaille avec des pesticides. L’autre problème est la déforestation car les agriculteurs coupent les arbres pour fabriquer du charbon pour pouvoir subvenir à leurs besoins en plus de la culture de leurs terres".

Au-delà d’une mission solidaire, le projet Togo des étudiants de l'UTT et de leur enseignant devrait permettre à 2500 personnes de vivre mieux de leurs ressources et d’exploiter plus encore leur ingéniosité débordante.

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