Alsace Bossue : l'époque romaine en réalité augmentée à Dehlingen

Publié le
Écrit par Sabine Pfeiffer .

Rund Um. Pour revenir à l'époque romaine, il suffit de se rendre à Dehlingen, en Alsace Bossue. Son musée archéologique vient de faire peau neuve, et propose une visite en réalité augmentée, pour découvrir autrement les objets exposés ainsi que le site de fouilles du Gurtelbach.

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Le musée de Dehligen (Bas-rhin), la Villa, a été créé en 2014 pour valoriser les trouvailles archéologique faites en Alsace Bossue. Et particulièrement dans cette petite commune, où les restes d'une grande maison gallo-romaine ainsi que ses dépendances agricoles ont été remis à jour.

Ce site, découvert en 1993 au lieu-dit du Gurtelbach, n'a pas encore livré tous ses secrets. Il continue d'être régulièrement fouillé par des archéologues, qui encadrent des camps d'enfants et d'adolescents. Et depuis peu, des étudiants en archéologie viennent également prêter main forte.

Au fur et à mesure des découvertes, le musée s'en fait l'écho. Et pour pouvoir toujours mieux les partager avec le grand public, il vient d'être entièrement repensé, avec de nouvelles salles thématiques, et un parcours vivant et interactif, grâce à des tablettes proposant des images en réalité augmentée.

Un plongeon dans le passé

Même si le bâtiment du musée – une belle demeure réhabilitée au cœur du village - a pignon sur rue, l'entrée, dans une ruelle adjacente, est discrète. Mais à peine le seuil franchi, le visiteur plonge dans un autre monde, grâce à la tablette remise à l'accueil.

La tablette sert d'audioguide et, surtout, permet de découvrir d'une toute autre manière les pièces exposées. "On a des objets qui ne sont pas entiers, parce qu'ils ont été trouvés cassés quand on les a sortis lors des fouilles. Et on ne peut pas les reconstituer. Pour les imaginer, il faut donc faire un effort, trop compliqué pour le grand public. Or là, sur la tablette, on peut voir l'objet en entier, et en 3D" explique l'archéologue Maxime Calbrist, responsable scientifique du musée, et cheville ouvrière de toutes les nouveautés. 

Une première vitrine présente de petits objets de corne, de bois et de verre, trouvés sur le site du Gurtelbach : perles, aiguilles, manche de couteau, scie, épingle à cheveux… Emouvants, mais peu explicites à première vue pour des non spécialistes. Parmi eux, une anse en verre, cassée.

Mais une petite pression du doigt sur la tablette fait apparaître l'objet entier auquel cette anse appartenait : une bouteille, dont l'image peut être agrandie et tournée dans tous les sens.

De même, par la magie de l'image, des fusaïoles, petits objets liés à l'activité du filage de la laine, réintègrent soudain le fuseau qu'ils devaient lester.

Dans la salle suivante, des éléments de harnais, des clés, des appliques de mobilier… Egalement un dé à jouer, et des pions d'un jeu de marelle. Qui reprennent tout leur sens lorsque, sur l'écran, le visiteur fait apparaître le plateau du jeu, qu'il peut observer sous toutes ses coutures.

Et le fragment d'une statue exposé un peu plus loin reprend vie, lorsqu'apparaît l'image de la statue dans son entier : un Jupiter à cheval, dont la monture est portée par un homme.

"Je suis enthousiasmé par ce que je vois" s'extasie Dany Heckel, maire de la commune voisine de Lorentzen, qui découvre ce lieu rénové. "Voir un objet en vitrine, c'est pas mal. Mais là, on en apprend bien plus, et on comprend beaucoup mieux. C'est vraiment du beau travail, une réalisation technologique assez fantastique."

"A partir de petits éléments, cet outil permet de reconstituer l'ensemble" ajoute Barbara Schickner, sa collègue, maire de Dehlingen. "Et de mieux cerner la vie de ces Romains."

Des nouveautés pensées par l'équipe du musée

Le projet de rénovation du musée a été porté par la Communauté de communes. Mais Dehlingen, petit village de 355 habitants, est particulièrement fier de détenir un tel outil pédagogique.

Pour l'évolution muséographique, "c'est nous, l'équipe du musée, qui y avons travaillé" précise Maxime Calbris. Les aspects techniques de la visite virtuelle sur tablette ont été confiés à la société franco-québécoise Ohrizon, mais l'équipe du musée a "gardé la main sur le contenu scientifique et pédagogique."

Car l'objectif est de rester aussi proche que possible de la réalité locale. Même les noms des personnages fictifs qui apparaissent dans la visite virtuelle sont du cru. Ainsi le jeune guide Magiorix : "C'était un petit gars du coin, mort à Durstel au 3e siècle, comme l'atteste une stèle retrouvée à Durstel."

Les bâtiments renaissent en 3D

Après le musée, la visite se poursuit sur le site même du Gurtelbach, à un petit kilomètre de là. Accessible à pied, bien sûr, mais également en voiture, si besoin. Une grande partie des fondations est bien visible, mais la réalité augmentée leur offre encore une toute autre dimension.

Avec leur tablette, les visiteurs peuvent tourner sur eux-mêmes, à 360°, pour retrouver l'aspect des bâtiments construits d'origine. "Je n'imaginais pas ce lieu dans de telles proportions" s'exclame Dany Heckel. "Là-bas, on voit qu'il y avait une porte cochère, par laquelle les gens devaient passer pour entrer et sortir. Et de ce côté-ci, la villa. Avec ses colonnes, on se croirait dans le Sud."

Le logiciel permet même d'admirer l'intérieur des pièces, avec le mobilier, et des murs colorés et décorés. "On aurait juste envie de s'installer pour prendre l'apéro" sourit Dany Heckel.

Seul petit souci, parfois, le soleil trop lumineux crée des reflets sur l'écran, et empêche de profiter pleinement des images. Mais le remède à ce problème n'a pas encore été trouvé dans l'immédiat.

Un jardin expérimental gallo-romain

Juste à côté des ruines, les archéologues ont créé un jardin expérimental gallo-romain. Le but est d'étudier comment ces lointains aïeux cultivaient les céréales et les herbes aromatiques pour se nourrir. Son responsable, Paul Nusslein, président de la SRAAB (Société pour la recherche archéologique en Alsace Bossue), est l'un de ceux qui a fouillé le site depuis le début.

"Les premières années, on a retrouvé des graines carbonisées, qui provenaient de l'incendie d'un grenier à céréales. Leur analyse a permis d'identifier beaucoup de variétés, que nous avons donc replantées" explique-t-il.

Les cultiver sur place permet de mieux cerner, année après année, comment les Gallo-Romains faisaient face aux aléas naturels et climatiques, bien entendu sans aucun produit phytosanitaire. "Ils produisaient une grande diversité de céréales, et avaient donc toujours quelque chose à manger. Ils ne faisaient pas de monoculture, une preuve de sagesse" estime l'archéologue.

Une villa parmi plein d'autres

Au fil des fouilles, le site du Gurtelbach a livré des informations innombrables sur la vie quotidienne des gens en Alsace Bossue à l'époque gallo-romaine. "On a pu constater qu'ils avaient de l'eau courante" explique Paul Nusslein. "Ici, il y avait des thermes. On a aussi retrouvé du marbre provenant d'Italie, des traces de peintures murales, et du chauffage au sol."

Les murs visibles remontent au 3e siècle de notre ère. "Mais dessous, il y a les restes d'une autre villa, plus ancienne, et encore dessous, les restes d'une ferme gauloise. On ne les voit plus, mais nous les avons détectés" assure l'archéologue.

Quoique impressionnant, ce site n'a, en soi, rien d'exceptionnel dans le secteur : "Pour être honnête, ce n'est pas un lieu particulier" avoue Paul Nusslein. "Ce genre de villa gallo-romaine d'il y a 2.000 ans, il y en a partout. En Alsace Bossue, on en trouve quasiment à chaque kilomètre." Le côté extraordinaire provient du fait que, depuis une trentaine d'années, des enfants ont pu être associés aux fouilles. Et ainsi aider, tout comme les adultes, à faire avancer la connaissance sur cette époque. 

Et c'est l'ensemble de ces découvertes qui a fourni la matière permettant de créer cette visite virtuelle en réalité augmentée. Une visite virtuelle que l'archéologue Paul Nusslein approuve pleinement : "Si vous venez seul, vous voyez juste des pierres et des murs. Avec la tablette, on creuse dans l'histoire, on voit comment c'était réellement" résume-t-il. "Et le rendu est vraiment bien. Mais on n'aurait pas pu le réaliser, si nous n'avions pas creusé et cherché durant des années."

Un bel exemple de partage de connaissance, grâce à la technologie. Ou, plutôt, d'un partage d'une passion, permettant désormais de la rendre immédiatement accessible au plus grand nombre. 

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