Bas-Rhin : les fouilles de la carrière du Struthof pour remonter le fil de l'Histoire

Publié le Mis à jour le
Écrit par Flavien Gagnepain .

Pendant tout le mois d'août 2022, une vingtaine d'archéologues entreprennent des fouilles dans la carrière de l'ancien camp nazi du Struthof, à Natzwiller (Bas-Rhin). On y retrouve les traces d'ateliers dans lesquels les déportés travaillaient pour une entreprise strasbourgeoise.

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Comme chaque mois d'août depuis 2020, une zone située à 500 mètres de l'ancien camp nazi du Struthof passe entre les mains d'une vingtaine d'archéologues. Pendant la Seconde guerre mondiale, des déportés y ont extrait du granit rose, avant que des ateliers y soient installés.

L'archéologie ne se limite pas à l'Antiquité ou au Moyen-Âge. Certains lieux, même s'ils ne sont abandonnés que depuis quelques dizaines d'années, offrent des trésors aux archéologues. C'est le cas à quelques pas de l'ancien camp de concentration du Struthof, le seul situé sur le territoire français.

Juliette Brangé, responsable du chantier de fouilles, explique l'utilité de ce lieu, redécouvert en 2020 : "La carrière a été utilisée à partir de 1941 pour faire travailler les déportés comme main-d'œuvre pour une entreprise nazie, la DEST (Deutsche Erd- und Steinwerke). Jusqu'à la fin 1942, leur tâche était d'y extraire du granit rose."

Pendant cette période, la DEST faisait également travailler des habitants des villages environnants dans la mine. Mais pour ne pas que ces derniers puissent échanger des informations avec les travailleurs du camps, seuls des déportés étrangers (principalement russes et polonais) y étaient envoyés.

Avant que la DEST ne change l'activité du site en 1943 : "Des bâtiments ont été construits là où il y avait la carrière, continue Juliette Brangé. Ces bâtiments, ce sont des ateliers où les déportés devaient démonter des moteurs d'avions de la firme Junkers, installée à Strasbourg, dans le quartier de la Meinau. Une fois les moteurs désossés, les pièces triées revenaient à Strasbourg pour y fabriquer de nouveaux moteurs."

Quand à l'automne 1944, le camp du Struthof est découvert par les Alliés, le lieu devient un centre pénitentiaire, lieu de détention de prisonniers politiques : "On va enfermer des jeunes hommes, jugés pour collaboration. Ces personnes, entre 16 et 18 ans, on va vouloir les rééduquer et leur donner une formation au sein de la carrière", détaille l'archéologue.

Pendant cinq ans, ces détenus vont être formés à la menuiserie, la zinguerie ou encore à la forge. Mais en 1949, tout s'arrête et les ateliers tombent à l'abandon. La nature reprend ses droits, et ce n'est qu'en 2020 que des fouilles préventives ont lieu sur le site. L'association Nord Est Archéologie, en partenariat avec la Direction régionale des Affaires culturelles (DRAC) ont ainsi planifié des fouilles sur trois ans.

Et tout ce travail porte ses fruits : les fondations de 17 baraques ont été découvertes, ainsi qu'une forge, un dépôt, un compresseur et un concasseur. Deux poudrière ont également été sorties de terre : "C'est intéressant de faire ces fouilles. On a retrouvé des gonds de portes par exemple, donc on doit rassembler tout cela et faire des suppositions. C'est ça qui est intéressant en archéologie : interpréter ce qu'on trouve pour en faire quelque chose à la fin", sourit Louise Guedj, étudiante.

Dans les trésors des archéologues, on retrouve des limes, des extincteurs, ou encore des bouteillons (sortes de gros tambours dans lesquels la soupe était transportée). Encore plus impressionnant, l'équipe a découvert ce mardi 16 août un médaillon, frappé du logo de l'entreprise Junkers. Une preuve supplémentaire que les déportés travaillaient pour la firme de moteurs d'avions. 

Parmi les autres trouvailles du jour, une clef sommairement travaillée à partir d'un morceau de ferraille. De quoi alimenter la machine à fantasmes des archéologues. Pour un, c'est le travail d'un détenu qui voulait se fabriquer une clef passe-partout. Pour une autre, cette clef est un exercice demandé aux jeunes qui travaillaient à l'atelier. 

Si vous voulez prolonger le débat et découvrir ce lieu encore trop peu connu, à quelques centaines de mètres du Struthof, une journée ouverte au public est organisée ce samedi 20 août, de 13h à 18h.

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