Bas-Rhin : une cagnotte pour les artisans dont l'atelier est parti en fumée dans un violent incendie à Marlenheim

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Dans la nuit du 12 au 13 juin 2022, un violent incendie emporte bâtiment et machines appartenant à un groupement d'artisans spécialisés dans les métiers du bois. Mal assurés, ils seront mal indemnisés et dans un délai inconnu. Alors une cagnotte a été mise en place pour les aider à redémarrer leur activité.

Ils sont onze. Huit menuisiers ou ébénistes, deux tapissières et un brocanteur chineur. Tous des passionnés du travail manuel, de l'artisanat, du fait maison et local avec des matériaux nobles. Leur association au sein d'un groupement d'intérêt économique, appelé Marlebois, s'est faite petit à petit depuis 2015.

Leur petit paradis, c'était l'immense atelier qu'ils avaient investi à Marlenheim dans le Bas-Rhin. Un petit paradis de 700m2 parti en fumée dans la nuit du 12 au 13 juin. "Vers 22h50 un éclair a tapé le bâtiment, transpercé la toiture et a enflammé le tout en quelques secondes", raconte encore très ému Julien Kubler, ébéniste au sein du GIE, l'un des premiers artisans à s'être installé.

Les pompiers, qui sont pourtant arrivés très vite sur les lieux, n'ont rien pu faire hormis empêcher la propagation à d'autres bâtiments mitoyens. De leur atelier, il ne reste rien, les machines, elles, ont fondu. "C'était un très beau bâtiment avec du bardage bois, qu'on avait aménagé au fur et à mesure des arrivées, créant des espaces, des mezzanines, des boxes de stockage, on avait tellement de hauteur sous plafond", regrette dans un soupir Julien Kubler.

Cet espace, c'est Paul Nave, menuisier, qui l'a acheté en 2015, avec déjà l'envie d'en faire un atelier partagé. "Quand je me suis reconverti, j'avais dans l'idée d'être indépendant tout en travaillant avec d'autres parce que l'union fait la force". Et de la force, ils vont en avoir besoin au vu des dégâts.

"Je n'ai pas réalisé avant d'aller sur place", témoigne Raphaël Stoppele, ébéniste lui aussi. Julien et lui ont suivi le même CAP en 2015 avant de faire un stage chez Paul puis de travailler tous sous le même toit. "J'espérais évidemment qu'il reste quelque chose mais tout était partie en fumée", se désole l'ancien cuisinier reconverti.

Mal assurés, ils seront mal remboursés

Tous sont arrivés dans l'artisanat après avoir beaucoup réfléchi, entamé des reconversions professionnelles. Mais ne sont pas des spécialistes de l'assurance. Et c'est là que le bât blesse. "On était assurés bien sûr, mais nous avions souscrit les contrats en 2020. Sauf que depuis, on a plus de machines, plus de chiffre d'affaires, plus de stocks et nous n'avons pas pensé à renégocier nos contrats, on ne pense pas que ce genre de chose puisse arriver", explique le jeune ébéniste. 

Ils percevront bien des remboursements, mais pas tous et pas la hauteur de l'argent investi. Quant au délai pour toucher cet argent, "on n'en a aucune idée".

Et pas d'indemnités non plus pour les jours qui passent et qui les laissent au chômage technique. "Pour la perte d'exploitation, on ne savait même pas que nous n'étions pas assurés", se désole Raphaël Stoppele.

Pas question cependant d'attendre la rénovation de leur atelier qui nécessitera entre un an et un an et demi de travaux. "On cherche un lieu et des machines à louer ou à bas prix, on ne sait pas trop. Mais on veut reprendre, ne serait ce que pour les clients qui nous font confiance et ont accepté un délai".

Une vaste chaîne de solidarité

Alors une idée leur est venue, mettre en place une cagnotte. On peut mesurer la popularité de leur groupe et de leur travail avec la somme récoltée en 48 heures : plus de 15.000 euros et près de 200 donateurs, à l'heure où nous écrivons ces lignes.

Raphaël Stoppele a combattu le sentiment de vide qui l'a habité juste après l'incendie, réconforté notamment par la solidarité des gens et les messages de soutien. "C'est vrai qu'on a pas mal de contacts, on est nombreux, alors notre situation commence à être connue".

"Ecrivez bien que nous les remercions tous, insiste Paul Nave, très touché par cette chaîne solidaire. Parce que c'est dur ce qui nous arrive mais on n'est pas les plus à plaindre, il y a d'autres problèmes dans le monde". 

Parmi les participants à la cagnotte, il y a Sophie Dubreuil, cliente de la première heure, qui ne rate jamais les portes ouvertes de l'atelier. "Nous, l'incendie, on se l'est pris de plein fouet, témoigne-t-elle, encore peinée, parce qu'on les suit depuis le début, on commande régulièrement des chantiers. Il faut dire que leur approche est top, humaine, à chercher des solutions. C'est profondément injuste ce qui leur arrive alors tout de suite on a voulu aider de toutes les façons possibles."

"C'est une consolation pour nous, c'est vrai. Il faut dire qu'on est très investis, on accompagne par exemple les nouveaux artisans dans leur installation. Notre objectif à terme, c'est de mettre en place un pôle d'excellence d'activités avec des céramistes, des ferronniers, des métalliers", détaille Julien Kubler. Et Raphaël Stoppele de conclure, "on va refaire mais en mieux". Autrement dit, on va voir de quel bois ils se chauffent.