PORTRAIT. Comment tondre un mouton en cinq minutes ? Réponse avec Jérémy Reinbold, professionnel passionné

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Sujet Rund Um en alsacien sous-titré ©France Télévisions

Chaque matin, ce sont des bêlements qui accueillent Jérémy Reinbold, tondeur de moutons de Brumath (Bas-Rhin) depuis des années. Une fois par an, dès le printemps, le jeune tondeur se rend dans les différents élevages ovins d'Alsace et parfois même jusqu'en Lorraine pour exercer des gestes ancestraux transmis par son père.

Chez les Reinbold, on est tondeur de père en fils. Robert a transmis sa passion à Jérémy. "Ça me plait, je suis tombé dedans petit, j’ai grandi avec la tonte, j’aime le contact avec les bêtes, c’est une vraie passion sinon on ne peut pas le faire" raconte le jeune tondeur.  "C’est un travail vraiment physique et en fin de journée, on ne sent pas très bon."

Il faut dire qu'en cette période de l'année, le travail ne manque pas. D'exploitation en exploitation, Jérémy Reinbold parcourt tous les jours des kilomètres pour tondre des milliers de moutons à travers la région. Les journées sont longues et à chaque fois ce sont les mêmes gestes qu'il répète.

Le professionnel cale avec tact et savoir-faire la brebis contre lui avant de passer sa tondeuse sur tout l’animal : d’abord le ventre, l’entrejambe, le gigot, le cou, l’épaule, puis le dos. Il faut être rapide et précis, car le mouton ne tient pas longtemps dans cette position et s’impatiente assez vite. C'est un grand moment de stress pour les ovins. Jérémy compte cinq minutes pour tondre une bête qui pèse en moyenne 80 kg. Il en tond 10 par heure et 100 par jour. Un travail très physique et éprouvant qui s'est professionnalisé au fil des années. "Autrefois, c'était un travail très éprouvant, moins professionnel et on travaillait avec une force à tondre. Très peu de gens le maitrisait, car il ne fallait surtout pas couper le mouton" se souvient Robert Reinbold.

La tonte n'est plus à la mode chez nous

Robert Reinbold

Le métier est en voie de disparition. "J’ai formé quatre jeunes à la tonte pour qu’ils prennent la relève au fur et à mesure. Sur ces quatre aujourd’hui, à ma connaissance, il n’en reste qu’un. Plus personne ne veut devenir tondeur et on peine à former des jeunes", triste constat pour Robert et son fils qui savent que ce travail "pourtant noble" n'attire plus. Tous les deux espèrent déjà que Thymaé, quatre ans et petit-fils de Robert, prendra la relève. "C’est mon petit-fils et j’aimerais dans la mesure du possible qu’il perpétue un jour cette galère de tondre des moutons, pour tous ces éleveurs qui peinent à trouver des tondeurs. Parce que la tonte n'est plus à la mode chez nous".

Un travail pourtant nécessaire

La laine de mouton est une fibre qui pousse en continu. Sans tonte, une bête serait donc enveloppée de feutre humide et moisie. Le mouton doit donc être tondu au minimum une fois par an sachant qu'il produit annuellement trois kilos de laine. Et si aujourd'hui la laine est dévalorisée : 20 centimes le kilo, (utilisée comme isolant dans l’aviation, pour ses qualités ininflammables et envoyées dans les pays asiatiques, principalement en Chine), cela pourrait bientôt changer grâce à la coopérative MOS-Laine qui compte revaloriser la laine alsacienne. MOS-Laine travaille à la création d’une unité de transformation de la laine qui la rachèterait à un meilleur prix, pour pouvoir la valoriser sur le territoire.

Hervé Wendling, éleveur ovin qui a fait appel à la famille Reinbold, se réjouit déjà :"je trouve chouette qu’on puisse la revaloriser ici chez nous, sans devoir l’expédier en Chine pour qu’elle revienne ensuite. La filière pourrait voir le jour dès 2025. Les éleveurs ovins d'Alsace pourront fournir leur laine à la coopérative où elle sera recyclée. Elle y sera transformée en feutrine, en laine pour les matelas et pour le tricot ou en isolation.

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