Alsace : la lutte contre l'illettrisme requiert avant tout de la confiance

Du 6 au 12 septembre, se tient la 8ème édition des Journées nationales d’action contre l’illettrisme. L'occasion de raconter l'histoire d'Alain, qui, à 50 ans, a poussé la porte d'une association schilikoise. Il s'est accroché pour lutter contre son illettrisme et obtenir un diplôme.
Temps fort à Mulhouse ce jeudi 9 septembre qui a réuni de nombreux acteurs de la lutte contre l'illettrisme
Temps fort à Mulhouse ce jeudi 9 septembre qui a réuni de nombreux acteurs de la lutte contre l'illettrisme © Caroline Bartelmann

Alain Meckes a un peu plus de 50 ans. Et désormais, il sait lire, écrire et compter. Ce qui ne fut pas chose facile pour cet habitant né à Bischwiller dans une famille de Yéniches, des vanniers. Entouré de huit frères et soeurs, Alain quitte l'école en 6e pour partir sur les routes avec l'un de ses frères. En 2013, il trouve un travail dans une association de Bischwiller en tant que technicien d'entretien. "Le travail n'est pas trop pénible, je m'occupe de l'entretien des locaux, des espaces verts ou encore du tri sélectif et mes collègues sont sympas, que demander de plus ?" raconte avec bonhomie le quinquagénaire.

"Seulement, j'avais des difficultés à lire et à écrire, je l'ai dit au directeur du centre dans lequel je travaille, explique t-il, alors il m'a conseillé de me rendre dans une association "Savoirs pour réussir", basée à Schiltigheim. Alain est pris en charge pour passer le certificat de formation générale. "Nous avons travaillé le calcul et les mesures avec lui (périmètre, surface, opérations posées, pourcentages), il écrit assez bien aussi maintenant, il a fait de gros efforts et de gros progrès cette année", se réjouit Julia Didelot, chef de projet à l'association. 

"Et finalement, j'ai obtenu mon diplôme", annonce sobrement Alain. Et à la question, souhaitez-vous que nous changions votre nom dans l'article, il a répondu spontanément, "pas du tout, je suis très fier! " Des rêves plein la tête aussi, puisque dans son dossier de candidature, il précise que dans 10 ans, quand il sera à la retraite, il s'achètera "un camping-car d'occasion pour repartir sur les routes comme avant avec son frère".

Comme Alain, 1.000 personnes ont appris à lire, à écrire, à compter dans les locaux de "Savoirs pour réussir", une association née en 2008 à Colmar. Au fil des années, elle a maillé le territoire alsacien et même celui du Grand Est avec des antennes à Mulhouse puis Schiltigheim et la petite dernière à Metz, opérationnelle depuis la semaine dernière. "Plus de 50% de nos apprenants ont connu ce que nous appelons une réussite, se réjouit sa directrice Caroline Bartelmann, c'est-à-dire, trouver un emploi ou réussir le code de la route, sans compter le fait de se sentir mieux dans la société, qui n'est pas mesurable".

 

Des subterfuges pour cacher son illettrisme

La difficulté, comme souvent pour ces profils, c'est de les détecter. Parce que le plupart des gens souffrant d'illettrisme usent de subterfuges pour le cacher. "C'est pour cela, que c'est très important qu'une entreprise par exemple, si elle soupçonne l'un de ses salariés, décide de l'accompagner soit grâce à une formation soit en le mettant en lien avec une association comme la nôtre". Pour tous ceux qui poussent la porte de "savoirs pour réussir", c'est le même parcours : le chef de projet de l'agence démarre l'apprentissage puis confie la personne à un bénévole qui va le suivre individuellement.

L'accompagnement individuel, c'est la règle aussi à l'association trampoline de Molsheim. Parce qu’au départ, on n’est pas assez solide pour un intégrer un groupe. "Il y a tout un travail à faire avec la personne avant de pouvoir enclencher l’apprentissage. Il faut nouer une relation de confiance ", explique Dany Schitter, la présidente de l'association. 

Et le public est varié. Des gens âgés de 30, 40 ou 50 ans pour qui la démarche est difficile. Ils ont tous été scolarisés mais des difficultés familiales les ont empêchés d’apprendre "parce que par manque d’amour, un enfant n’est pas en état de se concentrer". D’autres ont eu des soucis médicaux qui n’ont pas été détectés : une mauvaise vue, des problèmes d’audition. "De ce fait, ils ont peur de venir, peur que ça « recommence » comme à l’école où ils étaient en difficulté. Je me souviens d’un homme de 34 ans qui m’a avoué avoir gardé pendant deux ans le numéro de l’association avant d’oser nous appeler."

"Cela fait 26 ans que je lutte contre l’illettrisme. J’étais instit’ et je voyais partir en 6e des élèves qui n’étaient pas complètement à l’aise avec la lecture. Je me suis dit qu’il fallait continuer à les accompagner." Son action est partie d’un constat. Puis Dany Schitter n’a jamais baissé les bras. Même si aujourd’hui, l’association est davantage financée par l’accompagnement des migrants, la lutte contre l’illettrisme « pour personnes françaises » reste nécessaire. D'ailleurs 8% des jeunes Alsaciens sont en difficulté de lecture, un peu moins que la moyenne nationale qui est à 9,5%.

 

La lecture au coeur de la vie des Français

C'est pour cela d'ailleurs que la lecture devient, entre autres, une grande cause nationale. C'est Emmanuel Macron, qui en juin dernier fait cette promesse. Le président de la République annonce alors une série de mesures et d'événements pour faire lire les enfants. 

Et cela tombe bien, parce que des associations luttent au quotidien contre l'illettrisme, qui touche aujourd'hui 7% des 18-65 ans, soit deux millions et demi de personnes, selon une étude qui date un peu (2011) de l'INSEE. L'illettrisme, à ne pas confondre avec l'analphabétisme, qui concerne les gens qui ne sont pas allés à l'école, s'applique aux personnes qui, après avoir été scolarisées, n'ont pas acquis une maîtrise suffisante de la lecture, de l'écriture, du calcul, des compétences de base pour être autonome.

Et si on en parle beaucoup cette semaine, c'est parce que du 6 au 12 septembre, se déroule la 8ème édition des journées nationales d’action contre l’illettrisme. Partout en France dont en Alsace, des actions ont été et sont menées par les associations, mais aussi par les services publics, comme les pôles emploi et même les grands groupes comme la Banque de France. La BDF a par exemple organisé un escape game sur la gestion budgétaire à destination des apprenants, justement dans les locaux de l'association schilikoise "Savoirs pour réussir".

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