Allemagne : les courses de la dernière chance, à Kehl, ville voisine de Strasbourg

Informations contradictoires, peur de revivre une fermeture de frontière comme en mars 2020... depuis jeudi 15 octobre, beaucoup d'habitants de Strasbourg et environs passent le Rhin dans le but de constituer quelques réserves de produits moins chers Outre-Rhin.

File d'attentes aux stations services et réserves de couches à Kehl, vendredi 16 octobre 2020
File d'attentes aux stations services et réserves de couches à Kehl, vendredi 16 octobre 2020 © Florence Grandon. FranceTélévisions.
Il est 9h30, vendredi 16 octobre. Sur la passerelle Mimram, un jeune couple masqué redescend côté français, un paquet de papier toilette dans chaque main. Quatre au total. Et deux sacs de provisions.

Quatre paquets de PQ et un colis

Elodie et Alexandre ont posé une rtt pour venir chercher un colis en Allemagne et faire quelques courses. "On est venu en voiture de la Robertsau, mais comme l'accès au Pont de l'Europe était fermé [pendant 2h, à cause d'une manifestation d'Arméniens, ndlr], on a garé notre voiture au Jardin des Deux Rives et on a fait le reste à pied." Ca valait donc vraiment le coup ? "Oh, c'est surtout pour le colis ! Avec les frontières qui risquent de fermer, je ne voulais pas prendre le risque qu'il reparte. Et puis on a nos habitudes, dans un magasin où il y a tout, c'est très pratique", sourit la jeune strasbourgeoise.

"Mais ce n'est pas pareil des deux côtés, et c'est ça qui me gêne", s'énerve Elodie. "Nous, il faudrait qu'on présente un test PCR en allemand, alors que les Allemands viennent en France quand ils veulent. Et le weekend, ils sont nombreux en centre-ville de Strasbourg !"  

Des produits sans lactose

Maria est espagnole et vit à Strasbourg, près de la station de tram Observatoire. Juchée sur un vel'hop, la voici partie à l'assaut de la passerelle Mimram. "Et ça monte bien !", l'interview se fait tout en haut de la passerelle. "Moi je vais à Kehl pour acheter des produits sans lactose. Il y a beaucoup plus le choix qu'en France. J'ai le panier devant et un sac sur le dos, ça devrait me permettre de faire quelques réserves."

"Mais c'est embêtant cette frontière. J'espère qu'on pourra revenir bientôt faire nos courses normalement, et là ça change tout le temps ! Ma famille en Espagne est toujours très étonnée quand je raconte que je passe la frontière en vélo si facilement... c'est une bonne chose !
" Maria repart en souriant, et en se laissant glisser de l'autre côté de la passerelle.
 
Maria en route pour Kehl, vendredi 16 octobre 2020
Maria en route pour Kehl, vendredi 16 octobre 2020 © Florence Grandon/France Télévisions

Couches, compotes et produits pour bébé

Khaled et Yosra font le plein de produits pour bébé vendredi 16 octobre. "On vient toutes les deux semaines de Lampertheim à Kehl, pour les couches bien sûr, et les petits pots de bébé, c'est tellement moins cher ! Les petits pots bio sont deux fois moins chers", explique Yosra. "On en a eu pour 142 euros aujourd'hui, les mêmes courses en France c'est facilement 180-200 euros, alors ça vaut le coup de venir jusqu'ici", assure Kahled, qui remplit la voiture en parlant.

"Je dirais que 70% des gens que je connais en Alsace font leurs courses en Allemagne, et uniquement en Allemagne, en achetant à chaque fois de grosses quantités pour la semaine", détaille Khaled, qui est restaurateur à Lampertheim. Après la droguerie, ils iront faire le plein, avant de repartir en France.
 
Yosra et Khaled sont venus de Lampertheim pour faire leurs courses à Kehl
Yosra et Khaled sont venus de Lampertheim pour faire leurs courses à Kehl © Florence Grandon/France Télévisions


Couches, shampoing et cigarettes

Jess est assise sur un plot, devant le supermarché de Kehl. Par terre un carton de couches, un cabas de shampoings et de produits d'hygiène, et un sac de paquets de cigarettes. Dans la poussette, des pâtes et divers produits alimentaires. Elle fume une cigarette, avant de repartir prendre le tram, "je fais une pause". Pour elle, la question ne se pose pas, "j'économise beaucoup en venant faire mes courses à Kehl, c'est sûr ! Pendant le confinement, il me restait au début quelques produits. Mais après j'ai dû acheter en France ce qui manquait, et j'ai vu la différence !"

Inquiète lors des annonces de jeudi, elle est déjà venue jeudi, "mais il n'y avait plus de couches nulle part ! C'est pour ça que je suis revenue ce matin. Mais là il est 13h, et ça se vide à nouveau, au rayon couches, PQ, lessive et shampoing surtout."

"Mon paquet de couche, c'est 11 euros à Kehl, en France c'est 20 euros. Les lingettes pour bébé c'est 5 euros le paquet de 6, contre 3 euros à l'unité en France. Et le shampoing, c'est deux tubes pour 5 euros, en France c'est 4 euros à l'unité. Alors, je ne sais pas si ça va fermer, mais j'ai fait mes réserves. C'est énervant, on va encore galérer, mais combien de temps ?
"
 
Jess devant un supermarché de Kehl, vendredi 16 octobre
Jess devant un supermarché de Kehl, vendredi 16 octobre © Florence Grandon/France Télévisions


Courses et essence 

Shaïnez est au volant de sa voiture, immatriculée dans le 67. "Je suis venue entre deux cours, mais je vais peut-être être en retard. D'habitude un vendredi vers 14h, il n'y a pas autant de monde ! Je ne me suis pas rendue compte qu'on a tous eu le même réflexe... Mais chaque mois, de faire mes courses et mon plein d'essence à Kehl, ça me fait économiser 30 euros, ça n'est pas rien !", explique cette étudiante strasbourgeoise en droit digital et droit du commerce international.

"Les bouchons, il y en avait déjà à Etoile-Bourse tout à l'heure, et maintenant à la station service... ça me stresse tout ça ! De toute façon, c'est une période stressante", conclut la jeune étudiante.
 
Shaïnez attend pour faire son plein de diesel, à Kehl, vendredi 16 octobre 2020
Shaïnez attend pour faire son plein de diesel, à Kehl, vendredi 16 octobre 2020 © Florence Grandon. FranceTélévisions.


Courses à nouveau possibles

A l'heure où nous écrivons cet article, les règles pour aller en Allemagne pour les habitants du Grand Est sont contraignantes mais elle viennent de s'assouplir : pas de possibilité de s'y rendre, il faut pouvoir justifier d'une activité (travail, école..) ou d'un lien avec des citoyens du Bade-Wurtemberg (visite dans le cadre familial ou même union libre), sinon il faut pouvoir fournir un test PCR négatif de moins de 48h. Mais comme en Sarre et en Rhénanie-Palatinat les citoyens du Grand Est ont une dérogation de 24h, pour une courte visite. Donc les habitants de la région frontalière pourront de nouveau faire leurs pleins d'essence, de cigarettes et de couches, comme d'habitude. Tant qu'ils repartent le soir chez eux.

 
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