"Avant de me dire bonjour, tu me suces la b***" : quatre gendarmes de Strasbourg condamnés pour harcèlement sexuel

Le mardi 7 mars 2023, quatre gendarmes ont été condamnés pour des faits de harcèlement sexuel commis entre 2016 et 2021 au GOS (groupe d'observation et de surveillance) de Strasbourg sur une gendarme. Trois d'entre eux étaient des supérieurs hiérarchiques de la victime.

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La justice a condamné ce mardi 7 mars 2023 quatre gendarmes strasbourgeois pour des faits de harcèlement sexuel qu'ils ont commis sur une collègue entre 2016 et 2021. Des faits qui ont poussé la victime à demander une mutation.

Cette gendarme est arrivée à Strasbourg en 2016. "Après plusieurs tests très difficiles, elle parvient à intégrer le groupe d'observation et de surveillance, le GOS. Une unité de la gendarmerie d'un certain niveau", indique Delphine Gilbert, son avocate.

S'il est difficile de précisément dater les faits, ils ont eu lieu sur la durée. Pour la victime, il s'agissait d'un harcèlement quotidien, ce que nient les quatre mis en cause, dont trois étaient des supérieurs hiérarchiques de la gendarme.

Des propos sexistes et des montages humiliants

Pendant plusieurs années, ce harcèlement s'est traduit de deux manières. Dans un premier temps, des propos sexistes et humiliants ont été tenus à l'encontre de celle qui avait entre 35 et 40 ans au moment des faits : "Quand elle arrivait le matin, on pouvait lui dire 'Avant de me dire bonjour, tu me suces la bite', ou encore 'T'es bonne', 'Je te mets ma bite dans du pain, ça te fera un sandwich'..."

À ces propos s'ajoutaient des photomontages partagés sur la conversation WhatsApp de l'unité. Une conversation dont la victime était membre : "C'étaient des montages à caractère pornographiques. Les collègues prenaient des photos de sites pornos et collaient le visage de ma cliente sur une femme qui masturbait un homme ou qui étaient dans des situations humiliantes", continue l'avocate.

Ses supérieurs n'ont pas pris les mesures adéquates.

Delphine Gilbert

Avocate de la victime

Des conditions de travail intolérables que la gendarme a voulu dénoncer auprès de la hiérarchie, qui est restée passive : "Ses supérieurs n'ont pas pris les mesures adéquates", dénonce Delphine Gilbert. Sa cliente a également parlé de ces faits auprès de collègues d'une autre unité, leur faisant part de ses intentions de se suicider.

J'avais fait remonter tout cela aux N+1, +2, +3. Mais on m'a répondu, que rien n'était avéré.

Un collègue d'une autre unité

L'un d'eux témoigne : "J'avais fait remonter tout cela aux N+1, +2, +3 et aussi au corps médical. Mais on m'a répondu qu'il ne s'agissait que de manipulations pour régler des comptes en interne, que rien n'était avéré."

En 2019, le GOS a vu arriver un nouveau patron, qui n'a rien eu à redire sur ces faits : "Tout était normal pour lui. Sur le groupe WhatsApp, il mettait toujours le même smiley quand il y avait les photomontages, celui du singe qui se cache les yeux." L'homme ne faisait pas partie des mis en cause, mais a été cité à comparaître par la défense en tant que témoin.

Encore en état de stress post-traumatique

Ancienne militaire de l'armée de terre, la victime a demandé sa mutation avant le gros de l'affaire. "Mais tout cela a forcément pesé dans sa décision", fait remarquer son conseil qui évoque la grande détresse psychologique de sa cliente. Dans les jours qui ont précédé le procès, un psychologue a confirmé qu'encore aujourd'hui, elle est dans un état de stress post-traumatique. 

Présent au procès qui a duré presque sept heures, son ancien collègue salue le courage de la victime qui s'est déplacée, elle qui est depuis mutée dans le sud de la France : "Elle est venue avec beaucoup de force et avec le courage de venir affronter ses bourreaux. Elle n'a pas pu reprendre une vie normale. Tout ça, c'est encore dans son esprit."

Pas de harcèlement pour la défense

Éric Amiet, avocat des quatre prévenus, a contesté la culpabilité de ses clients : "La plaignante a, elle aussi, participé aux montages. Mais la présidente, qui a clairement instruit à charge, ne l'a pas indiqué pendant l'audience."

Selon l'avocat, ces faits ne peuvent pas être qualifiés de harcèlement dans la mesure où il y avait une réciprocité de la gendarme : "Elle aussi a partagé des photos sexuelles sur cette conversation WhatsApp. Une conversation qui d'ailleurs était privée et non professionnelle. Elle n'était pas obligée d'être dessus. Tous les militaires qui en faisaient partie parle d'un défouloir."

Des peines plus lourdes que les réquisitions

Les quatre militaires ont reçu des peines supérieures à ce que le ministère public avait requis. Un haut gradé de l'unité a été condamné à 18 mois de prison avec sursis, accompagné d'une peine d'inéligibilité de deux ans. Un autre supérieur a été condamné à 12 mois avec sursis et à une privation du droit d'éligibilité d'un an. Deux autres, dont l'implication dans le harcèlement a été reconnue comme moindre par la présidente, ont reçu des peines moins lourdes.

Pour l'heure, Éric Amiet ne sait pas encore si ses clients feront appel ou non de leurs condamnations. Ils ont jusqu'au vendredi 17 mars pour interjeter appel. 

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