"C'est moins cher et tellement plus original" : face à l'inflation, les vêtements vintage séduisent de plus en plus

Lors d'une grande vente de vêtements vintage au poids "Grama", à Strasbourg (Bas-Rhin), nous avons demandé aux personnes présentes pourquoi elles se tournaient vers le marché de l'occasion. Pour certaines, c'est une solution pour joindre les deux bouts, en cette période d'inflation.

"Ouh, déjà ça sent les vieux vêtements." À peine a-t-elle franchi l'entrée du grand hangar désaffecté du Phare Citadelle, à Strasbourg (Bas-Rhin), que Laetitia se fend d'un commentaire révélateur. Il faut dire que les rangées de vêtements qui s'étendent devant elle ne laissent guère de doute. Ici, on n'est ni chez Zara ni chez Primark : les chemises multicolores sont un peu froissées, certains manteaux un peu rapiécés, quelques écharpes ont une teinte délavée.

C'est la boutique éphémère Grama vintage, installée au Phare Citadelle du 1er au 3 septembre. Il s'agit d'un "événement itinérant" qui s'était déjà arrêté à Strasbourg en juin dernier. On y trouve du textile vintage, des marques "iconiques" datant des années 70 triés par catégorie. Et le tout, à bas prix (32 euros le kilo de vêtements, sans minimum), ce qui attire évidemment ceux qui surveillent leur porte-monnaie en cette rentrée.

"Avant je ne mettais jamais les pieds dans ce genre de boutiques, j'avoue que je trouvais ça un peu dégoûtant de porter les vêtements des autres, confie Séverine, 46 ans, deux manteaux à fleurs pliés sur l'épaule. Mais mes amies m'ont convaincu d'essayer il y a deux ans et, entretemps, tous les prix ont augmenté. Alors je me suis mise à sillonner les friperies."

Un budget qui s'adapte et un style qui change

Un peu plus loin, accroupi dans le rayon des pantalons, Fabien fait aussi partie des nouveaux chineurs. "Avant je ne me cassais pas beaucoup la tête, j'allais chez Jules ou sur Amazon, je prenais un ou deux trucs qui me plaisaient et hop. Maintenant je dirais que 80% de ma garde-robe, c'est de la seconde main. J'ai pris conscience que mon budget vêtements était bien trop élevé, à peu près 150 euros par mois. Et en plus je me sens bien mieux dans ma peau aujourd'hui, avec des vêtements plus originaux et même plus éthiques."

 

L'éthique et l'écologie, c'est, avec la question budgétaire, ce qui revient souvent dans la bouche de ces consommateurs de vintage. Pour Romane Evain, par exemple, les habits d'occasion ont été une évidence et ce dès l'âge de 17 ans. "J'ai très tôt été attirée par le style, je trouve que ça me correspond mieux. Ensuite c'est devenu un geste politique de chiner plutôt que d'acheter en ligne des vêtements neufs ou dans des grands magasins, quand j'ai appris les conditions de travail de la fast fashion, et le coût environnemental de ces vêtements."

Même prise de conscience chez Fabienne Kopf, 61 ans, qui a ralenti son rythme d'achats de vêtements. "C'est une question d'âge et d'époque à la fois : je ressens moins le besoin d'avoir beaucoup de choses. Et puis les habits dans les grands magasins, on sait d'où ils viennent maintenant..."

Une tendance écologique à nuancer 

Pour les plus jeunes, il y a aussi un nom qui revient souvent : l'application Vinted, un marché en ligne communautaire qui permet de vendre et d'acheter du seconde main. "Aujourd'hui je dirais que 60% de ma garde-robe vient du seconde main, soit des friperies, soit de Vinted, assure Grégoire, 29 ans. C'est ma copine qui m'a initié à tout ça. C'est moins cher, mais en même temps j'ai l'impression que ça me fait beaucoup consommer mine de rien.

Même s'il s'agit d'une économie que l'on pourrait qualifier de circulaire, le volume de vêtements vendus et achetés est important : sur les trois jours du Grama, 3,5 tonnes d'habits étaient proposés. Soit environ 10 000 pièces. "C'est indéniable qu'on reste dans une société consumériste, confirme Alexandre Couthier, l'un des deux gérants de Grama. Mais souvent ces vêtements sont ensuite revendus sur les mêmes circuits, ce qui évite d'en fabriquer de nouveaux." 

Certains en ont tout de même conscience. "Il y a clairement un risque de tomber dans la surconsommation, estime ainsi Romane Evain. Je fais toujours attention à ne pas trop acheter. C'est moins dur aujourd'hui avec l'inflation, on limite ses achats par contrainte." Il n'en reste pas moins que la démarche reste plus "responsable" que celle d'un consommateur traditionnel, et ça, Arlette Beyler, 75 ans, en a conscience. "Personnellement ça me bloque de savoir que d'autres ont porté ces vêtements, mais mes petits-enfants ne s'habillent qu'ici. C'est une autre époque, tout simplement, et je dois dire que je suis fière d'eux !"

Les ventes mondiales de seconde main devraient dépasser celles de la "fast-fashion" d'ici 2027 selon une étude américaine parue au printemps dernier. 

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