"Explosion" de fourmis invasives à la frontière franco-allemande : "Il faut agir avant que ça ne dégénère"

Le maire de Kehl, ville allemande frontalière de Strasbourg (Bas-Rhin), a alerté à propos d'une espèce de fourmis invasives qui s'est multiplié dans plusieurs quartiers. Selon un entomologiste interrogé par France 3 Alsace, il appartient aux pouvoirs publics de s'emparer du problème en amont d'une éventuelle propagation.

Cette fois, c'est le maire de Kehl en personne qui a pris la parole pour tirer la sonnette d'alarme. Une espèce invasive de fourmis est en train de se développer dans des quartiers résidentiels de Kehl, ville allemande frontalière de Strasbourg (Bas-Rhin). Elles se seraient ainsi multipliées "de manière explosive" ces derniers mois, soit seulement quelques mois après les premiers signalements rapportés par la presse locale.

"De notre point de vue, il est urgent d'établir des réseaux puissants, rassemblant des chercheurs, des économistes et des politiques", a poursuivi Wolfram Britz, dans des propos rapportés par le quotidien régional Les Dernières Nouvelles d'Alsace. Une véritable politique de lutte, donc, pour neutraliser ces petits insectes de 2 à 4 millimètres. Il faut dire que les nuisances subies par les habitants concernés sont nombreuses, avec des coupures de courant répétées après l'intrusion des bêtes dans les systèmes d'alimentation, et la perturbation du réseau Internet. C'est aussi une fourmi réputée pour être nocive pour certains arbres fruitiers, ravagés en Corse depuis plusieurs années.

L'invasion peut-elle toucher Strasbourg ? C'est en réalité déjà le cas depuis 2023. Nous vous le racontions d'ailleurs, cette espèce de fourmi a été détectée dans les jardins familiaux de Cronenbourg, à proximité du marché-gare. "Il n'y a rien à faire, j’ai dû jeter toutes mes betteraves" déplorait par exemple Henri, locataire d'un jardin familial touché par Tapinoma magnum - le nom scientifique de l'espèce. Si la multiplication des fourmis côté allemand ne devrait avoir "aucun impact" sur la situation strasbourgeoise, elle doit cependant contribuer à la prise de conscience sur la nécessité à s'y prendre le plus tôt possible pour éviter une propagation.

La circulation de l'homme ou des marchandises à l'origine du problème

Il suffirait en effet qu'un jardinier de Cronenbourg amène avec lui par inadvertance, sur un vêtement ou dans un pot de fleurs, quelques fourmis de l'espèce Tapinoma Magnum pour que celle-ci se reproduise dans un autre quartier de Strasbourg ou de l'autre côté de la frontière. La logique est évidemment aussi valable pour les habitants de Kehl, qui peuvent sans le vouloir contribuer à l'expansion géographique de l'insecte. "Même si elle se déplace plus que d'autres fourmis, elle ne peut le faire que sur des petites distances, quelques centaines de mètres par exemple. Si l'espèce a atterri en Alsace ou au Nord de Karlsruhe, en Allemagne, alors qu'elle est originaire du Sud de l'Italie ou de la Libye, c'est par l'intervention de l'homme."

La circulation des hommes ou des marchandises (les fourmis du marché gare sont peut-être arrivées via une palette de fruits par exemple) étant continue, le risque que les foyers se multiplient de part et d'autre de la frontière sont réels. "C'est pour cela qu'il faudrait profiter du fait qu'un premier foyer a bien été identifié pour agir très vite, avec des professionnels et des chercheurs, estime Christophe Brua. C'est à la Ville de Strasbourg de prendre les devants. On voit par exemple qu'à Kehl c'est le maire lui-même qui a pris la parole à ce sujet, sûrement parce qu'il y a de la pression de la part des habitants touchés. Mais est-ce qu'il faut attendre que les fourmis atteignent les zones habitées pour vraiment agir ?

Est-ce qu'il faut attendre que les fourmis atteignent les zones habitées pour agir ?

Christophe Brua

Président de la Société alsacienne d'entomologie

Nous avons tenté de joindre la Ville de Strasbourg pour savoir ce qui avait été mis en place depuis septembre, mais nous n'avons pas eu de retour à l'heure de la publication de l'article. "On va essentiellement s’atteler à circonscrire la présence de cette fourmi là où elle est déjà, expliquait l'adjoint au maire en charge des jardins familiaux, Hervé Polesi, en septembre dernier. On sait déjà que l'on n’aura pas les moyens de l’éradiquer, par contre, il faut faire en sorte qu’elle ne quitte pas ce territoire et qu’elle ne se propage pas ailleurs dans Strasbourg". 

La lutte commence par le signalement 

La manière dont les pouvoirs publics réagissent à l'apparition de la fourmi invasive se révèle souvent décisive dans sa progression par la suite, selon Christophe Brua. "Si la mairie communique, prévient les habitants par exemple dans son bulletin municipal, fait de la pédagogie pour que les citoyens sachent repérer et identifier la fourmi, alors les signalements seront plus efficaces. Il y a peut-être déjà d'autres foyers à Strasbourg sans qu'on le sache. Si les habitants ne sont pas conscients du problème et ne font pas de signalement quand ils voient une fourmi noire, qui court partout, qui a une odeur de beurre rance quand on l'écrase - toutes les caractéristiques uniques de Tapinoma Magnum - alors la lutte est moins efficace."

D'autant qu'une fois que la fourmi atteint les propriétés privées, les bâtiments ou les maisons, l'éradication devient un véritable défi. "C'est une espèce qui doit absolument être traitée sur l'intégralité de la zone infectée, sinon c'est contre-productif et ça aboutit à une multiplication, explique Christophe Brua. Or, s'il s'agit de propriétaires privés, il faut obtenir l'ensemble des autorisations, non seulement pour le traitement mais aussi pour le suivi. Ça peut être très compliqué." Le maire de Kehl, Wolfram Britz, ne dirait sûrement pas le contraire.

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