Fermeture des discothèques prolongée : les DJs se lassent, "on mixe depuis chez soi, mais ce n'est pas pareil"

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Écrit par Flavien Gagnepain
Les boîtes de nuit ne devraient pas rouvrir avant le mois de février.
Les boîtes de nuit ne devraient pas rouvrir avant le mois de février. © CLEMENTZ MICHEL / MAXPPP

Depuis le début du mois de décembre et la fermeture des boîtes de nuits, les DJs ne peuvent plus se produire devant un public. Pour les représentants de la scène électro de Strasbourg, la mesure a du mal à être acceptée. Ils n'attendent qu'une chose : pouvoir rapidement retrouver leur public.

Le 6 décembre 2021, les boîtes de nuits de France ont été fermées pour faire ralentir la circulation du virus du Covid-19. Une fermeture qui devait s'achever le 6 janvier 2022, avant d'être prolongée pour trois semaines supplémentaires. À Strasbourg, les DJs font grise mine.

À 27 ans, Antoine (le prénom a été modifié) est un DJ qui se sent bien seul derrière ses platines. Depuis bientôt deux ans, il doit vivre au gré des annonces et des mesures sanitaires pour pouvoir jouer de la techno : "En ce moment, on ne peut plus faire de soirée. Alors on mixe depuis chez soi, mais ce n'est pas pareil. J'aime jouer pour avoir une connexion avec le public."

DJ depuis quatre ans à côté de son travail dans un cabinet de recrutement, il se remémore le premier confinement, une période qui change celle qu'il vit en cette fin 2021: "À l'époque, on avait pris sur nous. Comme tout le monde, on avait fait des efforts, et on s'était dit 'ça va passer'. Sauf que, ça ne passe toujours pas. C'est clairement déprimant."

Les podcasts à défaut des concerts

"Quand je mixe quelque part, j'ai envie de profiter de l'instant présent. Là je suis très frustré, forcément. À part faire des podcasts et développer notre présence sur les réseaux sociaux, on ne peut pas faire grand chose", ajoute le jeune strasbourgeois.

Membre du collectif Wir, basé à Strasbourg, le DJ pouvait mixer une fois par mois avant le Covid : "Pour les prochains jours, plusieurs membres du collectif avaient prévu des soirées pour le Nouvel An. Mais tout a été annulé..."

On préfère annuler ou reporter plutôt que jouer quand même et être dans l'illégalité. Ça renverrait une mauvaise image.

Antoine

DJ à Strasbourg

Malgré sa frustration et sa déception, Antoine avoue ne pas vouloir jouer avec les règles : "On préfère annuler ou reporter plutôt que jouer quand même et être dans l'illégalité. Ça renverrait une mauvaise image. Donc en attendant, on se plie aux mesures, et même si on ne le fait pas par gaieté de cœur, on se serre la ceinture."

Tatlo, un DJ techno strasbourgeois, partage le sentiment d'Antoine : "C'est une période reloue. Surtout qu'en tant qu'étudiant, aller danser et mixer c'était devenu notre échappatoire, on allait se défouler. Ce qui est bien par contre, c'est que depuis le confinement, beaucoup de monde s'est mis à mixer à Strasbourg, et les DJs 'post-confinement" commencent à avoir un bon niveau. Sauf qu'on les empêche de s'exprimer."

Tatlo, ou Dan dans la vie de tous les jours, a remarqué ce boom des DJs dans la capitale alsacienne : "Les confinements n'ont pas freiné les gens, au contraire. Un label a été créé, de nouveaux artistes ont émergé! Si autant de monde s'est mis à mixer, je pense que c'est déjà pour changer un peu des musiques qu'on trouvait sur YouTube. On a envie de recréer les clubs dans nos appartements, en ramenant nos platines en soirée."

Tout comme les supporters du Racing Club de Strasbourg, Antoine ne comprend pas que pendant que les boîtes de nuit sont fermées, les meetings politiques puissent avoir lieu sans jauge, ni pass sanitaire : "Il y a des choix surprenants venant du gouvernement. Les conditions entre une boîte et un meeting sont assez similaires : on réunit beaucoup de gens dans un endroit clos, et même s'ils ne dansent pas, ils parlent entre eux, mangent, boivent..."

S'il faut que je me fasse tester pour que les boîtes rouvrent, je tends mes deux narines!

Antoine

DJ à Strasbourg

Pour permettre la bonne tenue des soirées électro, l'idée d'un "super pass vaccinal" est en discussion. Il obligerait à être vacciné et à présenter un test négatif pour pouvoir rentrer en boîte de nuit. Une solution envisageable pour Antoine : "Oui , c'est contraignant, mais les vaccinés peuvent être porteurs du virus. Donc si ça peut permettre la sécurité des gens et éviter des clusters, pourquoi pas."

Reste à savoir ce qu'en dit le public : "Sur 1.000 personnes, est-ce que tout le monde acceptera de prendre du temps pour faire un test, ce qui n'est jamais très agréable ? Je ne sais pas. En tout cas, s'il faut que je le fasse pour que les boîtes rouvrent, je tends mes deux narines!"

Près de 200 DJs rien qu'à Strasbourg

Antoine et Dan espèrent tous les deux que les boîtes de nuit rouvriront le plus tôt possible : "Ça va revenir tout doucement à la normale, et avec le nombre de DJs qu'il y a ici, ça promet beaucoup de soirées par la suite", souhaite Dan.

Il chiffre à environ 200 le nombre de DJs, amateurs ou professionnels à Strasbourg. Des artistes mis en valeur par des webradios locales, qui proposent des podcasts de ces DJs locaux sur leurs réseaux sociaux, en attendant de retrouver le public alsacien.

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